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L’homme "High-T" ou la nouvelle croisade testostéronée de Pete Hegseth et de l’extrême droite
Le ministre américain de la Défense a annoncé mercredi que les soldats de plus de 30 ans allaient devoir se soumettre à des tests de niveau de testostérone. Comme si cette hormone était centrale au fait de pouvoir se battre. Pour Pete Hegseth et le mouvement Maga, cette molécule est surtout devenue le marqueur de la masculinité triomphante. À tel point qu’ils utilisent le terme d’homme “High-T”.
Le ministre de la Défense Pete Hegseth a annoncé l'introduction de tests de niveaux de testostérones dans l'armée américaine. © Alex Brandon, AP

Après le mâle alpha, l’homme "High-T". Pete Hegseth a fait l’apologie de cette nouvelle "valeur" très Maga-compatible de la masculinité en annonçant, mercredi 15 juillet, qu’il allait soumettre tous les soldat(e)s de plus de 30 ans à des tests de niveau de testostérone.

Le ministre américain de la Défense (ou de la Guerre) ne veut que des combattants ayant un niveau de testostérone au-dessus d’un certain seuil, afin d’avoir une armée d’hommes - et de femmes - "High-T" ("Haute Testostérone").

Une armée "High-T"

"Ce programme doit permettre de s’assurer que vous avez tous les bons niveaux de testostérone pour être à votre meilleur niveau", a expliqué Pete Hegseth dans une vidéo postée sur X.

Le ministre de la Défense a continué en assurant que seuls ces soldats "High-T" permettent à l’armée d’être à la "pointe de la létalité". Un autre concept au cœur du credo de "l’éthique du guerrier" que Pete Hegseth développe depuis son entrée en fonction et qu’il oppose aux valeurs qualifiées de "woke" de l’armée américaine avant son arrivée.

Il a même affirmé que des thérapies spécifiques seraient proposées aux soldat(e)s ayant échoué à ces nouveaux tests pour les remettre dans le droit chemin "testostéronique". Un raccourci politique qui ne tient pas du tout compte d’une réalité scientifique bien plus complexe faite de débats sur les réelles conséquences de la baisse des niveaux de testostérone chez l’homme.

Une nouvelle lubie du ministre et ancien présentateur sur Fox News pour continuer à exister médiatiquement ? Pete Hegseth, l’un des plus fervents promoteurs de la guerre en Iran, est dorénavant inaudible sur ce sujet depuis que la priorité de Donald Trump semble de trouver une porte de sortie à ce conflit.

En réalité, le ministre américain ne fait que reprendre à son compte "un discours né dans les recoins de l’internet masculiniste et de droite la plus radicale avant de gagner en popularité dans les milieux conservateurs plus traditionnels et au sein du trumpisme", résume Joshua Farrell-Molloy, spécialiste des sous-cultures d’extrême droite à l’université de Malmö.

La testostérone contre la menace communiste

Ce discours "biologiste" de valorisation de l’homme avec un grand T a des antécédents politiques peu recommandables. "Dans la période de l’entre-deux-guerres, les mouvements fascistes et nazis ont insisté sur le ‘déclin biologique’ du mâle, affirmant que seules leurs politiques permettraient de ‘restaurer’ cette virilité perdue", souligne Paul Jackson, historien des idéologies d’extrême droite à l’université de Northampton.

Une virilité "testostéronée" était aussi considérée comme une bonne défense de l’Amérique contre la menace communiste durant la Guerre froide. "Dans le film ‘Dr Strangelove’, Stanley Kubrick se moque de la frénésie masculiniste de cette époque à travers le personnage du général Jack D. Ripper qui est obsédé par un complot communiste pour drainer les fluides corporels des Américains", souligne Scott Lucas, spécialiste de la politique américaine à l'université de Dublin.

Aujourd’hui, le "liberal" aux États-Unis et les "gauchistes" ailleurs ont pris la place du communiste qui menace cette virilité érigée en valeur centrale par ces mouvements d’extrême droite. Le masculinisme représente "un courant qui apporte une sorte de réponse à l’anxiété de certains qui pensent que le monde moderne veut rendre les hommes honteux de ce qu’ils sont", explique Paul Jackson.

Dans ce contexte, l’émergence de la figure de l’homme "High-T" confère "un vernis pseudo-scientifique à cette valorisation du masculin en s’appuyant sur un corpus de recherches discutables qui confèrent aux hommes ayant un haut niveau de testostérone certaines qualités" comme la combativité ou l’endurance, ajoute cet expert.

C’est aussi un moyen facile de dénigrer l’autre. "Les militants d’extrême droite opposent les comportements d’hommes ‘High-T’ à ceux des individus ‘low-T’ aussi parfois appelés ‘soy boys’", explique Joshua Farrell-Molloy. L’appellation "soy boy", ou "homme soja" désigne de manière péjorative les hommes qui auraient des comportements ou traits "féminins".

Il devient aussi plus facile d’être "un homme, un vrai" dans un monde où le mètre étalon de la virilité est la testostérone, soulignent les experts interrogés par France 24. Exit les émotions ou les sentiments : avoir cette hormone en quantité suffisante représente le Saint Graal pour tout apprenti d’Andrew Tate, le célèbre et controversé masculiniste accusé de viol et de trafic d'être humains en Roumanie.

Retour à "l’idéal masculin des années 1950"

Avant Pete Hegseth, J.D. Vance avait déjà fait la promotion des hommes "High-T", en 2024. Invité dans le très populaire podcast de Joe Rogan - qui fait lui-même la promotion des thérapies de remplacement de la testostérone -, le futur vice-président américain avait prétendu que les hommes avec un taux élevé de testostérone votaient davantage pour le parti républicain.

Une autre figure centrale de l’extrême droite américaine, l’ex-star de Fox News Tucker Carlson, est un croisé de la testostérone. Il a même consacré une émission entière au "déclin du mâle" que seuls des hommes avec des niveaux élevés de testostérone peuvent endiguer.

Aux États-Unis, cette obsession pour la testostérone "représente aussi un pont entre le mouvement Maga et Maha [Make America Healthy Again, NDLR]", assure Scott Lucas. Le secrétaire à la Santé, Robert F. Kennedy Jr., est un adepte des compléments en testostérone. Il affirme les utiliser pour rester en forme et les présente comme un élément de "l’hypermasculinité" qu’il met en valeur, assure Scott Lucas.

La récupération par l’administration Trump de ce discours sur les hommes "High-T" qui existait surtout dans des communautés extrémistes en ligne "le rend plus acceptable aux yeux du grand public", avertit Paul Jackson. "Ce n’est pas anodin car dans l’esprit de Pete Hegseth, l’homme qui a les bons niveaux de testostérone "est dominateur, protecteur, et il n’hésite pas", énumère Joshua Farrell-Molloy.

Autrement dit, il "correspond en fait à l’idéal masculin des années 1950", affirme Scott Lucas. Pour lui, c’est un concept qui "corrompt le débat politique" car il ne propose rien d’autre qu’un retour en arrière en fermant la porte à toute discussion sur les rapports entre hommes et femmes dans la société américaine actuelle.