
L'écusson de la police nationale du département des Bouches-du-Rhône lors d'une opération coordonnée de grande envergure contre le trafic de drogue à Marseille, le 9 avril 2026. © Thibaud Moritz, AFP
Félix Bingui, chef présumé du clan Yoda dont la rivalité avec la DZ Mafia a fait plus de trente morts, renoue à partir de lundi 18 mai avec un long parcours judiciaire, jugé aux côtés de 19 coprévenus. L'homme derrière l'un des réseaux de narcotrafic les plus lucratifs de France sera jugé pour plusieurs chefs d'accusation et encourt 20 ans de prison.
Arrêté à Casablanca en mars 2024, extradé en France dix mois plus tard, "Féfé" alias "Le Chat" a déjà été condamné à de nombreuses reprises, la dernière en octobre 2024, alors qu'il était incarcéré au Maroc, à six ans de prison pour trafic de stupéfiants.
Des charges multiples
En janvier 2025, le ministre de la Justice Gérald Darmanin s'était félicité de l'extradition de celui qu'il présentait alors comme "l'un des plus gros narcotrafiquants français".
Quelques jours après sa remise aux autorités françaises, cet homme de 35 ans, né dans le Gard, a été mis en examen pour "complicité de tentative d'assassinat" dans une autre affaire dont l'instruction est toujours en cours.
Bingui sera jugé jusqu'au 5 juin devant le tribunal correctionnel de Marseille, avec 19 coprévenus - dont deux sous le coup d'un mandat d'arrêt - pour la gestion, de 2021 à 2023, de l'un des plus lucratifs points de deal, à l'époque, des quartiers Nord de la cité phocéenne.
Situé à l'entrée de la cité de la Paternelle, ce point de vente de la Fontaine était alors "très actif", avec une clientèle régulière pouvant former file d'attente voire embouteillage sur le parking attenant, selon les observations des policiers.
Un réseau "extrêmement organisé"
Poursuivi pour trafic de stupéfiants, association de malfaiteurs et blanchiment, le tout en récidive légale, "Le Chat" encourt 20 ans de prison.
"Je n'ai rien à voir dans ce dossier", avait déclaré Bingui en janvier dernier, lors d'une audience en visioconférence depuis le quartier de lutte contre la criminalité organisée (QLCO) de la prison de Vendin-le-Vieil (Pas-de-Calais), où il est incarcéré, comme nombre de ses anciens rivaux de la DZ Mafia.
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Nourrices, convoyeurs, logisticiens, collecteurs d'argent ou "blanchisseurs" : l'enquête a révélé un réseau "extrêmement organisé", avec hiérarchie et répartition des rôles, alors même que Félix Bingui et des membres de son premier cercle étaient le plus souvent au Maroc et à Dubaï.
Pour les enquêteurs, Bingui était "le chef incontestable" du réseau, organisant, lors de ses passages à Marseille, des réunions d'équipe, délivrant "instructions" ou "conseils" et passant en revue les points de deal.
Plusieurs membres de son cercle rapproché sont jugés à ses côtés, notamment Mohamed Hussein Saleh, dit "Pirate", considéré par les enquêteurs comme son "bras droit".
L'enquête a aussi détaillé le train de vie fastueux de Félix Bingui et son entourage : séjours dans des établissements de luxe (hôtels, restaurants, boîtes de nuit), montres et vêtements de marques, séjours de ski dans les Alpes... Bingui, qui bénéficie d'un statut de résident à Dubaï, y possèderait aussi deux villas achetées sur plan.
"Doué en paris sportifs"
Devant les enquêteurs, il a justifié son train de vie en se disant "très doué en paris sportifs"...
A partir de la fin 2021, il alterne entre ses séjours à l'étranger et des passages relativement brefs dans la cité phocéenne, jusqu'au déclenchement, en février 2023, de la "guerre" avec la DZ Mafia, moment à partir duquel il reste au Maroc.
Selon les enquêteurs, c'est une altercation dans une boîte de nuit de Phuket en Thaïlande, avec un glaçon jeté par Félix Bingui au visage d'Abdelatif Medhi Laribi, un des futurs chefs de la DZ Mafia, qui déclenche une guerre de territoires.
Au coeur du conflit, le contrôle du point de deal de la Paternelle, une cité d'à peine 700 habitants mais située à moins de 500 mètres d'un carrefour autoroutier stratégique.
Dans les mois qui suivent, Marseille enregistre une cinquantaine de "narchomicides", dont 35 directement liés à ces rivalités qui s'exportent jusqu'en Espagne avec le double assassinat en mai 2023 de deux membres éminents du clan Yoda, dont le beau-frère de Bingui, exécutés à Salou en Catalogne par un commando de la DZ Mafia.
En 2024, le nombre des narchomicides a été divisé par deux à Marseille, la DZ Mafia ayant pris le dessus sur le clan Yoda, référence au célèbre personnage de Star Wars.
Avec AFP
