
Les syndicats ont appelé à manifester, mardi, contre la réforme des retraites. Le projet de loi sera examiné le même jour par les députés, alors que le ministre du Travail Éric Woerth se débat toujours dans les méandres de l'affaire Bettencourt.
Premier grand débat à l’Assemblée nationale, premières grandes grèves de la rentrée. Mardi, les syndicats appellent à la mobilisation générale pour protester contre la réforme des retraites, texte dont les députés commenceront l’examen le même jour dans l'hémicycle.
Les enseignants du secondaire ont ouvert le bal dès ce lundi, en se lançant dans une grève pour dénoncer la dégradation de leurs conditions de travail et les suppressions de postes. Mardi, tout le corps enseignant, de la maternelle à l’université, devrait se joindre au mouvement interprofessionnel de protestation contre la réforme des retraites.
Pour l'occasion, une mobilisation massive est attendue. Forts des sondages qui leur sont favorables, les syndicats espèrent rassembler plus de deux millions de personnes sur l’ensemble du territoire. Un sondage BVA pour M6 paru dimanche indique que 63 % des personnes interrogées jugent le mouvement "justifié". Selon une autre enquête réalisée par l’Ifop pour "Dimanche Ouest-France", 70 % des Français approuvent la grève. Le même sondage indique cependant que 53 % d'entre eux trouvent "acceptable" le report de l’âge du départ à la retraite.
Lors du précédent mouvement, le 24 juin, la police avait estimé à 800 000 le nombre de manifestants mobilisés dans toute la France.
Dans le collimateur des syndicats : la disposition phare du gouvernement visant à relever progressivement l’âge légal du départ à la retraite à 62 ans (contre 60 ans actuellement) et celui de l’âge du départ à taux plein à 67 ans (contre 65 ans aujourd'hui en 2018). Une mesure qui, selon les syndicats et l’opposition de gauche, ne fera que renforcer les inégalités et ne prend pas en compte "la pénibilité, les carrières longues et les polypensionnés".
Le gouvernement inflexible sur l’âge de la retraite
Face au bras de fer qui s’annonce, le gouvernement a d’ores et déjà consenti à ouvrir des négociations sur plusieurs points du texte. "Certaines modalités du projet de loi [pourront être discutées] pour tenir compte de la pénibilité, pour tenir compte du rythme du travail des femmes", a déclaré dimanche soir sur la chaîne i>Télé Henri Guaino, conseiller spécial de Nicolas Sarkozy, avant d'ajouter toutefois : "Je ne crois pas que, sur les grandes variables du projet des retraites, on puisse beaucoup bouger".
Le report de l’âge légal de départ à la retraite reste, en effet, un point sur lequel le gouvernement entend rester inflexible. Au lendemain de la mobilisation du 24 juin, le Premier ministre François Fillon avait affirmé que son gouvernement ne transigerait pas "sur les principes fondamentaux de la retraite" - à savoir le relèvement de l’âge de départ. Dimanche, Henri Guaino a de nouveau insisté sur ce point, affirmant que "[le gouvernement] ne bougera pas là-dessus parce que l’impact est extrêmement important".
Sur Europe 1, Claude Guéant, secrétaire général de l’Élysée, a prévenu, quant à lui, que "Nicolas Sarkozy est tout à fait déterminé à aller jusqu’au bout". La réforme des retraites, projet phare du mandat du chef de l’État, a pour objectif de juguler les déficits croissants des régimes pour parvenir à l'équilibre en 2018.
Un rude face à face - avec l'opposition dans l’hémicycle, avec les syndicats dans la rue - attend donc le gouvernement. D’autant plus que l’affaire Woerth-Bettencourt le place dans une position particulièrement délicate. Selon un sondage publié dimanche par Harris Interactive pour RTL, 60 % des Français souhaiteraient qu’Éric Woerth, le ministre du Travail qui a été l'artisan principal de la réforme des retraites, soit déchargé du dossier.
Les syndicats, qui s’étaient jusqu’alors mis d'accord pour ne pas commenter l’affaire Woerth-Bettencourt, s’inquiètent désormais ouvertement de voir leur interlocuteur sur le dossier des retraites embourbé dans la polémique. "Comment peut-il gérer en même temps ses problèmes personnels [...] et la réforme des retraites ?", s'est ainsi récemment interrogé François Chérèque, secrétaire général de la CFDT, avant de déplorer : "On n’aborde plus du tout le fond du dossier".