
Désigné pour la seconde fois à la présidence de l'ANC, Jacob Zuma s'assure en 2014 une réélection à la tête de l'Afrique du Sud. Mais c'est sur un parti plus que jamais divisé que le chef de l'État doit désormais asseoir son autorité.
Il aura fallu attendre le coup d’envoi officiel, dimanche 16 décembre, à Mangaung (centre), de la conférence du Congrès national africain (ANC) pour que la guerre des chefs qui y sévit fasse les unes des journaux sud-africains jusqu’alors consacrées à l’hospitalisation de Nelson Mandela. Un intérêt tardif qui s’explique par le peu de suspense que revêtait la désignation des instances dirigeantes du parti au pouvoir.
L'ancien président sud-africain Nelson Mandela "va beaucoup mieux" après dix jours de traitement contre une infection pulmonaire et des calculs biliaires, mais les médecins préfèrent le garder à l'hôpital pour le moment, a déclaré mardi un porte-parole de la présidence.
Le héros de la chute de l'apartheid, qui a fêté cet été ses 94 ans, a été hospitalisé le 8 décembre. Les médecins ont d'abord soigné son infection pulmonaire avant d'extraire ses calculs.(Reuters)
Ce mardi, troisième jour du congrès, Jacob Zuma a été reconduit pour cinq ans à la tête de l’ANC et est assuré ainsi, de manière quasi certaine, de sa réélection pour la présidentielle de 2014. L’actuel chef de l’État a obtenu la majorité des suffrages des quelque 4 000 délégués appelés à renouveler la direction de la formation de Nelson Mandela. Peu après l’annonce de sa victoire, Jacob Zuma a choisi d’installer le businessman Cyril Ramaphosa à la vice-présidence du parti. Considéré comme l’un des hommes les plus riches d’Afrique du Sud, ce dernier remplace donc le vice-président du pays, Kgalema Motlanthe, qui briguait lui aussi la tête de l’ANC.
Car Jacob Zuma est loin de faire l’unanimité au sein du plus vieux parti du continent africain. Cible de critiques de plus en plus nombreuses, le président compte, dans les rangs agités de l’ANC, des détracteurs suffisamment remontés pour qu’ils soient parvenus à convaincre le vice-président de s’opposer à son patron.
Dévotion
Réputé calme et discret, le numéro deux du pays est l’exact contraire du bouillonnant numéro un dont les déclarations à l’emporte-pièce et les mariages successifs font régulièrement les choux gras de la presse satirique. Né en 1949, Kgalema Motlanthe a grandi dans un township de Johannesburg avant d’embrasser la cause anti-apartheid. Un engagement qui lui valut de passer dix années de sa vie dans les geôles de Robben Island. Mais aussi d’occuper, peu après la chute du régime ségrégationniste, des responsabilités au sein de l’ANC, organe auquel il vouera, avec la dévotion de l’homme d’Église qu’il faillit être, toute sa carrière.
C’est son attachement au puissant parti qui lui fera d’ailleurs endosser le rôle du juge de paix dans la guerre fratricide qui opposa, lors du congrès précédent en 2007, le président d’alors, Thabo Mbeki, et celui qui allait le devenir, Jacob Zuma. Plus soucieux de l’unité de l’ANC que de ses propres intérêts, Motlanthe avait pris soin de ne prendre parti pour aucun des deux camps avant d'assurer, de bonnes grâces, l’intérim huit mois durant à la présidence que Mbeki, poussé vers la sortie, fut contraint de quitter.
Indécision
En homme d’appareil, le vice-président n’a toutefois pas échappé aux soupçons de
corruption qui planent au-dessus de la plupart des dirigeants de la "nation arc-en-ciel". En 2004, celui que l’on considérait comme un homme politique intègre est suspecté d’avoir profité du programme de l’ONU "Pétrole contre nourriture" pour renflouer les caisses de l’ANC à hauteur de 11 millions de rands (près de 1 million d’euros).
Une fois blanchi de ces accusations, Motlanthe ne s’est pas pour autant senti pousser des ailes. Et s’est toujours bien gardé de manifester de grandes ambitions. "J’ai une attitude politique mais je ne suis pas un politicien", s’est-il défendu devant la presse étrangère peu de jours avant que sa candidature à la présidence de l’ANC ne soit officialisée.
Face à l'impétuosité de Jacob Zuma, la retenue du vice-président pouvait paraître comme le gage d'une sagesse de bon aloi. Las, certains la considèrent au mieux comme un manque de courage politique, au pire comme une indétermination atavique qui l'empêchera toujours de pouvoir prétendre à la magistrature suprême.
Paradoxe
Quatre Sud-Africains blancs proches de l'extrême droite ont été inculpés, mardi 18 décembre, de trahison pour avoir projeté un attentat lors du congrès annuel du Congrès national africain (ANC).
Les quatre hommes ont été arrêtés dimanche et présentés mardi à la justice.
Deux d'entre eux sont adhérents du Parti fédéral de la liberté (FFP), un groupuscule qui prône l'autodétermination pour la minorité blanche afrikaner mais a démenti avoir joué un rôle dans cette affaire.
Le procureur Shaun Abrahams les a accusés de vouloir établir une nation boer indépendante.
D'après le procureur, les suspects, qui auraient tenté de se procurer des fusils d'assaut AK-47, projetaient notamment de se livrer à une action commando pour "exécuter", a-t-il dit, le président Jacob Zuma et d'autres responsables du gouvernement.
Avec Reuters
Toujours est-il que l’homme du consensus aura, paradoxalement, incarné les divisions qui rongent le parti. En relayant les voix s’élevant contre un Zuma incapable d’endiguer corruption, pauvreté et inégalités sociales, Motlanthe risque d’accentuer un peu plus les divergences que les batailles passées avaient déjà mises au jour. Chez les partisans du chef de l’État, certains craignent que la reconduction de leur champion n’entraîne, comme en 2007, le départ de militants vers des formations dissidentes.
L’intéressé avait, en tout cas, pris toute la mesure de ce risque. Lors de son discours fleuve prononcé à l’ouverture du congrès, Jacob Zuma s’était ainsi employé à défendre son bilan tout en promettant des changements, notamment, en termes d’économie. Selon le Fonds monétaire international (FMI), en 2012, la croissance sud-africaine a chuté à 2,6 % au lieu des 7 % annoncés. "Nous voulons combattre l'impression fausse que notre pays part en lambeaux. [...] Nous avons un plan pour faire croître l'économie et créer des emplois", avait-t-il lancé à la tribune. Et de tempérer : "Les conditions économiques mondiales pourraient rendre nos tâches et ces plans plus difficiles".
Une prudente allocution que la remuante Ligue de la jeunesse avait jugé en-deçà de ses attentes. "Pour nous, au centre du changement radical de politique, il y a [...] l'expropriation de terres [agricoles exploitées par les Blancs, NDLR] sans indemnisation et aussi la nationalisation des mines. Nous sommes déçus que le président n'ait rien dit à propos de la nationalisation stratégique des mines", a déclaré Ronald Lamola, le président par intérim de cette branche du parti, qui avait publiquement affirmé qu’elle verrait bien Motlanthe devenir calife à la place du calife.