
Le sélectionneur Rudi Garcia lors du 8e de finale entre les États-Unis et la Belgique au Seattle Stadium, le 6 juillet 2026. © Luke Hales, Getty Images via AFP
Tout peut aller très vite dans le football, et la Belgique en est une énième illustration dans ce Mondial 2026. Alors que les Diables Rouges étaient au pied du mur - avec deux matches nuls peu convaincants contre l'Égypte puis l'Iran - avant leur dernier match de phase de groupes, ils seront finalement bien au rendez-vous des quarts de finale face à l'Espagne, vendredi 10 juillet.
Le "miracle de Seattle" est notamment passé par là : alors que les Belges étaient dominés, menés logiquement 2 à 0 par le Sénégal en 16es de finale, ils ont renversé le match en inscrivant deux buts en trois minutes avant d'obtenir leur qualification juste avant les tirs au but (3-2).
Personne ne voyait les Diables Rouges en 8es de finale à la 85e minute de jeu... sauf peut-être leur entraîneur Rudi Garcia. "Dans le foot, tout est toujours possible tant qu'on y croit. Et je vous ai dit, la force de ce groupe, ce sont aussi ceux qui sortent du banc", a notamment déclaré le sélectionneur de la Belgique après la rencontre.
C'est effectivement une marque de fabrique de "coach Rudi" : les Diables Rouges ont eu 18 titulaires différents depuis le début de la Coupe du monde, signe du turn-over auquel recourt l'entraîneur. Mieux, cinq joueurs sortis du banc se sont déjà montrés décisifs pour la Belgique : Romelu Lukaku (trois buts et une passe décisive), Hans Vanaken (un but et une passe décisive), Thomas Meunier, Nicolas Raskin et Alexis Saelemaekers (une passe décisive chacun).
Des choix forts concernant De Bruyne, Doku et Lukaku
Il faut des appuis solides pour comprendre les compositions parfois énigmatiques de Rudi Garcia. Depuis le début de la compétition, le sélectionneur des Diables Rouges a soufflé le chaud et le froid dans son vestiaire, comme Kevin de Bruyne et Jérémy Doku peuvent en témoigner.
Ces deux noms du football belge ont été tour à tour titulaires en début de compétition, puis remplacés lors de la rencontre face au Sénégal avant de débuter sur le banc lors du 8e de finale face aux États-Unis. Vous avez dit sélectionneur lunatique ? Cette girouette tactique pourrait le laisser penser, mais le résultat a finalement été payant.
Entre autres exemples, le jeune Charles De Ketelaere a été titularisé face aux États-Unis et a brillé en inscrivant un doublé. Romelu Lukaku, taulier de l'attaque des Diables Rouges (93 buts en 131 sélections), est lui devenu remplaçant en raison de sa condition physique. Mais le "supersub" a déjà fait mouche trois fois en sortant du banc.
Le coach de la Belgique a fait des choix forts pour le moment, mais il n'y a pas pour autant de quoi crier au génie, comme l'a expliqué à l'AFP l'ancien international belge Marc Degryse. Les changements réussis "ne font pas soudainement de Rudi Garcia un héros ou un magicien", explique celui qui est aussi consultant pour le quotidien flamand Het Laatste Nieuws, avant d'ajouter qu'on ne passe pas en un claquement de doigts de "changements bizarres à (des) remplacements spectaculairement bons".
Un coach aux multiples visages
D'autant que Rudi Garcia sait aussi prendre la défense de ses joueurs quand ils sont attaqués. Il en est allé ainsi après la victoire de la Belgique face à la Nouvelle-Zélande (5-1) en phase de groupes. Alors qu'un journal belge avait qualifié Kevin de Bruyne de "has been" avant la rencontre, le sélectionneur a répondu en fin de rencontre : "Voilà, ce soir, ce qu'ont réalisé les 'vieux' de la Belgique. Je n'ai pas apprécié qu'on les traite de 'has been'. Des joueurs de cette qualité-là, on les encourage."
Protecteur, le coach des Diables Rouges sait aussi se montrer piquant avec ses joueurs, comme avec son attaquant Jérémy Doku. "On a joué sans Jérémy les trois matches de groupe", a-t-il lancé avant le match contre le Sénégal, alors que l'ailier virevoltant avait été titulaire contre l'Egypte puis contre la Nouvelle-Zélande (5-1)...
Pourquoi tant d'atermoiements du coach de la Belgique ? La raison est simple : comme dans ses clubs précédents (le Losc, l'AS Rome, l'OM ou encore l'OL), Rudi Garcia dit faire passer le collectif avant toute chose, avec une bonne dose de pragmatisme pour s'adapter aux circonstances quand elles l'exigent.
La sélection belge n'échappe pas à cette logique. Rien de surprenant, donc, à ce que le sélectionneur déclare au sujet de son groupe : "Je dois reconnaître qu'on a des joueurs intelligents. Le capitaine Youri Tielemans en premier. C'est agréable car ce sont des joueurs qui pensent au collectif avant de penser à eux-mêmes." Rudi Garcia avait aussi mis en avant "l'état d'esprit" lors de son arrivée sur le banc de la Belgique, en janvier 2025 : "Il faut porter le maillot avec fierté, il faut tout donner pour la sélection."
Imprévisible dans ce Mondial, à l'image de son sélectionneur, la Belgique aura tout de même des repères face à l'Espagne. Elle pourra notamment s'appuyer sur son dernier rempart Thibaut Courtois, qui a fait un parallèle mercredi entre les Diables Rouges actuels et ceux de 2018 : "La situation est un peu similaire au quart de finale face au Brésil (victoire 2-1)", a noté le gardien, "ils étaient favoris, ils avaient plus de qualités individuelles... Mais on était une grande équipe tous ensemble, comme maintenant." Rudi Garcia ne le contredira certainement pas.
