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Le défilé du 14-Juillet aux couleurs de l'Afrique soulève la polémique

La participation des armées d'ex-colonies africaines de la France au défilé du 14-Juillet suscite l'émoi des défenseurs des droits de l'Homme. Ils craignent la présence, parmi les rangs, de militaires soupçonnés de crimes de guerre.

De Paris à Brazzaville en passant par Cotonou, la participation de soldats africains au traditionnel défilé du 14-Juillet soulève la controverse. Treize des 14 anciennes colonies africaines de la France conviées à célébrer sur les Champs-Élysées le cinquantenaire de leur indépendance* ont répondu présent. Au grand dam des défenseurs des droits de l’Homme qui soupçonnent la présence, dans certains contingents, de militaires accusés de crimes de guerre.

La Fédération internationale des ligues de droits de l'Homme (FIDH) a demandé, mardi, aux autorités françaises de publier la liste des délégations présentes aux célébrations afin de vérifier qu'elles ne comprennent pas de criminels. Dans une lettre ouverte adressée le 12 juillet au président Nicolas Sarkozy, l’organisation s’est dit "gravement préoccupée par le fait que les délégations de certains pays [...] puissent comprendre des personnes responsables de graves violations des droits de l'Homme."

Sur le plateau de France 24, Olivier Thimonier, secrétaire général de l’association Survie, s’est ému du fait que des "troupes largement contestables dans leur pays, où elles ont commis un certain nombre d’exactions" puissent venir "célébrer une date symbole de la liberté". Dans le collimateur de l’organisation : l’armée tchadienne qui, à la faveur d’une opération de contre-insurrection lancée en février 2008, "a organisé l’enlèvement de l’opposant Oumar Mahamat Saleh".

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L'AFRIQUE EN PREMIÈRE LIGNE

La semaine dernière, un collectif d'ONG françaises et africaines avait alerté l’Élysée de la possible présence d'un général du Congo-Brazzaville, Noël Léonard Essongo, ancien membre des milices "cobra" soupçonné de crimes pendant la guerre civile de 1997 dans son pays.

L’ombre de la Françafrique

De son côté, l’opposition fustige une résurgence de la Françafrique. "On est retombé dans la politique des réseaux, dans l'affichage des connivences", s’est insurgé François Hollande, député socialiste de Corrèze. Ce qui est grave, c'est que la politique africaine est prise en main totalement par l'entourage du président". Après la démission du secrétaire d'État à la Coopération, Alain Joyandet, "c'est Claude Guéant [secrétaire général de l'Élysée] qui devient le ministre de l'Afrique", a-t-il ironisé.

"Notre volonté d'avoir une relation avec l'ensemble du continent n'empêche pas de conserver une relation privilégiée avec les pays dont nous avons partagé le passé", rétorque-t-on à l'Élysée, en rappelant que cette invitation répond d'abord "à l'attente des Africains eux-mêmes".

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"LES CHAMPS-ÉLYSÉES VONT TOTALEMENT SE TRANSFORMER"

"D'aucuns ont critiqué la proposition que je vous ai faite de nous réunir et d'assister à mes côtés au défilé du 14-Juillet", a lancé, mardi, Nicolas Sarkozy aux 12 chefs d’État africains francophones réunis à l’Élysée pour un déjeuner. "L'objet de cette rencontre n'est donc pas de célébrer vos indépendances, vous le faites très bien vous-mêmes, a ajouté le président français. Il est de célébrer la force des liens que l'Histoire a tissés entre nos peuples. Et la force de cette rencontre, c'est de construire ensemble notre avenir."

À l’issue du déjeuner, le locataire de l’Élysée a annoncé l'alignement des pensions de quelque 30 000 anciens combattants résidant à l'étranger, quelle que soit leur nationalité." Dans un arrêté du 28 mai dernier, le Conseil constitutionnel avait validé le principe selon lequel le montant des pensions versées aux anciens combattants français et étrangers résidant hors de l'Hexagone devait être égal.


* Bénin, Burkina Faso, Cameroun, Centrafrique, Congo-Brazzaville, Gabon, Madagascar, Mali, Mauritanie, Niger, Sénégal, Tchad, Togo. Seule la Côte d’Ivoire de Laurent Gbagbo, en froid avec Paris depuis la crise politique de 2002, a refusé de prendre part aux festivités.