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Harkis : le mea culpa du gouvernement français

À l'occasion de la journée d'hommage aux harkis, 50 ans après les accords d'Évian, François Hollande a adressé un message aux anciens supplétifs de l'armée française en Algérie, reconnaissant le fait que la France les avait abandonnés. Reportage.

"Il y a 50 ans la France a abandonné ses propres soldats […]. Les harkis sont les oubliés de cette histoire. Au-delà des désaccords, au-delà des confrontations, au-delà de la guerre elle-même, l’oubli est pire que tout", assène Kader Arif, ministre délégué, chargé des Anciens combattants, dans la cour d’honneur des Invalides.

À l’occasion de la cérémonie d’hommage rendue aux harkis - les anciens supplétifs de l’armée française en Algérie - ce mardi à Paris, le ministre délégué a prononcé un message que François Hollande, en déplacement à New York pour l’Assemblée générale de l’ONU, a souhaité leur adresser. "La mémoire des harkis est une mémoire vivante et souffrante, elle impose à la France un retour sur elle-même et sur son histoire. En cette journée nationale dédiée au souvenir, il importe que la vérité soit dite, que les leçons en soient retenues et que les conclusions en soient tirées."

Honneur au drapeau, revue des troupes, Sonnerie aux Morts, minute de silence et Marseillaise se sont succédés au cours de la cérémonie. Parmi les personnes présentes, des harkis et familles de harkis ont pris part à l’hommage au milieu des représentants associatifs, de militaires et de membres du gouvernement. Certains ministres, à l’instar de Stéphane Le Foll, Marisol Touraine, Dominique Bertinotti et Hélène Conway, ont tenu à être présents pour, disent-ils, montrer "l’importance qu’attache à la question des harkis l’ensemble des membres du gouvernement sous la responsabilité du Premier ministre".


"Devoir de mémoire de la France"

À la fin de la cérémonie, sous une fine pluie, les invités sont repartis un à un, satisfaits de l’hommage rendu. Sarah, invitée à la cérémonie, quitte les Invalides le sourire aux lèvres. Pas question, pour la jeune femme, de manquer l’événement. "Depuis que l’hommage aux harkis existe [en 2001, NDLR], je me rends tous les ans à la cérémonie. En tant que fille de harki, c’est important pour moi de participer à cet hommage pour honorer la mémoire de tous ces combattants et aussi parce que j’aime la France." Jean n’a pas non plus manqué l’appel. "Je ne suis pas harki mais j’ai fait la guerre d’Algérie comme simple appelé et, pour moi, participer à la cérémonie fait partie du devoir de mémoire de la France."

Au lendemain des accords d'Évian du 18 mars 1962, plus de 75 000 harkis, selon les historiens, ont été abandonnés en Algérie et victimes de sanglantes représailles. Les quelque 60 000 d'entre eux qui ont été admis en France par la suite ont été parqués dans des camps de fortune dans le sud du pays. Cinquante ans après les accords d'Évian, François Hollande a affirmé par la voix de son ministre que "la France se grandit toujours lorsqu'elle reconnaît ses fautes".

Le président avait promis, pendant sa campagne, une loi visant à "reconnaître publiquement les responsabilités des gouvernements français dans l'abandon des harkis, le massacre de ceux restés en Algérie et les conditions d'accueil des familles transférées dans des camps en France". Il avait par ailleurs affirmé son intention "d'assurer aux harkis et à leurs descendants la reconnaissance de la République". Kader Arif a rappelé la responsabilité coupable de la France, comme Nicolas Sarkozy l’avait fait pendant son mandat, mais aucune mesure concrète n’a pour autant été annoncée.