
L'ancien président de la Commission européenne, Jacques Delors, reproche à Londres de ne pas s'investir suffisamment dans l'Union européenne. Il propose au Royaume-Uni "une autre forme de partenariat" tout en restant "amis".
Dans un entretien accordé au quotidien économique allemand "Handelsblatt", le socialiste Jacques Delors a laissé entendre que le Royaume-Uni n’avait plus sa place au sein de l’Union européenne. "Les Britanniques s'intéressent seulement à leurs intérêts économiques, à rien de plus. On pourrait leur proposer une autre forme de partenariat", a-t-il suggéré.
L'ex-président de la Commission européenne reproche tout particulièrement à Londres d’être hostile à l’élargissement de son intégration au sein de l’UE. En octobre, le Premier ministre britannique, David Cameron, en proie aux pressions des eurosceptiques de son parti conservateur, avait déclaré qu’il souhaitait conclure un "un nouvel accord" avec Bruxelles prévoyant le désengagement du Royaume-Uni dans certains domaines, notamment sur le plan économique. Une position qu’il a ensuite réitérée en décembre après que les dirigeants des 27 se sont mis d'accord sur le principe de mécanisme unique de résolution des crises bancaires et de garanties des dépôts.
"Cela va nous créer, au Royaume-Uni, des occasions d'apporter à nos relations avec l'Union européenne des modifications qui nous conviendront mieux, avec lesquelles le peuple britannique sera plus à l'aise", avait affirmé David Cameron, en référence à l’accord européen dont le Royaume-Uni ne fait pas partie.
"Rester malgré tout de bons amis"
Pour Jacques Delors, une sortie du Royaume-Uni de l’EU n’est pas pour autant synonyme d’un refroidissement dans ses relations avec l’Europe. "Si les Britanniques ne suivent pas la tendance allant vers plus d'intégration dans l'Union européenne, nous pourrions malgré tout rester amis, mais sous une autre forme", a-t-il confié au "Handelsblatt", plaidant, par ailleurs avec insistance, pour davantage d'intégration politique au sein de l'UE.
Selon le socialiste, plusieurs types de partenariats peuvent émerger tels qu’"une forme semblable à celle de l'espace économique européen" ou "un accord de libre-échange". Au même titre que l’Inde ou la Chine, Jacques Delors voit Londres comme "un partenaire privilégié" et un acteur "stratégiquement et économiquement important."
Plus inquiet, le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, a averti que les tentatives britanniques de récupérer des pouvoirs aux dépens de l'Europe pourraient mettre l'UE en danger. Un départ du Royaume-Uni serait comme si "un ami partait dans le désert", a-t-il déclaré, le 27 décembre, dans les colonnes du quotidien britannique "The Guardian".
Le Royaume-Uni appartient à l'UE depuis 1973 mais n'a jamais rejoint la zone euro.
FRANCE 24 avec dépêches