
Le Capitole américain, photographié le 9 mars 2026 à Washington, aux États-Unis. © Heather Diehl, Getty Images via AFP
Un fossé grandissant. Plus de 100 membres démocrates de la Chambre des représentants ont voté cette semaine aux États-Unis pour supprimer l'aide à Israël. Le chiffre, inconcevable encore récemment, illustre les fractures croissantes au sein du parti, à quelques mois d'élections cruciales où cette question épineuse figurera aux avant-postes.
Du fait de l'opposition quasi unanime des républicains, la mesure n'a pas été adoptée. Mais elle a permis à de nombreux élus démocrates de faire état de leur rejet de la campagne militaire menée par Israël à Gaza et au Liban.
La numéro deux des démocrates à la Chambre des représentants, Katherine Clark, a ainsi voté en faveur de l'amendement en question, affirmant : "Le statu quo n'est pas tenable." "Nous ne devons pas fournir de chèque en blanc pour l'aide militaire aux pays qui ne respectent pas les lois, intérêts et valeurs des États-Unis", a-t-elle déclaré dans un communiqué.
Le Parti démocrate divisé
Pourtant, comme 97 autres députés de son camp, le chef de la minorité démocrate à la Chambre, Hakeem Jeffries, a voté contre, ce qui témoigne d'un écart notable entre les deux responsables, censés être alignés pour donner des consignes de vote claires à leurs troupes.
Il y a encore deux ans, au moment où la guerre à Gaza battait son plein, seuls 37 députés démocrates avaient voté pour une mesure similaire de coupe dans les aides américaines à Israël.
Un temps considérée comme faisant consensus entre républicains et démocrates, la question du soutien à l'un des alliés les plus proches des États-Unis divise à gauche.
Déjà lors de la campagne présidentielle de 2024, de nombreux militants et organisations progressistes avaient refusé de soutenir Kamala Harris, accusée d'inaction en tant que vice-présidente devant la crise humanitaire à Gaza.
Selon un sondage mené récemment par l'institut Ipsos avec le Washington Post, près de trois quarts des démocrates interrogés veulent a minima réduire l'aide militaire des États-Unis à Israël, quand 40 % souhaitent même la supprimer entièrement.
De New York au Colorado, des primaires démocrates se sont soldées ces dernières semaines par la victoire de progressistes qui critiquent Israël de manière proéminente dans leurs campagnes.
"De plus en plus anti-Israël"
De plus en plus de candidats démocrates disent également rejeter à présent le soutien de l'Aipac, une organisation qui travaille à faire élire des candidats pro-Israël.
Si les dollars versés à la campagne sont grandement utiles, beaucoup de candidats font désormais le calcul qu'un tel soutien controversé n'en vaut pas la chandelle.
À un peu plus de trois mois des élections de mi-mandat, certains élus démocrates pro-Israël s'alarment du changement. John Fetterman, sénateur de Pennsylvanie devenu l'un des plus fervents soutiens d'Israël au Congrès, a déclaré mercredi qu'il envisageait de quitter le camp démocrate si la ligne officielle du parti devenait anti-Israël.
"Il suffit de regarder le genre de types qui ont gagné nos primaires récemment", a déclaré l'élu. "Ça devient de plus en plus anti-Israël et hostile envers les gens" qui soutiennent cet allié des États-Unis.
Pour Brian Romick, président de l'organisation Democratic Majority for Israel, l'amendement visant à supprimer l'aide à Israël n'aurait jamais dû être soumis au vote.
Mais "le nombre de démocrates qui l'ont soutenu envoie un message clair et fort", a-t-il déclaré dans un communiqué, soulignant leur "frustration profonde" envers le gouvernement de Benjamin Netanyahu, notamment face à la "dévastation à Gaza" et aux violences contre les Palestiniens en Cisjordanie.
Avec AFP
