
David Pagou 2025, Hugo Broos 2017 : la recette est-elle la même pour le Cameroun ? © AFP
Avec Algérie - RD Congo, c'est le choc annoncé des huitièmes de finale de la Coupe d'Afrique : l'Afrique du Sud, surprenante troisième de l'édition 2024, fait face au Cameroun, des Lions redevenus indomptables sous la houlette de David Pagou.
Avec en fond des retrouvailles entre Hugo Broos, désormais aux commandes des Bafana Bafana, et la sélection camerounaise qu'il avait conduite à son cinquième titre en 2017, à la surprise générale.
"Le match de demain est sûrement un match spécial pour moi. Si vous gagnez une CAN avec un pays, alors une partie d'eux reste dans votre cœur", a ainsi salué le Belge lors de la conférence de presse d'avant-match.
David Pagou, le sélectionneur du Cameroun, a avoué se méfier de son adversaire en huitièmes de finale : "Ce sera un match très compliqué vu le collectif sud-africain et son coach Hugo Broos, qui pour moi est un très bon entraîneur, parce qu’il a gagné la CAN avec le Cameroun au moment où on l’attendait le moins", a-t-il déclaré. "Il y aura un esprit de revanche parce qu’il est parti du Cameroun un peu précipitamment."
Sans dynamique et sans cadres avant la CAN
Hugo Broos sait en effet mieux que personne à quel point tout ce qui touche à la sélection du Cameroun peut virer au délire. La presse ne fait jamais de cadeaux, les relations entre le ministère des Sports et la Fédération sont compliquées, les négociations sur les primes peuvent prendre des proportions démesurées… En effet, malgré le titre de champion d'Afrique, il a été remercié 9 mois plus tard après l'échec dans la course à la Coupe du monde 2018.
Pourtant, son travail à la tête de la sélection camerounaise a été exemplaire. Pour mémoire, lorsqu'il est nommé sélectionneur en 2016, le Cameroun n'a plus remporté un match de phase finale de Coupe d'Afrique depuis 2010. Et à l'approche de la CAN 2017, sept cadres de l'époque déclinent la sélection — Ibrahim Amadou, Joël Matip, Guy Roland Ndy Assembe, Allan Nyom, André Onana, Maxime Poundjé, André-Frank Zambo Anguissa et Eric Maxim Choupo-Moting.
Une situation qui rappelle beaucoup celle du Cameroun à l'aube de cette CAN 2025. Avec un fond de jeu inquiétant depuis plusieurs années, les Lions indomptables ont laissé passer leur dernière chance d'être au Mondial 2026 lors du tournoi de barrages africains, vaincus par la RD Congo.
Ce qui a décidé le président de la Fédération et légende des Lions indomptables, Samuel Eto'o, à faire le ménage. L'annonce de la liste des joueurs appelés à disputer la CAN 2025 a acté en même temps le licenciement du sélectionneur Marc Brys et de la nomination de David Pagou. Ainsi que la mise à l'écart de plusieurs joueurs : le gardien André Onana, le latéral Jackson Tchatchoua ou encore les attaquants Vincent Aboubakar et Eric Maxim Choupo-Moting.
Rééditer le miracle de la CAN ?
Que ce soit en 2017 ou en 2025, impossible de dire sérieusement que le Cameroun était un favoris, ni même un outsider de la CAN. Mais comme Hugo Broos, David Pagou sait déjouer les pronostics. En à peine 20 jours, le nouveau coach camerounais, fils d'un colonel de l'armée, a su créer un groupe de "28 soldats" impressionnant dans le groupe F, pourtant qualifié de groupe de la mort : deux victoires et un match nul contre la Côte d'Ivoire championne en titre.
En 2017, le Cameroun était monté en puissance à mesure que les tours passaient, écartant successivement le Sénégal et le Ghana, avant de vaincre l'Égypte en finale : "Si vous aviez dit à quelqu'un avant le tournoi que nous atteindrions la finale, il aurait ri, mais pour nous c'était une grande motivation", déclarait d'ailleurs Hugo Broos à l'époque.
Une équipe rajeunie qui n'a peur de rien
Les coaches Broos 2017 et Pagou 2025 semblent appuyer sur les mêmes ressorts : faire tourner les joueurs, miser sur le collectif plutôt que sur de fortes individualités, croire en ses forces sans écouter le bruit médiatique, donner leur chance à des jeunes qui prennent leurs responsabilités. En 2017, les héros s'appelaient Bassogog, Ngadeu et Ondoa. Cette année, Baleba et Mbeumo se révèlent.
"C'est une très bonne équipe, une équipe jeune, a salué samedi Hugo Broos. Ils ont un bon esprit de combat et une bonne mentalité, ce qui signifie que si nous voulons les battre, nous devrons être à notre meilleur niveau".
David Pagou lui a rendu hommage ensuite, indiquant que le Belge était un exemple pour lui : "C’est un homme organisé, méthodique et qui a des convictions. Il a transformé cette sélection d’Afrique du Sud. C’est une motivation de le challenger".
Mais ces politesses s'arrêteront au bord du terrain. "Pas de pitié !", a lâché Hugo Broos. "Vous pouvez en être sûr. Je dois gagner ce match, c'est tout ce qui compte."
