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La journée d'action interprofessionnelle a mobilisé les foules ! Selon les syndicats, quelque 1,5 million de personnes ont participé aux manifestations organisées sur l'ensemble du territoire français.

Lisez notre guide de survie pendant les grèves

La boutade, désormais célèbre, de Nicolas Sarkozy affirmant qu’une grève passait "désormais inaperçue en France" ne semble plus d’actualité. Ce jeudi, les Français ont dû composer avec les perturbations provoquées par le mouvement social.

L’appel des syndicats semble avoir été entendu. Selon eux, ils seraient 2,5 millions à être descendus dans la rue pour manifester. Rien qu’à Paris, 300 000 manifestants, selon les organisateurs - 65 000, selon la police - ont participé à la marche organisée depuis la place de la Bastille jusqu'à l'Opéra. Il s’agit de la première grande mobilisation sociale sur le sol français, depuis le déclenchement de la crise internationale.

Aux côtés des manifestants parisiens, la journaliste de FRANCE 24 Nadia Charbit relève : "Les secteurs public et privé ont défilé main dans la main autour de certaines thématiques communes, comme le pouvoir d’achat et la sécurité de l’emploi." Elle ajoute : "De nombreuses personnes ont l’impression de payer pour une crise qu’ils n’ont pas créée."

Organisée pour défendre l'emploi, le pouvoir d'achat et les services publics - et réclamer au gouvernement libéral de Nicolas Sarkozy une "politique de relance économique" -, cette mobilisation s'est concrétisée par quelque 200 manifestations en France et en Outre-Mer. Toutes les professions étaient mobilisées, comme les employés de la filiale Michelin à Clermont-Ferrand, où Régis Gossman, secrétaire FO-SODG, explique : "Nous réclamons que l’argent donné aux entreprises pour soutenir l’économie soit vraiment redistribué aux salariés, et pas utilisé pour garantir les dividendes des actionnaires."
 


La grève a été relativement bien suivie dans l’Education nationale, qui réagit à l'intention du gouvernement de supprimer13 500 postes, cette année. Près de la moitié des enseignants du primaire (48 %), et un peu plus d’un quart de ceux qui exercent dans le secondaire (28 %) étaient en grève, selon le ministère de l’Education. De son côté, la Fédération syndicale unitaire (FSU) estime que le taux de grévistes est de 67,5 % dans le primaire et de près de 60 % dans le secondaire. Au-delà de cette guerre des chiffres, ce sont les parents qui ont été directement affectés par les fermetures d’écoles - les crèches ayant des possibilités d’accueil limitées.

 
Perturbations dans les transports

 
La direction de la SNCF indique pour sa part qu’environ 36,7 % de ses employés ont participé à la grève ce matin, la CGT parlant d'un taux de 41 %.

Dans le cadre de cette journée d’action interprofessionnelle, une grève des transports publics a débuté depuis mercredi soir, à 20h, et durera jusqu’à vendredi matin, 8h.

Jeudi, l’état du trafic SNCF était conforme aux prévisions annoncées par l’entreprise avec notamment de fortes perturbations des TER, des Transiliens et des Corails. Plus de 60 % du trafic TGV est assuré. Près de 45 % des Transiliens, 30 % des Corails et 40 % des Corails Intercités ont circulé jeudi. Néanmoins, aucun TGV province-province n'était annoncé.

Pour les TER, les régions les plus affectées sont la Normandie, le Centre, les Pays de la Loire, le Poitou-Charentes, l'Aquitaine, les Midi-Pyrénées et la Bourgogne, avec 35 % du trafic assuré. Néanmoins à la RATP, le trafic était légèrement meilleur que prévu, notamment pour le métro. A 7h30, environ 75 % des métros fonctionnaient normalement. Les cheminots ont en effet expliqué qu’ils souhaitaient permettre aux grévistes de se rendre aux manifestations.

Cependant, d’autres lignes ont été très fortement touchées - aucun RER B ne circulaient tôt ce matin, alors que la RATP en prévoyait 1 sur 5. Ceux qui ont préféré prendre la voiture pour aller travailler auront bénéficié en Ile-de-France d’un trafic plutôt "fluide" - 136 km de ralentissements, contre 180 km à la même heure lors des grèves de novembre dernier. Le personnel des aéroports de Paris était également mobilisé.

En prévision de cette journée, la Direction générale de l'aviation civile (DGAC) avait recommandé aux compagnies aériennes d'annuler 30 % des vols au départ ou à l'arrivée de l'aéroport d'Orly et 10 % à Roissy. Concernant la durée de la grève, le secrétaire général de Force ouvrière (FO), Jean-Claude Mailly, a déclaré sur Canal + que les syndicats ne sont "pas dans l'hypothèse" de "faire une manifestation toutes les semaines".

"Une population en colère"

Au-delà de la démonstration de force des syndicats, l’opposition socialiste a elle aussi manifesté de plus en plus fortement son mécontentement.

Ces derniers jours, les députés socialistes ont boycotté, à deux reprises, les questions d’actualité au gouvernement à l’Assemblée nationale. Le porte-parole du Parti socialiste (PS), Benoît Hamon, a déclaré sur FRANCE 24 qu’il ne faut pas "attendre grand-chose de cette mobilisation puisque [le Premier ministre] François Fillon a affirmé que le gouvernement conserverait le cap de ses réformes et que Nicolas Sarkozy a dit, lors de ses vœux, qu’il ne changerait rien à sa politique." Le député européen accuse le gouvernement de vouloir "faire taire tout mécontentement au lieu d’y répondre".
 

 
Pour Ian Brossat, président du groupe communiste au Conseil de Paris et invité du Débat de FRANCE 24 mercredi, "lorsque huit organisations syndicales appellent à la grève, cela signifie quelque chose. C’est l’écho d’un profond mécontentement de la population, (…) c’est une population en colère. Il faut se demander pourquoi une grande partie de la population soutient les mouvements de grève".