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L'ex-trader de la Société générale a été condamné par la cour d'appel de Paris à cinq ans de prison, dont trois ferme, et au versement de 4,9 milliards d'euros au titre de dommages et intérêts. Il a annoncé son pourvoi en cassation.
Jérôme Kerviel n'a pas dit son dernier mot. L'ex-trader de la Société générale, condamné en appel mercredi 24 octobre à trois ans de prison ferme et 4,9 milliards d'euros de dommages et intérêt, a annoncé qu'il allait se pourvoir en cassation.
"Je suis totalement effondré, je ne comprends pas le jugement rendu, je me pourvois en cassation sans hésitation", a-t-il déclaré sur RTL.
Jérôme Kerviel n'ira donc pas immédiatement en prison, le pourvoi étant suspensif. Le parquet avait requis cinq ans de prison ferme, la peine maximale prévue par le code civil.
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Kerviel ressort libre
"C’est la cohue dans la salle d’audience", témoignait Pauline Paccard, envoyée spéciale de FRANCE 24. Jérôme Kerviel, aujourd’hui âgé de 35 ans, était arrivé au tribunal le visage marqué et la mine sombre. Il est discrètement reparti du tribunal sans faire de déclarations.
L’ancien employé de la Société générale a été reconnu coupable d’abus de confiance, de faux et usage de faux et d’introduction frauduleuse de données dans un système informatique. Le 24 janvier 2008, la Société générale avait révélé une fraude sur des opérations boursières, lui ayant fait perdre quelque 4,9 milliards d’euros. Rapidement, elle a pointé du doigt l’un des jeunes loups de la finance qui arpentait sa salle des marchés : Jérôme Kerviel, alors âgé de 31 ans. Le jeune homme, fin connaisseur des organes de contrôle de la banque, est accusé d’avoir dissimulé des opérations boursières à haut risque, d’un montant de 50 milliards d’euros.
Après une instruction de près d’un an, Jérôme Kerviel a été jugé en première instance devant le tribunal correctionnel de Paris et reconnu une première fois coupable, en octobre 2010, d’abus de confiance, de faux et usage de faux et d’introduction frauduleuse de données dans un système informatique. Il a été condamné à cinq ans de prison dont trois ferme, et le versement de 4,9 milliards d’euros à la Société générale au titre de dommages et intérêts, une peine confirmée en appel mercredi.
"Une peine de mort civile"
"Ce dont on est en train de parler est vraisemblablement le plus grand casse du siècle, une des plus grandes escroqueries intellectuelles qui n’a jamais eu lieu, avait dénoncé le 21 octobre sur Canal + Me David Koubbi, avocat rendu célèbre par des procès très médiatisés. C’est à peu près clair pour tout le monde que la hiérarchie [de Jérôme Kerviel] était au courant […]. À partir du moment où sa hiérarchie savait, il n’y a pas de dossier Kerviel", avait-il poursuivi, ajoutant qu’une condamnation de son client en appel serait un "châtiment, une peine de mort civile".
L’avocat, qui a succédé à une myriade de grands noms du barreau de Paris - entre autres, Elizabeth Meyer, Éric Dupont-Moretti ou Olivier Metzner - a adopté, en appel, une stratégie particulièrement offensive. Sa ligne de défense : la "théorie du complot", selon laquelle Jérôme Kerviel aurait été victime d’une machination de la banque, qui souhaitait ainsi couvrir des pertes provoquées par la crise des "subprimes" en 2008. Me David Koubbi a ainsi déposé deux plaintes contre la Société générale pour escroquerie au jugement et faux. Selon la radio France Inter, l’enquête de la brigade financière n’a pas permis de trouver d’éléments permettant d’engager des poursuites contre la banque dans ce volet.