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Trio Joubran : "La culture palestinienne est vivante"

Le Trio Joubran est tombé dans un oud quand il était petit. Depuis, les trois frères Joubran n’arrêtent pas. À l’occasion de la sortie de l’album "Asfar", rencontre avec Adnan Joubran, de passage à Paris pour une tournée.

FRANCE 24 : Vous êtes régulièrement invités à vous produire en Europe ou encore aux États-Unis. Vous incarnez une génération d’artistes palestiniens qui renouent avec leurs racines tout en promouvant une culture palestinienne "modernisée", presque "cosmopolite". C’est important, pour vous, de montrer qu’il existe une culture palestinienne vivante qui ne se résume pas à du folklore ?

Adnan Joubran : Nous avons toujours voulu sortir de la seule tradition musicale palestinienne. Pour ne pas nous sentir à l’étroit dans des clichés. La culture palestinienne est vivante, et il est de notre responsabilité de le montrer. Il est d’ailleurs étonnant de voir tous les clichés véhiculés par les médias au sujet des Palestiniens. On a parfois l’impression que l’essentiel n’y est pas. Nous sommes très attachés à l’art, ça fait partie de notre identité.

F24 : Avez-vous le sentiment d’être parfois prisonnier de la reconnaissance internationale dont jouit le Trio Joubran ? Vous sentez-vous soutenus par le public palestinien ?

A. J. : Le public est extrêmement réceptif, que ce soit en France, aux États-Unis, mais aussi à Ramallah. Par exemple, en France, le public est très ouvert. Quand nous sommes sur scène, c’est la musique qui parle. Le public ne nous impose rien. Après, pour ce qui concerne les Palestiniens, c’est difficile à dire. Mais je constate que nos concerts sont très attendus. Pour la sortie de notre dernier album, "Asfar", les places pour les deux concerts que nous donnions à Haïfa ont toutes été vendues en une heure ! C’est quand même émouvant.

F24 : Dans votre avant-dernier album "À l’ombre des mots", vous avez rendu hommage au poète palestinien Mahmoud Darwich, mort en 2008… Avez-vous l’impression qu’une nouvelle génération d’artistes est en mesure de venir prendre le relais pour faire vivre une culture palestinienne plurielle, assoiffée de paix et non de revanche ?

A. J. : Nous avons tous besoin d’idoles. Mahmoud Darwich est très apprécié parce qu’il incarne plus qu’un artiste : c’était un homme qui ne parlait pas que de la politique. Mahmoud Darwich est le poète de l’existence, des doutes, de l’amour aussi. C’est pour cette raison qu’il reste profondément aimé, et que nombre de jeunes artistes se réfèrent à son travail.

F24 : Vous êtes nés à Nazareth, et vous vivez à Ramallah. On cite souvent cette ville comme un cas à part en Cisjordanie pour diverses raisons : ville ouverte, ville active, ville dynamique. Y-a-t-il un "cas Ramallah" ?

A. J. : Je peux vous parler de Ramallah : c’est pour moi une ville extraordinaire. On y sent beaucoup d’énergie. Chaque fois que je vais là-bas, je m’arrange pour aller m’asseoir à une terrasse, et je respire. Je respire l’air d’une ville qui se sent libre, et qui dispose d’infrastructures pour les artistes, de salles de concerts. C’est difficile à décrire, mais c’est vrai : c’est une ville à part.

F24 : Révolutions dans le monde arabe, aspirations démocratiques soufflant sur le bassin méditerranéen et manifestants 2.0. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

A. J. : L’espoir. C’est comme si l’âme des pays arabes s’était réveillée. C’est comme si les peuples disaient : "on a le droit de vivre libre". Le plus important, je crois, c’est de bien voir qu’il ne s’agit pas de chercher des héros ni de se transformer en victimes.