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Le pari d’une route alternative dans le détroit d’Ormuz
Alors qu'emprunter la route maritime longeant les côtes omanaises est souvent présentée comme une voie de contournement  face au risque de mines dans le détroit d'Ormuz, cette stratégie est remise en question après l'attaque d'un cargo jeudi. Cet épisode illustre la complexité de la navigation dans ce passage, au cœur du bras de fer entre Téhéran et Washington.
Navires dans le détroit d'Ormuz, vus depuis Musandam, à Oman, le 22 juin 2026. © Stringer, Reuters

Les Gardiens de la révolution, armée idéologique de la République islamique d'Iran, avaient prévenu. Seuls les itinéraires maritimes désignés par l’Iran sont autorisés à la navigation et toute traversée du détroit d’Ormuz en dehors du cadre défini par l'Iran "ne bénéficiera pas des garanties de passage sécurisé".

Jeudi 25 juin, un cargo a été endommagé par un projectile d'origine inconnue alors qu'il naviguait à 7,5 milles nautiques (14 kilomètres) au sud-est de Dahit, sur la péninsule omanaise de Musandam. Le navire avait emprunté une route alternative à celle traditionnellement empruntée dans le détroit d'Ormuz, longeant les eaux territoriales omanaises. L'objectif : éviter le couloir placé sous contrôle de l'autorité maritime iranienne.

Leur itinéraire avait été recommandé le 18 juin par le Joint Maritime Information Center (JMIC), un centre d'information naval soutenu par le gouvernement américain. Selon l'organisation, cette voie est "exempte de mines", contrairement à la route habituellement empruntée au centre du détroit.

Un passage dangereux

"Ce passage existait déjà jusque-là, mais il était peu emprunté car il longe le littoral et présente davantage de risques du point de vue de la sécurité", explique Dirk Siebels, spécialiste de la sécurité maritime au cabinet Risk Intelligence. "Si quelque chose se passe mal à bord, une panne de moteur, une défaillance du gouvernail ou tout autre incident, vous êtes relativement proche du rivage et vous disposez de très peu d'espace pour manœuvrer."

Le pari d’une route alternative dans le détroit d’Ormuz
Détroit d'Ormuz : nouvelle route maritime "sûre" selon les autorités iraniennes. © Valentina Breschi, Sylvie Husson/ AFP

En temps normal, la navigation dans le détroit d'Ormuz suit un dispositif mis en place par l'Organisation maritime internationale (OMI) dès 1968. Ce "système de séparation du trafic" fonctionne "comme une sorte d'autoroute maritime au milieu du détroit", résume Dirk Siebels. Deux couloirs de circulation, séparés par une zone tampon, permettent aux navires d'entrer et de sortir du Golfe en limitant les risques de collision dans ce goulet d'étranglement large d'à peine 33 kilomètres à son point le plus étroit.

Mais ce couloir central est désormais interdit par les autorités iraniennes, qui n’autorisent que le passage le long de ses propres côtes sous couvert de feu vert de ses autorités maritimes.

À cela s'ajoute un autre danger : le 24 juin, le secrétaire général de l'OMI, Arsenio Dominguez, alertait sur la présence possible de mines. "Nous avons reçu des informations selon lesquelles il y a des mines" dans la voie de circulation habituelle, avait-il déclaré, évoquant "un peu plus de 80 mines" qui devraient être neutralisées avant toute reprise du trafic.

"Personne n'est en mesure de dire si c'est vrai ou faux", estime Dirk Siebels. "Mais il n'est même pas nécessaire qu'il y ait réellement des mines : il suffit de faire naître le doute pour que personne ne prenne le risque d'y passer. Dans les deux cas, Il faut d'abord procéder à un déminage."

Une route de plus en plus fréquentée

Jusqu'à l'incident de jeudi, la route longeant les côtes omanaises était ainsi devenue de plus en plus fréquentée, rappelle Dirk Siebels. Une vingtaine de navires l'avaient empruntée en mai et au début du mois de juin, avant que ce chiffre ne grimpe à une soixantaine, selon l'OMI.

Cette alternative devait aussi permettre de débloquer les près de 11 000 bâtiments toujours pris au piège dans le Golfe. Le plan élaboré pour permettre leur sortie, en utilisant les deux routes côtières, a cependant été suspendu après l'attaque de jeudi contre le cargo qui naviguait au large d'Oman.

Dans le protocole d'accord signé la semaine dernière entre Téhéran et Washington, l'Iran s'est par ailleurs engagé à déminer le détroit dans un délai de trente jours. Paris et Londres ont, de leur côté, proposé de contribuer à sa sécurisation, notamment en fournissant des capacités de déminage dans le cadre d'une coalition d'une quarantaine d'États.

Le contrôle de ce passage stratégique est loin d'être réglé. Il demeure l'un des principaux points de friction entre Téhéran et Washington, mais aussi l'un des principaux leviers des négociations en cours entre les deux pays.

Avec AFP