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Une information judiciaire a été ouverte au sujet de paris suspects sur le match Montpellier - Cesson-Sévigné du 12 mai dernier. Une dizaine de personnes du club sont impliquées dans l'affaire, dont le joueur phare de l'équipe Nikola Karabatic.

La rencontre du 12 mai entre le club montpelliérain de handball et l’équipe de Cesson-Sévigné (28-31) aurait pu passer pour n’importe quelle autre rencontre sportive de championnat. Mais l’ouverture d’une enquête judiciaire vient faire planer le doute sur de possibles trucages du match.

C’est la chaîne France 3 Languedoc Roussillon qui a révélé, mardi 25 septembre, l’information. Selon la télévision régionale, une dizaine de membres du club, joueurs ou dirigeants de l'équipe de Montpellier, actuellement championne de France, sont soupçonnés d'avoir volontairement cherché à perdre le match en question pour permettre à leurs proches d'empocher de grosses sommes d'argent.

Le petit poucet breton dévore l’ogre montpelliérain

Le Président Rémy Lévy réagit à la possible affaire de paris truqués

[...]"En premier lieu, aucune des informations données n’est, comme à l’accoutumée, vérifiable et portée à la connaissance du club dans la mesure où il s’agit d’une simple enquête préliminaire, au demeurant couverte par le secret, et qu’il est dès lors parfaitement déloyal de communiquer sur des faits non établis dans le cadre d’une procédure contradictoire, ce qui rend impossible tout débat équitable sur ce type d’informations.[...]

Mais tous les joueurs du club sont bien sûr au courant de la réglementation sur les paris sportifs et sur la stricte interdiction qui leur est faite d’y participer, de quelque manière que ce soit.

En troisième lieu le MAHB tient à protester vigoureusement sur les allégations d’implication du club dans le résultat du match et l’amalgame inadmissible qui est fait entre l’éventuel non respect par des joueurs d’une réglementation sur les paris et la suspicion d’arrangement du résultat au profit du club de Cesson-Rennes."[...]

Réaction de Rémy Lévy, Président du club, sur handnews.fr

La suspicion est d'autant plus grande que l’équipe héraultaise, leader incontestée du championnat, a perdu contre la petite équipe bretonne de Cesson-Sévigné luttant pour son maintien en première division. Même si le club montpelliérain était privé de plusieurs de ses cadres blessés, l’affaire a de quoi surprendre.

Les membres du club impliqués auraient misé au total 5 000 euros sur la défaite du club d’Ille-et-Vilaine pour un gain total d'environ 200 000 euros. La Française des jeux (FDJ) a expliqué à l’AFP avoir suspendu les paris sur ce match à la suite "d'éléments inhabituels enregistrés sur le montant des paris et en en avoir informé les autorités comme le prévoient ses obligations de vigilance et de précaution".

Interrogée par FRANCE 24, la Ligue nationale de handball, s'est refusée à tout commentaire, souhaitant garantir avant tout la présomption d’innocence des joueurs et de leur entourage.

Côté joueur, c’est l’étonnement. Jérôme Fernandez, capitaine de l’équipe de France et ancien joueur de Montpellier de 1999 à 2002, se dit "surpris par les faits relatés depuis hier", révèle-t-il sur son compte Twitter. "J'attends, comme tout le monde, d'en savoir plus".

Les épouses des joueurs dans le collimateur

Selon France 3, "le SRPJ [Service régional de police judiciaire, ndlr] de Montpellier a découvert que des épouses ou concubines de joueurs et de membres de l'environnement du club ont joué Montpellier perdant dans trois bureaux de tabac, l'un dans la région parisienne, l'autre en Bretagne et le dernier près de Montpellier".

La justice prévoit d'interpeller les joueurs concernés mais elle doit attendre leur retour à Montpellier. Les champions de France sont actuellement en Allemagne pour un match de Ligue des champions le 27 septembre à Flensburg. Puis ils se rendront à Paris pour un match au sommet face au PSG, le 30 septembre.

Quelques semaines après avoir été accueillis en vainqueur à leur retour des Jeux olympiques de Londres, c’est la douche froide pour certains membres de l’équipe. Le joueur star de l’équipe Nikola Karabatic, qui figure sur la liste des huit joueurs inquiétés par la justice, assure ne pas être au courant de la procédure judiciaire qui le vise. "Je viens d'avoir Nico [Karabatic, ndlr] au téléphone, il n'était pas au courant, a déclaré à l’AFP son agent, Bhakti Ong. "Il pensait que cette histoire était terminée. Les joueurs n'ont jamais été entendus sur cette affaire et, à ce que j'en sais, personne n'a été convoqué", a-t-il poursuivi.

"Ils se sont battus comme des chiens"

Selon Hernandez Pola, joueur de Cesson, l’honnêteté des montpelliérains ne fait aucun doute. "Je ne jouais pas ce match, j'étais blessé à l'épaule. Mais j'étais sur le bord du terrain pour encourager Cesson et je peux vous dire que Montpellier a joué pour gagner le match ! Ils se sont battus comme des chiens. Il n'y a pas eu de relâchement de leur part. Il y avait des coups, les deux équipes se répondaient et Cesson a fini par gagner. Alors, certes, Montpellier n'avait pas tous ses cadres ce jour-là mais ce n'était pas un match clé pour eux. Le gardien de but de Montpellier a même arrêté plein de ballons", confie l'international cubain pour le site Internet "le 10 sport".

"Pas d’amalgame avec l’affaire VA-OM"

Interrogé mercredi par le quotidien, le Midi Libre, l’avocat Rémy Lévy, président de Montpellier agglomération handball (MAHB), a déclaré avoir été entendu par les policiers du SRPJ de Montpellier en charge de l'enquête aux côtés de l'entraîneur général du club Patrice Canayer. "J'ai entendu un amalgame avec l'affaire VA-OM [l’affaire du match truqué Valenciennes – Olympique de Marseille, avait fait scandale en 1993, ndlr]. Cela laisse entendre que le club est à l'origine de tout ça. C'est insupportable, voire irresponsable", dénonce le président qui souhaite que "l'on fasse bien la différence entre le fait, éventuel, que des joueurs professionnels aient parié, ce qui est formellement interdit, et l'implication du club."

Les joueurs impliqués devraient être convoqués prochainement par les enquêteurs de la police judiciaire de Montpellier. Rémy Lévy a d’ores et déjà indiqué que le club allait se constituer partie civile, "devant le grave préjudice qui lui est occasionné, ainsi qu'à l'ensemble de ses salariés, partenaires, bénévoles et supporters". Les personnes soupçonnées encourent trois de prison.