
Des fidèles se rassemblent avant la messe présidée par le pape Léon XIV sur le parvis du stade Japoma à Douala, le 17 avril 2026. © AFP, Patrick Meinhardt
Des milliers de personnes ont commencé à se rassembler tôt, vendredi 17 avril, à Douala, la plus grande ville du Cameroun, pour assister à une messe avec le pape Léon XIV, qui devrait être le plus grand événement de la tournée africaine du souverain pontife dans quatre pays.
Dans la capitale Yaoundé puis à Bamenda, épicentre d'un conflit séparatiste meurtrier dans le nord-ouest anglophone, le pape américain a délaissé son habituelle retenue pour endosser un style plus affirmé, quelques jours après avoir été violemment critiqué par le président américain, Donald Trump.
À Douala, capitale économique du pays, des milliers de fidèles ont commencé à affluer dès jeudi soir pour prendre place sur l'esplanade du stade Japoma où la messe en plein air présidée par le pape doit débuter à 11 h 00 (10 h 00 GMT). Plus d'un million de fidèles sont attendus, selon les autorités camerounaises.
Depuis son arrivée mercredi, le chef de l'Église catholique a été accueilli dans la liesse populaire, avec des milliers de fidèles massés le long des routes pour l'accueillir avec des chants, des danses, des acclamations, au son des percussions et des vuvuzelas.
Dénonciation des "tyrans" qui "ravagent le monde"
Ses interventions sont empreintes d'une forte tonalité sociale. Jeudi, il a dénoncé "le mal causé venant de l'extérieur, par ceux qui, au nom du profit, continuent de s'emparer du continent africain pour l'exploiter et le piller".
Le Cameroun dispose de ressources abondantes - pétrole, bois précieux, cacao, café, coton - mais aussi de vastes gisements miniers qui attirent depuis des décennies groupes étrangers et élites locales.
"Le monde est en train d'être ravagé par une poignée de tyrans, mais il est maintenu uni par une multitude de frères et sœurs solidaires !", a encore appuyé le pape à Bamenda, chef-lieu de la région anglophone du nord-ouest, en proie à un conflit opposant les forces gouvernementales à des groupes indépendantistes armés.
"Ceux qui dépouillent votre terre de ressources investissent généralement une grande partie des profits dans les armes, dans une spirale de déstabilisation et de mort sans fin", a-t-il déploré.
Appel à "briser les chaînes de la corruption"
Environ 37 % des quelque 30 millions d'habitants du Cameroun sont catholiques, et l'Église y gère un vaste réseau d'hôpitaux, écoles et œuvres caritatives, un levier d'influence que le Saint Siège souhaite consolider.
Située sur les rives du golfe de Guinée, Douala avait été meurtrie à l'automne dernier par des manifestations réprimées dans le sang suivant la réélection très contestée à un huitième mandat du président Paul Biya, 93 ans, au pouvoir depuis 1982.

Comme dans plusieurs villes du pays, des affrontements avaient opposé manifestants et forces de sécurité après sa réélection, des personnes témoignant de tirs à balles réelles dans certains quartiers. Le gouvernement avait reconnu "plusieurs dizaines" de morts sans fournir de bilan exact.
L'opposant et figure de la gauche nationaliste, Anicet Ekane, est mort en détention début décembre à Yaoundé, après avoir été arrêté fin octobre à Douala avec d'autres responsables qui avaient soutenu la revendication de la victoire d'Issa Tchiroma Bakary à la présidentielle. Ce dernier, qui se présente toujours comme le "président légitime", est depuis en exil en Gambie.
"Notre pays a connu beaucoup de crises, certaines sont encore en cours. Le fruit que nous avons à recevoir de cette visite, c'est de nous engager comme des artisans de paix", a déclaré l'archevêque de Douala, Samuel Kleda, une des voix les plus critiques du pouvoir au sein du clergé.
Après sa messe, le pape est attendu à l'hôpital catholique Saint-Paul de Douala et rentrera à Yaoundé, où il prononcera un discours devant le monde universitaire. Il achèvera sa tournée camerounaise par une messe samedi matin.
Mercredi, à son arrivée, le pape américain a délivré un discours d'une rare fermeté, appelant à "briser les chaînes de la corruption" devant les autorités, au premier rang desquelles Paul Biya.
Après le Cameroun, le souverain pontife poursuivra son périple en Angola et en Guinée équatoriale jusqu'au 23 avril.
Avec AFP
