
Tadej Pogacar a remporté son cinquième Tour de France, en dominant outrageusement. © Loïc Venance, AFP
Tadej Pogacar dans le club des cinq

En remportant son cinquième Tour de France, le Slovène Tadej Pogacar a égalé le record de victoires codétenu par Jacques Anquetil, Eddy Merckx, Bernard Hinault et Miguel Indurain.
Arrivé en immense favori dans la foulée de ses 13 victoires en 16 jours de course sur la première partie de saison, le double champion du monde en titre n'a jamais douté pendant trois semaines, bien aidé par la chute de son rival Jonas Vingegaard. Il a porté le maillot jaune 17 jours sur 21, tout en décrochant cinq étapes pour porter son total à 26 sur la Grande Boucle.
Il avait endossé le maillot jaune une première fois dès la troisième étape, grâce à sa victoire aux Angles (Pyrénées-Orientales), avant de le céder le lendemain pour deux petits jours. Le natif de Komenda a assommé une première fois la course lors de la sixième étape, qui passait par le mythique col du Tourmalet (Hautes-Pyrénées), avant d'asseoir sa domination en s'imposant au Lioran (Cantal).
À ce record officiel de la Grande Boucle, l'ogre d'UAE Team Emirates espère bientôt ajouter le record officieux : les sept Tours de France remportés par Lance Armstrong, rayés des tablettes pour dopage depuis.
Le maillot jaune, équipier de luxe
Ce sont deux images qui ont retenu l'attention des observateurs du vélo. Lors de la deuxième étape conclue sur la colline de Montjuïc, à Barcelone, Tadej Pogacar offre la victoire à son jeune coéquipier mexicain Isaac Del Toro, alors que lui-même n'a pas encore gagné sur ce Tour et que les secondes de bonification offertes au vainqueur auraient pu compter.
Mais, sûr de sa force, le Slovène a davantage tremblé pour assurer le podium à son coéquipier que pour remporter son maillot jaune. On l'a vu l'attendre sur plusieurs étapes de montagne. Et, en guise de bouquet final, Tadej Pogacar a assuré le tempo pendant près de la moitié de la 20e étape, l'étape-reine, pour permettre à Isaac Del Toro de rester sur le podium, alors que Paul Seixas aurait bien aimé montrer les dents.
"Les gens vont parler de comment j'ai aidé Isaac Del Toro à monter sur le podium, mais il m'a d'abord aidé à porter le maillot jaune", a expliqué Tadej Pogacar, samedi. "C'était un honneur de rouler pour Isaac dans les deux dernières heures." Je l'ai fait avec plaisir et je réalise à quel point c'est difficile de travailler pour quelqu'un d'autre."
"Passer la ligne ensemble, je pense que c'est un accomplissement dont on se souviendra", a-t-il ajouté, quelques minutes après avoir mimé les cornes d'un taureau, en référence au nom du Mexicain.
"Je ne serai plus en compétition très longtemps, et Isaac a un potentiel et un talent incroyables pour me remplacer", a lâché Tadej Pogacar en conclusion du Tour.
Paul Seixas, 19 ans et (futur) grand

Un jeune homme pressé. Quand Paul Seixas, plus jeune coureur à prendre le départ du Tour de France depuis 1937, assure une quatrième place au classement général après trois semaines de lutte acharnée, il est déçu.
Au pied du podium à l'issue de son premier Tour de France à seulement 19 ans, le Lyonnais a confirmé qu'il avait le potentiel, la carrure et le caractère pour un jour l'emporter et semble être le candidat naturel destiné à mettre fin à la disette française sur la Grande Boucle.
Le vainqueur du Tour de l'Avenir 2025 débarquait sur la Grande Boucle sans avoir jamais dépassé les huit jours de course consécutifs et après avoir connu une chute au Tour d'Auvergne-Rhône-Alpes qui a perturbé sa préparation. Jour après jour, avec un sérieux et une minutie presque militaire, il a appliqué le plan établi avec son équipe sans jamais sortir du cadre malgré l'effervescence et l'agitation qui l'ont accompagné.
Seul regret, il n'a pas pu montrer son caractère offensif qui le caractérisait pourtant sur les courses qu'il a remportées jusque-là. Pour l'an prochain ? Il faudra au moins ça pour décrocher le maillot jaune.
L'ombre du dopage rôde toujours
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Accepter Gérer mes choixDans un sport au passé aussi chargé que le cyclisme, la suspicion n'est jamais loin quant aux performances des premiers de la classe. En 2026, cette suspicion s'est traduite par une vague de contrôles ayant concerné tous les coureurs à l'aube de la troisième semaine.
Mais la manière dont ont été initiés ces contrôles a fait jaser. En effet, entre la 14e et la 15e étape, Tadej Pogacar et Jonas Vingegaard ont subi un contrôle en pleine nuit. À l'image du Belge Remco Evenepoel, plusieurs coureurs ont estimé "inhumain de réveiller les coureurs au milieu de la nuit" au milieu de l'épreuve la plus exigeante de la saison. Certains ont fait le lien entre la nuit raccourcie de Vingegaard et sa chute puis son abandon le lendemain.
Rare voix discordante dans le peloton Jonathan Vaughters, patron de l'équipe EF Education et ancien coureur de l'US Postal de Lance Armstrong , a en revanche applaudi ces tests nocturnes en écrivant sur X: "les contrôles à 2 heures du matin sont l'un des moyens les plus efficaces pour empêcher le micro-dosage de peptides (EPO, hGH) et de testostérone".
"Si l'UCI nous avait testé à deux heures du matin en 2001 nous aurions tous été suspendus et cela aurait évité au cyclisme 25 ans de scandales", a-t-il écrit. "Il est malheureux que Tadej (Pogacar) et Jonas (Vinegaard) doivent payer pour les conneries qu'on a faites. Je devrais m'excuser auprès d'eux pour être honnête. Mais je préférerais perdre un peu de sommeil si cela permet de gagner en crédibilité."
Pedersen et Carapaz, des maillots verts et à pois offensifs

