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Une manifestation rassemblant entre 600 et 800 personnes à Al-Qatif, dans l'est de l'Arabie saoudite, a été violemment dispersée par les forces de l'ordre. Cette intervention policière survient à la veille d'un appel à manifester lancé sur Facebook.

AFP - Trois manifestants chiites ont été blessés jeudi dans l'est de l'Arabie saoudite par des tirs de la police qui tentait de disperser un rassemblement, selon un témoin, à la veille d'un appel à des manifestations dans le royaume.

Les tirs sont intervenus alors qu'entre 600 et 800 personnes, dont des femmes, manifestaient à Al-Qatif pour demander la libération de neuf détenus chiites, a expliqué le témoin qui a requis l'anonymat.

"Alors que la marche dans le coeur de la ville allait s'achever, des soldats ont commencé à tirer sur les manifestants, et trois d'entre eux ont été blessés", a-t-il ajouté.

Les trois blessés, des hommes, ont été hospitalisés mais leurs blessures sont "modérées", a précisé cette source, selon laquelle les tirs ont duré environ 10 minutes.

Ces incidents surviennent à la veille d'un appel à manifester lancé sur Facebook.

L'appel réclame que "le dirigeant et les membres du Majlis al-Choura (conseil consultatif nommé) soient élus", "la libération des détenus politiques" et "la liberté d'expression et de rassemblement" dans le royaume.

Les autorités saoudiennes ont rappelé à plusieurs reprises ces derniers jours que les manifestations étaient interdites dans le royaume et que la police était autorisée à intervenir pour faire respecter la loi.

A Ryad, la situation était normale jeudi soir mais les patrouilles de police étaient plus nombreuses que d'habitude, selon des habitants.

A Washington, le conseiller adjoint pour la sécurité nationale du président Barack Obama, Ben Rhodes, a déclaré que les Etats-Unis surveillaient de près les développements en Arabie saoudite, l'un de ses principaux alliés au Moyen-Orient, et défendaient les "valeurs universelles" comme le droit à manifester.

La perspective de troubles au coeur du premier exportateur mondial de brut a contribué à la nervosité du marché du pétrole. Le Brent évoluait jeudi autour de 114 dollars le baril.

"L'attention reste focalisée sur la crise au Moyen-Orient, alors que des manifestations potentielles pour +la journée de la colère+ vendredi en Arabie saoudite pourraient faire grimper les prix du brut, avec le Brent qui pourrait frôler de nouveau les 120 dollars le baril", a dit à l'AFP l'analyste Myrto Sokou.

Le chef de la diplomatie saoudienne, le prince Saoud al-Fayçal, avait affirmé à la presse mercredi le "refus de toute ingérence dans les affaires intérieures" de son pays.

"La réforme ne peut se faire par les manifestations", avait-il dit, ajoutant que "le dialogue" était le meilleur moyen pour les citoyens de faire entendre leurs voix.

A la suite d'appels lancés sur Facebook, quelques centaines de personnes avaient déjà manifesté la semaine dernière dans l'est de l'Arabie, où se concentrent les chiites, pour réclamer la libération d'un dignitaire religieux.

Ce dignitaire, cheikh Toufic al-Aamer, a été libéré le 6 mars et 26 chiites arrêtés au cours des manifestations de la semaine dernière ont été relâchés ces derniers jours.

Les détenus dont les manifestants réclamaient la libération jeudi sont neuf personnes arrêtées en 1996 après l'attentat anti-américain de Khobar dans l'est du royaume.

Les chiites qui se concentrent notamment dans la province orientale, riche en pétrole, constituent environ 10% de la population de l'Arabie saoudite. Cette communauté se plaint de marginalisation dans un pays régi par le wahhabisme, une doctrine rigoriste sunnite.