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La France "n’est pas prête" : le constat alarmant du Haut Conseil pour le climat
Dix ans après l’Accord de Paris, le Haut Conseil pour le climat (HCC) a jugé jeudi les politiques françaises toujours "insuffisantes" face à un réchauffement aux effets de plus en plus dangereux. L'organisme indépendant appelle à accélérer la baisse des émissions, à mieux financer l’adaptation et à éviter que les retards climatiques n’aggravent les inégalités sociales.
Des passants se promènent sur la place du Trocadéro, près de la tour Eiffel, le 2 juillet 2025 à Paris. © Christophe Ena, AP

Les politiques climatiques françaises demeurent "insuffisantes" face à l’accélération du changement climatique, a alerté jeudi 9 juillet le Haut Conseil pour le climat (HCC), qui juge "urgent" de changer de méthode pour faire face à des impacts désormais de plus en plus "dangereux".

Dans son huitième rapport annuel, l’organisme indépendant estime que la France « n’est pas prête » à affronter les conséquences du réchauffement. 

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La France "n’est pas prête" : le constat alarmant du Haut Conseil pour le climat
Image de couverture : © France 24
01:14

Ce constat intervient quelques jours après la publication d’un bulletin du service européen Copernicus confirmant que juin 2026 a été le deuxième mois de juin le plus chaud jamais enregistré dans le monde et le plus chaud observé en Europe occidentale, avec des températures supérieures de 3 à 5 °C aux normales de saison.

La France a, de son côté, battu son record national de chaleur pour un mois de juin avec une moyenne de température de 29,2°C, soit 9,7°C au-dessus des normales de saison.

Une baisse des émissions jugée trop lente

Une décennie après l’Accord de Paris qui prévoyait de limiter le réchauffement climatique en dessous de 2° C, le HCC reconnaît de premiers progrès : les émissions françaises de gaz à effet de serre ont diminué de 2,1 % en 2025, et de 4,8 % au premier trimestre 2026. Mais cette évolution reste insuffisante. 

"Le rythme doit s’accélérer", a averti Diane Strauss, membre du HCC. Pour respecter les objectifs climatiques, la baisse des émissions devrait dépasser 4 % de baisse par an d’ici 2028, soit environ le double du niveau actuel.

Le rapport souligne que la France dispose depuis 2025 d’une stratégie énergie-climat articulée autour du troisième Plan national d’adaptation au changement climatique (PNACC-3), de la programmation pluriannuelle de l’énergie et du projet de stratégie nationale bas carbone.

Ces dispositifs ne seraient pas accompagnés de financements à la hauteur des besoins. "Paradoxalement, on a à peu près autant d’efforts de transition énergétique que de soutien pour les combustibles fossiles, a déclaré Jean-François Soussana, président du HCC.

Le piège de la "maladaptation"

Le rapport alerte sur le risque de "maladaptation", définie comme des mesures qui réduisent la vulnérabilité à court terme, mais l’aggravent à plus long terme.

Lors d’une présentation du rapport, la climatologue Valérie Masson-Delmotte, membre du HCC et ancienne coprésidente d’un groupe de travail du Giec, a estimé que "nous entrons dans une plage dangereuse", dans laquelle les infrastructures, l’aménagement du territoire et de nombreuses activités économiques restent conçus "pour un climat qui n’existe déjà plus".

Elle met en garde contre des réponses essentiellement incrémentales et technologiques, telles que la multiplication des retenues d’eau ou le recours généralisé à la climatisation, qui peuvent limiter certains effets du réchauffement tout en déplaçant les risques.

Une analyse nuancée par François Gemmenne, climatologue et professeur à HEC, qui a spécifiquement travaillé sur la notion de maladaptation. 

"On peut considérer que ce n’est pas un truc à faire parce que ça coûte cher, qu’il n’y a pas le matériel ou que c’est moche, dit-il. Mais ça n’aggraverait pas le problème en France, où l’électricité est décarbonée et où le rejet des gaz fluorés réfrigérants est vraiment très limité par rapport à ce qu’il se faisait avant."

​Les inégalités face au réchauffement climatique

Le HCC établit un lien direct entre le retard pris dans l’action climatique et l’aggravation des inégalités. En effet, les vagues de chaleur répétées exposent davantage les ménages modestes au stress thermique, notamment dans les logements, les hôpitaux et les lieux de travail mal adaptés. 

L’épisode caniculaire de juin 2026 a déjà illustré ces vulnérabilités : environ 1 000 décès supplémentaires ont été enregistrés depuis le 24 juin par rapport aux niveaux habituels, selon Santé publique France. 

La chaleur a également affecté les établissements scolaires : quelque 3 500 écoles ont fermé leurs portes et environ 10 000 autres ont adapté leurs horaires ou accueilli les élèves dans des locaux aménagés pendant la canicule. Les personnes sans-abri, les travailleurs exposés et les personnes souffrant de troubles psychiatriques figurent également parmi les populations les plus vulnérables.

Le rapport cite également la crise du détroit d’Ormuz survenue en 2026, qui a provoqué une flambée des prix des carburants. Cette hausse a pesé de manière disproportionnée sur les ménages dépendants de leur voiture thermique, au risque d’étendre ce que le rapport qualifie de "précarité des mobilités".

Au regard de ces constats, le Conseil juge la réponse de l’État "structurellement insuffisante", qu’il s’agisse de l’aménagement urbain résilient, des critères de décence des logements face aux fortes chaleurs ou encore de la prise en compte des vulnérabilités spécifiques des territoires ultramarins.

Le rapport salue toutefois un meilleur ciblage des aides publiques pour les ménages modestes, comme "MaPrimeRénov", le leasing social de véhicules électriques ou les aides aux pompes à chaleur. 

Mais ces dispositifs restent "sous-dimensionnés par rapport aux besoins", selon Diane Strauss, faute de financement pérennes. 

Plus de 80 recommandations

Dans son rapport, le HCC formule 82 recommandations auxquelles le gouvernement devra répondre dans un délai de six mois. Elles prévoient notamment des mesures simples face à la chaleur, comme l’installation de volets, d’ombrages et de ventilateurs de plafond, mais aussi un renforcement des règles de santé au travail.

Le Conseil recommande également de doubler les investissements bas carbones publics et privés, d’augmenter le Fonds vert pour les collectivités et d’adopter un moratoire sur l’extension des capacités aéroportuaires afin de "maîtriser la hausse du trafic aérien".

Pour François Gemenne, la priorité reste le logement : "La rénovation doit inclure la question de la climatisation, en tout cas d’un droit à la fraîcheur."

Il critique une approche trop centrée sur les restrictions : "On est toujours dans une logique de limitation. Or, les limites n’excitent personne, et on n’est jamais dans une logique de projet."

Pour ce qui est, enfin, de la prévention, 2025 a vu la publication d’un décret renforçant les obligations des employeurs face aux risques liés à la chaleur et d’un plan canicule dans les établissements scolaires. Ce dernier s’est "difficilement mis en place" lors de la canicule de juin 2026, selon le HCC, et son efficacité devra encore être évaluée.