, avec dépêches – Quarante-quatre militants de défense des droits de l’Homme et de la démocratie vont être déférés devant une cour criminelle égyptienne pour financement illégal d'ONG. Washington a vivement réagi, menaçant de couper l’aide américaine à l’Égypte.
Depuis un mois, les relations entre les Etats-Unis et l’Égypte ne sont pas au beau fixe et elles risquent de ne pas s’améliorer de sitôt : la justice égyptienne a, selon des sources anonymes citées par plusieurs agences de presse dimanche 5 février, déféré devant la cour criminelle du Caire 44 personnes – dont 19 Américains – membres d'ONG de défense des droits de l’Homme et de la démocratie.
Dix-sept organisations sont en effet accusées d’avoir "reçu des financements illégaux de l’étranger" et d’avoir "établi des filiales d’organisations internationales en Egypte sans avoir obtenu l’agrément du gouvernement égyptien", selon d’une source judiciaire anonyme citée par l’AFP. Aux mêmes motifs, les locaux de ces ONG avaient été perquisitionnés fin décembre, provoquant l’ire du gouvernement américain. Les organisations incriminées, dont la fondation Konrad Adenauer, le National democratic institute (NDI), la Freedom house et l'International republican insistute (IRI), réputées pour leur sérieux, nient en force ces accusations.
Pour la deuxième fois en un mois, la Maison Blanche a haussé le ton, menaçant de couper sa très substantielle aide bilatérale à l’Égypte. Le pays bénéficie de 1,3 milliard de dollars d’aide militaire - soir un cinquième du budget total de l’armée égyptienne - et de 250 milliards de dollars d’aide économique par an en provenance des Etats-Unis. En février 2011, Washington a débloqué une aide supplémentaire de 150 millions de dollars pour soutenir "la transition démocratique" du pays.
Un an plus tard, l’enthousiasme affiché par les autorités américaines au lendemain de la chute de l’ancien raïs Hosni Moubarak a fondu comme neige au soleil. Samedi 4 février, en marge de la conférence de Munich sur la sécurité, la secrétaire d’État américaine Hillary Clinton a fait part de "sa profonde préoccupation" au ministre égyptien des Affaires étrangères Mohamed Amr concernant l’assignation devant un tribunal de ces 44 personnes, dont des Égyptiens, des Allemands, des Américains, des Serbes, des Norvégiens, des Libanais, des Palestiniens et des Jordaniens.
Complots ourdis par des "mains étrangères"
"Nous disons clairement que des problèmes sont nés de cette situation qui peut avoir des conséquences sur tout le reste de nos relations avec l’Égypte. Ce n’est pas ce que nous voulons", a prévenu Hillary Clinton. "Nous avons travaillé très dur l’an dernier pour mettre en place une assistance financière et d’autres soutiens aux réformes économiques et politiques qui se produisent en Égypte. Et nous examinerons de près ces questions lorsque sera venu le moment de garantir ou pas les fonds que notre gouvernement peut rendre disponibles compte-tenu des circonstances", a-t-elle poursuivi.
Réaction contrite du chef de la diplomatie égyptienne : "Nous faisons de notre mieux pour circonscrire cette affaire… En fait, nous ne pouvons influencer d’aucune manière les juges d’instruction dans l’enquête qu’ils mènent."
La police a tiré vendredi 3 février des gaz lacrymogènes pour disperser des manifestants en colère dans la ville de Suez, dans le nord-est de l'Égypte, après une nuit de violences ayant fait deux morts parmi les protestataires.
Sous une pluie de pierres, des ambulances ont évacué des blessés de la place Al-Arbaïn, dans le centre-ville, alors que le pays est le théâtre de manifestations à la suite de la mort de 74 personnes dans des violences liées au football.
L’affaire coïncide avec un regain des contestations en Égypte. Dans les rues du Caire et de Suez, de violentes manifestations se succèdent depuis une dizaine de jours pour protester contre le pouvoir militaire. Un appel à la grève générale a été lancé pour le jour anniversaire de la démission d'Hosni Moubarak, le 11 février. Le pouvoir et les médias gouvernementaux mettent régulièrement ces manifestations sur le compte de complots ourdis par "des mains étrangères".
Pour l’ONG International republican institute (IRI), ciblée par les perquisitions et les poursuites judiciaires, ces attaques ne sont pas un "processus judiciaire légitime", comme l’affirment les autorités du Caire. Mais ce sont, écrit l’organisation sur son site internet, "des actes politiques orchestrés à travers les tribunaux, en partie par des partisans de l’ancien leader égyptien , pour sabrer les organisations civiles égyptiennes en plein essor".
La date du procès des 44 militants de défense des droits de l’Homme et de promotion de la démocratie n’a pas été communiquée par les autorités égyptiennes.