
Dans son troisième rapport annuel, la Cour des comptes a souligné une amélioration de la gestion du budget de l'Élysée, tout en précisant cependant que des réductions sont encore possibles.
Des bons points pour Nicolas Sarkozy : la présidence française dépense moins et gère mieux le fonctionnement de ses services. Les rapporteurs de la Cour des comptes, qui ont passé en revue le budget de l'Élysée, ont rendu lundi après-midi leur troisième rapport annuel. Ils notent que "la quasi-totalité de leurs recommandations", exprimées depuis 2008, ont été "suivies d'effets".
Les dépenses de la présidence, qui s'élevaient à 113,6 millions d'euros en 2008, sont passées à 112,2 millions d'euros en 2010. Les charges de fonctionnement courant, qui représentent 18 % des dépenses totales, ont notamment diminué de 11,3 % entre 2009 et 2010, après une baisse de 21,6 % entre 2008 et 2009.
Des dépenses de communication en baisse
Après l'affaire des sondages de l'Élysée, la Cour souligne également que les dépenses de communication sont passées de 3,28 millions d'euros en 2008 à 1,44 million en 2010.
Il y a trois ans, la société de Patrick Buisson, ancien journaliste et proche conseiller de Nicolas Sarkozy, avait passé un contrat de 1,5 million d'euros avec la présidence, sans appel d'offre, pour la fourniture d'études d'opinion. Dans son rapport de 2009, la Cour avait dénoncé un montant "exorbitant au regard des règles de l'exécution de la dépense publique". Aujourd'hui, les rapporteurs soulignent que "la mise en concurrence des fournisseurs, à peu près inexistante jusqu'en 2008, est devenue la règle".
Dans le quotidien "Libération", la députée socialiste Delphine Batho dénonce pourtant un transfert des dépenses de sondages vers les services du Premier ministre. "C'est l'Élysée qui commande, et c'est Matignon qui paie. Il s'agit juste d'une externalisation des coûts mais il y a toujours beaucoup de sondages", explique-t-elle, en pointant du doigt les salaires de plusieurs proches conseillers du président.
Autre progrès d’après les magistrats, la diminution "significative" du personnel, bien que l'objectif annuel de 3 % n'ait pas été atteint. Nicolas Sarkozy, par exemple, ne dispose plus que de 46 conseillers, contre 82 il y a trois ans.
Toujours dans l'objectif de réaliser des économies, le président français se déplace désormais avec des délégations plus restreintes, les ministres qui l'accompagnent prennent en charge leur voyage et les prestations servies à bord des avions ont été révisées. Des efforts ont été entrepris pour tenter de réduire le coût des services de restauration de l'Élysée.
"À quand un budget vérité ?"
Si la tonalité du rapport est positive, la Cour des comptes souligne que de nouvelles améliorations doivent être apportées, en matière d'économies mais aussi de transparence des coûts. "La normalité budgétaire devient la règle à l’Élysée comme c’est le cas, depuis longtemps, dans les collectivités publiques, écrit le député socialiste René Dosière sur son blog. Devis, bons de commande, appels d’offres, mise en concurrence, objectifs par service – tous mots jusqu’alors inconnus à l’Élysée – favorisent une maîtrise des dépenses. Ceci dit, il est anormal qu’après quatre ans de budget consolidé, certains errements passés perdurent."
Les déplacements présidentiels de très courte durée en province sont encore trop chers et le rapport note un flou concernant la facturation des vols des journalistes. Par ailleurs, les heures de vols ne sont pas facturées à leur coût réel par le ministère de la Défense. Quant à la fête de l'arbre de Noël, elle représente encore une charge de 335 000 euros.
René Dosière déplore que la présidence ne fournisse que "quelques chiffres très globaux", alors que "le périmètre budgétaire de la présidence fluctue d’année en année". Le budget de l'Élysée n'est pas encore un "budget vérité", poursuit-il, puisque qu'une "part significative des dépenses (environ 20 millions d’euros, soit 1/6e du budget) continue à être supportée par différents ministères". Exemples ? Le pavillon de la Lanterne, à Versailles, dont les frais de fonctionnement sont pris en charge par les services du Premier ministre, des travaux en cours à l'Élysée, financés par le ministère de la Culture ou encore le coût de la sécurité des locaux présidentiels, financée par l'Intérieur...
"Au-delà de l’analyse technique de la Cour des comptes qui porte sur la régularité des procédures et non sur l’opportunité des dépenses, une analyse politique du budget de la présidence est nécessaire", estime René Dosière.