
Dès le premier jour de l'Asem (Asia Europe meeting), réunion de 46 pays d'Union européenne et d'Asie, Chinois et Occidentaux se sont accrochés sur le taux de change du yuan. La question risque de dominer l'intégralité des débats du sommet.
AFP - La Chine a adressé lundi une fin de non recevoir aux Occidentaux qui lui demandent de laisser sa monnaie s'apprécier, dès le premier jour d'un sommet entre les principaux pays d'Europe et d'Asie dominé par les contentieux commerciaux.
"Nous devrions intensifier la coordination macro-économique, gérer avec prudence le moment choisi et la rapidité de mise en oeuvre des stratégies de sortie des plans de relance, et maintenir les taux de change des principales monnaies de réserve relativement stables", a averti le Premier ministre chinois Wen Jiabao.
Il s'exprimait à l'ouverture du sommet de deux jours de l'Asem (Asia Europe Meeting) à Bruxelles, réunissant les dirigeants ou représentants de 46 pays européens et de la zone Asie-Pacifique.
M. Wen a ainsi tenu à mettre en garde ses interlocuteurs dès le début d'une semaine également marquée mercredi par un sommet avec les seuls représentants de l'UE, où la question du taux de change du yuan risque de dominer.
La Chine communiste, grâce à sa puissance exportatrice, est le plus gros détenteur de réserves de change du monde et accumulé des quantités gigantesques de dollars et d'euros.
En plaidant une nouvelle fois pour la stabilité des changes, M. Wen a de facto refusé les appels pressants des Etats-Unis et des Européens à laisser la monnaie chinoise, le yuan, s'apprécier davantage.
Les Occidentaux soupçonnent la Chine, mais aussi d'autres pays asiatiques, de maintenir artificiellement leurs devises sous-évaluées pour doper leurs exportations et leur croissance. Ils demandent à Pékin de faire plus pour développer sa demande intérieure et nourrir par ce biais sa croissance.
Le président de l'UE, Herman Van Rompuy n'a pas souhaité aborder de front ce sujet brûlant se contentant de plaider pour une meilleure gouvernance économique et financière mondiale. Il a prôné une approche prudente. "Un voyage de mille lieues commence par un premier pas", a-t-il dit en citant Confucius.
Mardi en marge de l'Asem, le chef de file des ministres des finances de la zone euro, le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker, et le président de la Banque centrale européenne, Jean-Claude Trichet, devraient toutefois de nouveau aborder le sujet lors d'une rencontre programmée avec le chef du gouvernement chinois.
M. Wen a contre-attaqué lundi en dénonçant à mots couverts la tendance au "protectionnisme" en Europe, et en demandant "davantage de représentation pour les pays en développement" dans les institutions financières internationales comme le FMI.
Ce sujet est une autre pomme de discorde entre l'Asie et l'Europe, dont l'influence au sein du FMI est jugée excessive par les nations émergentes.
Le sommet de Bruxelles a été sinon assombri par le différend persistant entre Pékin et Tokyo autour d'une zone maritime revendiquée par les deux puissances.
Tokyo a évoqué la possibilité d'une rencontre en marge de la réunion entre son Premier ministre Naoto Kan et Wen Jiabao alors que le régime chinois a gelé tout contact politique de haut niveau avec les responsables nippons. Mais rien n'avait été confirmé lundi soir.
Sur le front des droits de l'Homme enfin, la junte birmane risque de se retrouver sous pression à Bruxelles.
Dans un projet de communiqué prévu pour être adopté mardi à l'issue du sommet de l'Asem, l'Europe et l'Asie veulent lui lancer un appel pour libérer "en temps opportun" les prisonniers politiques et organiser des élections vraiment "libres".
Rangoun est représenté au sommet par son ministre des Affaires étrangères Nyan Win qui a obtenu une dérogation pour se rendre en Belgique. La junte birmane est en effet la cible de sanctions de l'UE, qui interdit notamment à ses représentants de se rendre sur son territoire.