
Le président Donald Trump à la Maison Blanche, à Washington, le 16 juillet 2026, lors de son adresse à la Nation. © Saul Loeb, pool AFP via AP
"Nous ne pouvons plus jamais assister à une nouvelle élection volée." Dans une allocution de 25 minutes adressée "à la Nation" jeudi 16 juillet, Donald Trump a réitéré une fois de plus ses accusations de fraude électorale lors de l’élection présidentielle de 2020, qu’il a perdue face à Joe Biden.
Le républicain a notamment déclassifié jeudi des documents devant prouver que la Chine avait interféré dans l'élection de 2020 au profit de l’ex-président démocrate. Donald Trump a ainsi accusé Pékin d’avoir mené "la plus grosse opération de piratage de données électorales de l'Histoire, aboutissant à l'obtention illicite par la Chine de 220 millions de fichiers d'électeurs américains". Or plusieurs rapports, dont certains émanant des principales agences de renseignement du pays, ont démenti à plusieurs reprises toute ingérence étrangère dans les résultats du vote.
Derrière ces accusations, l’enjeu pour Donald Trump est de faire croire à un nouveau risque d’ingérence étrangère et de fraude interne pour les élections de mi-mandat qui se tiendront en novembre. Ce scrutin – auquel participent tous les électeurs américains – doit élire les 435 membres de la Chambre des représentants, un tiers des 100 sénateurs, deux tiers des gouverneurs, et des élus locaux.
"Par ce discours, Donald Trump montre qu’il est prêt à tout pour prendre le contrôle de l’appareil électoral", alerte Scott Lucas, spécialiste de la politique américaine à l'University College Dublin. Le président américain a notamment exhorté les élus républicains au Congrès à adopter le "Save America Act", un projet de loi imposant de nouvelles exigences en matière d'identification des électeurs et de citoyenneté.
Le texte, adopté à la Chambre des représentants, reste pour l’heure bloqué au Sénat. Mais s’il était adopté, il pourrait écarter 21 millions d’électeurs du vote, selon une étude de l’université du Maryland.
Mobiliser contre "l’ennemi intérieur"
Car avec une cote de popularité à 37 % selon un sondage Ipsos pour le Washington Post, Donald Trump est loin d’être en position de force pour les midterms. Les républicains pourraient ainsi perdre leur majorité dans les deux chambres du Congrès. "Si les 20 % d’électeurs Maga [Make America Great Again] le soutiendront, il y a un risque que les 15 % de républicains traditionnels, eux, n’aillent pas voter", souligne Jérôme Viala-Gaudefroy, chargé de cours à Sciences Po, spécialiste des États-Unis et auteur de l'ouvrage "Les Mots de Trump" (éd. Dalloz, 2025).
Pour le docteur en civilisation américaine, la colère affichée de Donald Trump dans son discours a donc aussi pour objectif de mobiliser son électorat. Le milliardaire s’est ainsi attaqué aux "bureaucrates véreux" responsables, selon lui, de l’avoir trahi en 2020 en laissant passer l’ingérence de la Chine dans ces élections. "La rhétorique de Donald Trump s’appuie sur le conflit. En tentant de convaincre ses électeurs qu’ils doivent combattre l’adversaire politique comme un 'ennemi intérieur', il espère les mobiliser au vote", résume Jérôme Viala-Gaudefroy.
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Mais plus que mobiliser pour la victoire, le président américain prépare surtout son camp à contester une potentielle défaite aux midterms. "Donald Trump tente encore de remplacer la vérité par sa propre histoire", avance Scott Lucas. "En réutilisant cet ancien narratif selon lequel la défaite de 2020 n’existe pas, Donald Trump veut convaincre son camp qu’une défaite en 2026 est, elle aussi, impossible", complète-t-il. Autrement dit : si le camp Maga perd aux midterms, ce sera parce que les élections auront été corrompues.
Cette rhétorique, Donald Trump la tient de Todd Blanche, ancien avocat du président et désormais ministre de la Justice. "Il lui a appris à ne jamais reconnaître la défaite", rappelle Jérôme Viala-Gaudefroy. L’ex-avocat l’a notamment défendu lors du procès pénal de 2024, où Donald Trump a été reconnu coupable de 34 chefs d’accusation pour falsification de documents dans le cadre de l'affaire Stormy Daniels.
Menaces sur le système électoral
Mais ce discours commence à montrer ses limites. Face au caractère controversé des annonces attendues, plusieurs grandes chaînes comme NBC et ABC ont décidé de ne pas retransmettre en direct son allocution. CBS, qui avait d’abord refusé de diffuser le discours avant de faire machine arrière, a finalement arrêté la diffusion en cours de route.
"Décision rare, NBC et ABC ont dit toutes les deux qu'elles ne diffuseraient pas ce discours. (...) Elles, et d'autres médias, font partie d'un complot. Elles veulent continuer cette fraude. (...) Une fraude comme celle-ci devrait signifier le retrait de leurs licences", a attaqué, en représailles, Donald Trump, qui a appelé au retrait de leurs licences de diffusion.
Selon Jérôme Viala-Gaudefroy, la décision de ces médias s’explique avant tout par une "lassitude" latente face aux "obsessions" du président américain, qui remet sur la table une défaite survenue il y a six ans. "Même les Maga veulent passer à autre chose", conclut-il.
Pour autant, l’attitude complotiste du président américain inquiète à quelques mois des midterms. Pour être adopté au Sénat, le "Save America Act" doit obtenir les voix d’une majorité de 60 sénateurs, ce qui reste peu probable d’ici aux élections de novembre. Mais ce n’est qu’un levier parmi d’autres pour mettre la main sur la tenue de ces élections.
"La menace qui pèse contre le système électoral est bien réelle", souligne Scott Lucas, pour qui Donald Trump ne s'arrêtera pas à vouloir faire adopter cette loi. "Si le 'Save America Act' ne passe pas avant les élections, Donald Trump cherchera à convaincre son camp qu’il doit absolument prendre le contrôle sur ce scrutin."
Même constat chez Jérôme Viala-Gaudefroy. "Donald Trump tentera de contrôler ces élections à toutes les échelles, et notamment à l’échelle des États, qui sont en charge de ces élections", rappelle-t-il. Le spécialiste cite notamment le risque de voir Donald Trump faire pression sur les électeurs au profit du camp Maga, d’initier des conflits et de contester les résultats.