L'Équatorien et le Danois ont secoué le peloton, s'offrant des sorties sans complexe sur tous les terrains pour atteindre leurs objectifs. Les étapes pour les deux, avec également dans le viseur le classement de la montagne pour Richard Carapaz et le maillot vert pour Mads Pedersen.
Le champion du monde 2019, vainqueur de la 4e étape à Foix, a souvent pris le large avec l'aide de sa formation Lidl-Trek. Une tactique réussie visant les sprints intermédiaires, puisqu'il en a remporté huit, réglant en prime deux fois le sprint du peloton derrière les échappées. Jusqu'à gravir des cols devant le peloton, lui le sprinteur de plus de 76 kg !
Carapaz a lui aussi fréquenté les échappées avec assiduité, s'offrant le luxe d'attaquer Pogacar dans le Cantal, avant d'être repris. Il a collectionné les pois rouges, toujours plus fort en 3e semaine. Vainqueur à Orcières-Merlette (18e étape), le super-combatif du Tour a récidivé avec brio, samedi, lors de l'étape-reine à l'Alpe d'Huez et décroche le classement de la montagne pour la 2e fois, après 2024.
Van der Poel, vainqueur à Paris dans un finish fou

Si l'arrivée du Tour de France par Montmartre avait besoin encore d'arguments pour être défendue, le finish de la 113e édition devrait faire taire les derniers détracteurs. Remportée par Mathieu van der Poel au terme d'un coude-à-coude haletant, la 21e étape est désormais attendue par tous.
"J'étais malade l'an dernier et j'avais dû regarder cette étape à la télévision, j'y pensais depuis un moment, et la façon dont ça s'est passé, c'est un rêve", a lâché Van der Poel quelques minutes après avoir franchi la ligne.
Comme à son habitude, le petit-fils de Poulidor a répondu présent. À chaque passage de la butte, il répondait aux attaques. Sur le 3e et dernier, il s'envolait avec le maillot jaune en personne, Tadej Pogacar. Les deux meilleurs rivaux des classiques printanières. Après avoir éparpillé tous leurs rivaux, les deux cadors se sont lancés à toute vitesse dans la descente et les 10 derniers kilomètres, avec une avance sur le peloton des sprinteurs emmené par les Decathlon CMA-CGM d'Olav Kooij, longtemps située autour d'une quinzaine de secondes.
Conscient que son compagnon de fuite n'avait plus grand-chose à donner, le Néerlandais a commencé son sprint à 800 mètres de l'arrivée. Une mission suicide ? Pas quand on s'appelle Mathieu van der Poel, qui au final s'impose d'un boyau face au meilleur des sprinteurs… son co-équipier et ami Jasper Philipsen, qui a ralenti dans les derniers mètres pour le laisser s'imposer. Culte.
La folie du col du Haag et de l'Alpe d'Huez

Que serait le Tour de France sans son public ? L'édition 2026 a encore livré son lot de belles images, de coureurs fendant la foule dans une ambiance délirante. De la colline de Montjuïc à Barcelone à la rue Lepic à Paris, le peloton a pu compter sur l'appui des spectateurs.
À ce titre, la 14e étape et le col du Haag, inédit sur le tracé du Tour, devraient rester dans les mémoires. La folie furieuse s'était emparée des Vosges, qui ont transformé la montagne en tribunes à ciel ouvert. Pogacar lui-même a confié n'avoir "encore jamais rien vu de tel".
Rebelote, cinq étapes plus loin, dans les Alpes. L'Alpe d'Huez et ses 21 lacets, véritable mythe de la Grande Boucle, s'est retrouvée envahie par 600 000 fans, selon la presse locale. Presque trop dingue, comme l'ont regretté les coureurs, à l'image de Remco Evenepoel, 2e du général, qui a vanté "une expérience incroyablement belle", tout en regrettant d'avoir été bloqué "par les fans et les motos".
Un Tour marqué par la canicule et les feux

La 113e édition du Tour de France a été percutée de plein fouet par le réchauffement climatique. La canicule et les feux de forêt ont conduit à la modification de trois étapes. La 9e étape, disputée le 12 juillet en Corrèze entre Malemort et Ussel, est entrée dans l'histoire comme la première en 113 éditions à avoir dû être raccourcie (de 30 km) à cause de la chaleur, alors que le département de la Corrèze avait été place en vigilance canicule.
Deux autres étapes ont dû être modifiées, cette fois à cause des feux. L'arrivée de la 3e étape aux Angles a ainsi eu lieu "sans public" en raison de la mobilisation des secours sur un important incendie dans les Pyrénées-Orientales. Enfin dimanche, la 21e et dernière étape a été raccourcie de 133 à 89 km, se disputant uniquement dans Paris intra-muros, après le redéploiement d'une partie des forces de sécurité intérieure sur le front des feux de forêt, en particulier en Gironde.
"Le réchauffement climatique est incontestable. Le Tour de France s'adapte", a souligné dimanche le directeur du Tour de France en rappelant les mesures déjà prises en amont de cette 113e édition.
Des étapes plus courtes que par le passé, la recherche de parcours plus "ombragés", les délais d'élimination allongés ou encore les zones de ravitaillement étendues. Plusieurs coureurs ont demandé d'aller plus loin en réfléchissant à repenser le calendrier ou à faire partir les étapes plus tôt dans la journée.
