
Des religieuses pénètrent dans l'orphelinat Ngul Zamba ("la puissance de Dieu"), où le pape Léon XIV fera étape lors de sa visite au Cameroun, à Yaoundé, le 13 avril 2026. © Daniel Belloumou Olomo, AFP
Après avoir honoré les engagements de son prédecesseur envers la Turquie et le Liban puis effectué une visite éclair à Monaco, le pape Léon XIV a entamé, lundi 13 avril en Afrique, son premier grand voyage à l'étranger de l'année 2026. Quittant l'Algérie, le souverain pontife s'envole mercredi pour le Cameroun avant de rallier l'Angola et la Guinée équatoriale.
Dix jours, 18 000 km, 18 vols et 11 villes visitées dans quatre zones géographiques : une tournée d'ampleur pour Léon XIV, qui souhaite saluer la vitalité de la religion catholique en Afrique, continent où sa communauté de fidèles connaît sa plus forte croissance.
Selon les statistiques du Vatican, plus de 20 % des catholiques du monde vivent en Afrique, soit 281 millions de personnes. Par ailleurs, les Africains représentent près d'un tiers des séminaristes dans le monde. Alors que la crise des vocations s'accentue en Occident, les prêtres africains détachés constituent pour l'Église un relais crucial en Europe. En France, 30 % des prêtres catholiques sont étrangers, la plupart originaires d'Afrique francophone.
Sous le pontificat de François, le continent a aussi gagné un poids institutionnel inédit avec la création de 17 cardinaux africains. Parmi eux, le cardinal Dieudonné Nzapalainga à Bangui ou Fridolin Ambongo Besungu en République démocratique du Congo.
Cette tournée a pour but "d'aider à attirer l'attention du monde sur l'Afrique", explique à l'agence Reuters le cardinal Michael Czerny, haut responsable du Vatican et proche conseiller du souverain pontife. "En s'y rendant si tôt dans son pontificat, le pape montre que l'Afrique compte."
Une Église médiatrice dans les conflits
Selon les responsables du Vatican et les dirigeants catholiques africains, cette tournée était une priorité personnelle pour Léon XIV, le premier pape américain, ainsi qu'un signe de l'importance que l'Église accorde au continent.
"Il ne s’agit plus seulement de soutenir l’Afrique, mais de reconnaître désormais sa centralité", estime François Mabille, directeur de l'Observatoire géopolitique du religieux, dans une tribune publiée dans le journal Le Monde. "L’Afrique n’est plus une périphérie missionnaire, mais un espace central dans la redéfinition du catholicisme global."
La visite de Léon XIV symbolise cette nouvelle place accordée au continent. L'objectif est d'y consolider la place de l'Église catholique, notamment face à la présence croissante des évangéliques, très présents en Angola, où le souverain pontife est attendu samedi.
Le pape vient également porter le message de paix, d’unité et de réconciliation, au cœur de son pontificat. Joignant le geste à la parole, il doit notamment se rendre à Bamenda, ville du nord-ouest anglophone du Cameroun, où un conflit sanglant oppose depuis dix ans le gouvernement à des groupes séparatistes. Léon XIV doit y présider une rencontre pour la paix, une initiative qui vise à réaffirmer le rôle de médiation traditionnellement joué par l’Église sur le continent.
À (re)voir Violences au Cameroun : les séparatistes menacent les zones francophones
Avant ce déplacement, Léon XIV doit s'entretenir avec le président Paul Biya à Yaoundé, une rencontre qui crispe une partie des fidèles camerounais. Certains craignent que cette visite soit l'occasion pour le plus vieux chef d'État en exercice au monde de redorer son blason, après la répression meurtrière des manifestations ayant suivi sa réélection contestée d'octobre dernier.
"Léon XIV refuse les invitations de Trump à cause de sa politique mais accepte celle de Biya... qui tue pour rester au pouvoir", avait ainsi écrit l'influent prêtre Ludovic Lado sur Facebook en novembre.
Certains membres du clergé, parfois très critiques à l'égard du président, tentent de rassurer la communauté catholique en dissociant cette visite d'un quelconque geste envers le pouvoir.
Car Léon XIV entend avant tout s'adresser directement aux populations locales lors de cette tournée à travers plusieurs messes organisées dans des stades. Le programme officiel dévoilé par le Vatican prévoit également la visite d'un orphelinat au Cameroun, d’une prison en Guinée équatoriale ou encore d'une maison de retraite en Angola, une manière d'incarner la fibre sociale chère au pape américain.
Retenue sur salaire en Guinée équatoriale
En Angola, le souverain est très attendu sur la question d'une meilleure répartition des richesses dans un pays qui regorge de pétrole et de diamants mais reste marqué par de profondes inégalités.
En 2023, le discours de François sur le "colonialisme économique" en République démocratique du Congo avait fait forte impression : "Cessez d’étouffer l’Afrique : elle n’est pas une mine à exploiter ni une terre à dévaliser. Que l’Afrique soit protagoniste de son destin !", avait lancé le pape argentin.
La parole de Léon XIV est donc très attendue sur le sujet alors que l'Afrique et les pays qui la composent figurent parmi les plus inégaux du monde.
À (re)lire En RD Congo, le "colonialisme économique" devenu pillage généralisé
Ce thème devrait aussi s'imposer en Guinée équatoriale, ancienne colonie espagnole, où 74 % de la population est catholique. La visite d'un pape y est attendue depuis 44 ans mais elle suscite des tensions entre le gouvernement et une population sommée de mettre la main au portefeuille.
En février, les autorités ont introduit une retenue sur le salaire des fonctionnaires et des militaires pour financer la venue du pape. Par ailleurs, le gouvernement a imposé la tenue que les étudiants devront obligatoirement porter lors de la visite de Léon XIV ainsi que son coût, 10 000 francs CFA, soit environ 15 euros.
Une majorité de la population reste pauvre en Guinée équatoriale, en dépit d’un revenu par habitant parmi les plus élevés d’Afrique, dû notamment aux revenus tirés du pétrole.
À Malabo, mardi prochain, le pape rencontrera des représentants du monde de la culture, des travailleurs d’un hôpital psychiatrique et, en privé, les évêques équato-guinéens. Le lendemain, il se rendra à Mongomo, dans l’est du pays, pour visiter un centre de formation portant le nom du pape François.
Ensuite, il ira à Bata, sur la côte atlantique, pour se rendre auprès des détenus de la prison de la ville, puis pour se recueillir devant un monument à la mémoire des 108 personnes mortes dans l’explosion d’une caserne, le 7 mars 2021.
Avec Reuters et AFP
