Depuis le début de l’offensive israélienne contre le Hamas à Gaza, le monde arabe vit au rythme des manifestations. En ligne de mire, les raids meurtriers de Tsahal, et le "silence" de plusieurs régimes arabes comme l'Égypte.
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De Beyrouth à Khartoum, des milliers de manifestants sont dans les rues depuis samedi pour crier leur indignation face aux raids israéliens, mais aussi leur colère contre des dirigeants arabes qualifiés de "traîtres" et de "complices" des assaillants.
Si les étudiants de l’université du Qatar ont appelé pacifiquement ce lundi à une grève de la faim et à un sit-in en signe de solidarité avec les Palestiniens de Gaza, les jeunes Libanais n’ont pas hésité à jeter dimanche des centaines de pierres en direction de l’ambassade égyptienne à Beyrouth.
Dans diverses capitales arabes, le gouvernement égyptien est hué par les foules. A Damas, Amman, Doha, Sanaa, Rabat, Bagdad, Le Caire, les mêmes scènes se répètent : drapeau israélien brûlé, régimes arabes qualifiés de "lâches" et de "collaborateurs", appel au djihad, à l’ouverture de fronts de lutte, etc.
Les insultes contre les dirigeants égyptiens fusent de toutes parts, et les accusations pour "trahison" mettant directement en cause Le Caire mais aussi Amman et Riyad sont désormais monnaie courante sur Internet. L’Egypte et la Jordanie, les deux seuls pays arabes à avoir signé la paix avec Israël, sont particulièrement critiquées.
Le rôle de l'Egypte mis en cause
Un sondage - non-scientifique - publié sur le site électronique de la chaîne qatarie Al-Jazeera affiche, à cet égard, des résultats éloquents. A la question "Pensez-vous que l’opération israélienne à Gaza se déroule avec l’assentiment tacite de régimes arabes ?", près de 92 % des sondés ont répondu par l’affirmative.
Ce taux élevé trouve sa justification dans les propos de nombreux responsables arabes, mais aussi dans la visite de la ministre israélienne des Affaires étrangères Tzipi Livni au Caire deux jours avant le début des opérations.
A l’issue d’une rencontre avec le président égyptien Hosni Moubarak, Livni avait proclamé : "Ça suffit ! Le Hamas prend Israël pour cible, cela doit s’arrêter et nous allons tout faire pour cela." Pour de nombreux arabes, ces propos tenus à la veille des frappes israéliennes sont la preuve d’une complicité entre Tel Aviv et Le Caire.
Le porte-parole du Hamas Faouzi Barhoum s’en est d’ailleurs ouvertement pris à l’Egypte en qualifiant les raids israéliens de "complot orchestré" avec Le Caire. Dans une conférence de presse avec le président palestinien Mahmoud Abbas, le ministre égyptien des Affaires étrangères, Ahmed Aboul Gheit, a d’ailleurs rappelé que ces raids sont survenus au lendemain de la rupture d’une trêve que le Hamas a refusé de renouveler avec l’Etat hébreu, faisant porter indirectement au mouvement islamiste la responsabilité des raids sur Gaza.
La colère de l'Egypte contre le Hamas
Autre point de litige : le point de passage de Rafah qui relie l’Egypte à la bande de Gaza, et que les autorités égyptiennes maintiennent fermé. L’envoyé spécial de FRANCE 24 à Rafah, Igaal Saadoun, rapporte que, selon les Gazaouis, l’armée égyptienne "empêcheraient les Palestiniens qui cherchent à fuir les attaques de sortir de la bande de Gaza."
Pour le directeur de l’observatoire des pays arabes à Paris, Antoine Basbous, Le Caire est en colère contre le Hamas qu’il estime instrumentalisé par l’Iran et la Syrie, et proche des Frères musulmans égyptiens, ennemis du régime en place. "Pour les autorités égyptiennes, c’est donc une question de sécurité intérieure et de rayonnement régional face à l’Iran qui se veut leader de la Oumma islamique. Sur la question du Hamas, Le Caire et Tel-Aviv se trouvent ainsi sur la même longueur d’onde."
Des milliers de manifestants ont réclamé dimanche, dans diverses villes égyptiennes, le renvoi de l’ambassadeur israélien au Caire. Le même jour, le leader du Hezbollah libanais, Hassan Nasrallah, a appelé le peuple égyptien à manifester "par millions" pour forcer l’ouverture du passage de Rafah mais aussi les officiers de l’armée égyptienne à faire pression sur le pouvoir politique dans ce qui ressemble fortement à un appel au soulèvement.
Ce lundi, des dizaines de milliers de Libanais se sont massés, à l'appel du Hezbollah, au stade d'Al-Raya, dans la banlieue sud de Beyrouth, fief du mouvement chiite, pour manifester leur soutien aux habitants de la bande de Gaza.