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Guerre au Moyen-Orient : à Dubaï, hub économique régional, c’est "l’attentisme" qui prédomine
Malgré l’efficacité de sa défense anti-aérienne, la mégalopole émiratie est mise à rude épreuve par la campagne de bombardements iraniens, qui affecte son activité économique. Une banque et plusieurs centres de conseils internationaux ont été évacués ou fermés à Dubaï mercredi, en réaction à la menace iranienne de frapper "les centres économiques et les banques" dans la région.
Des ouvriers inspectent les dégâts causés par une frappe de drone pendant la nuit à l'hôtel Address Creek Harbour à Dubaï, aux Émirats arabes unis, le 12 mars 2026. © Fatima Shbair, AP

Elle était jusqu’alors considérée comme l’une des villes les plus sûres du monde, où rien ne semblait pouvoir entraver le climat radieux des affaires.

La nouvelle guerre au Moyen-Orient, déclenchée le 28 février par Israël et les États-Unis contre l’Iran, a marqué un réveil brutal pour Dubaï, capitale économique des Émirats arabes unis, ciblée depuis par les missiles et drones iraniens.

"Personne ne s’attendait à ça ici, Dubaï a toujours été une bulle de sécurité dans le Moyen-Orient", souligne Yann Darwin, Français installé à Dubaï depuis huit ans. "Ici, il y a deux types de réactions : ceux qui restent chez eux et scrutent 24 heures sur 24 les informations et ceux qui continuent de vivre normalement et d’aller au bureau", souligne le fondateur du groupe immobilier Greenbull Properties, décrivant une "ambiance similaire à celle du Covid", marquée par une baisse notable de l’activité et des déplacements.

Mercredi 11 mars, le géant bancaire américain Citi ainsi que le cabinet de conseils britanniques Deloitte ont évacué leurs bureaux dans la mégalopole émiratie par crainte pour la sécurité de leur personnel. Un autre cabinet britannique, PwC, a quant à lui annoncé la fermeture "par précaution" de ses bureaux dans quatre pays de la région (Émirats arabes unis, Arabie saoudite, Qatar et Koweït) pour le reste de la semaine.

Plus tôt, Téhéran avait menacé de frapper "les centres économiques et les banques" dans le Golfe, après une attaque israélo-américaine sur un établissement bancaire de Téhéran.

Les Émirats en première ligne

Depuis le 28 février, en réponse à l’offensive de Washington et de Tel Aviv, l’Iran a lancé une campagne de bombardements contre les alliés régionaux des États-Unis : Bahreïn, Arabie saoudite, Qatar, Koweït et surtout les Émirats arabes unis, qui font office de cible prioritaire dans le Golfe.

Selon les autorités émiraties, quelque 260 missiles et 1 500 drones ont visé le territoire depuis le 28 février, soit plus d’attaques que celles contre tous ses voisins combinés.

Si la défense anti-aérienne émiratie est parvenue à intercepter la grande majorité des frappes iraniennes, des débris de missiles ont néanmoins fait quatre morts à Dubaï et Abou Dhabi et ont occasionné des dégâts matériels sur des hôtels de luxe, des gratte-ciels, le port ainsi que l'aéroport de Dubaï (DXB), leader mondial du trafic international.

Des cibles de choix pour des Gardiens de la révolution décidés à prouver leur pouvoir de nuisance sur l’économie mondiale, tout en accentuant la pression sur Donald Trump, bien en peine à justifier cette nouvelle guerre face à une opinion publique américaine qui y est très majoritairement hostile.

Prisonniers d’un conflit sur lequel ils ont peu de prise, les Émirats jouent de leur côté l’apaisement, réfutant tout soutien à l’opération israélo-américaine et appelant les belligérants à négocier au plus vite.

Soucieux de protéger leur image de pays ultra-sécurisé, les autorités émiraties ont rappelé les lourdes sanctions en vigueur pour propagation de "rumeurs et informations mensongères" : amendes de 200 000 dirhams (environ 50 000 euros) et peines de prison pouvant aller jusqu'à deux ans d'emprisonnement.

Une manière de couper court au vent de panique massivement relayé par des résidents, parmi lesquels plusieurs influenceurs français, durant les premiers jours de l’offensive.

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Guerre au Moyen-Orient : à Dubaï, hub économique régional, c’est "l’attentisme" qui prédomine
© France 24
05:09

Le président des Émirats arabes unis, cheikh Mohammed ben Zayed al-Nahyane, et le prince héritier de Dubaï, cheikh Hamdan bin Mohammed, sont depuis apparus dans une série de vidéos virales vantant la normalité de la vie quotidienne malgré les frappes, pour rassurer la population, composée à 90 % d’expatriés.

Peur de l’enlisement

Depuis le début de la guerre, plusieurs dizaines de milliers de personnes ont été rapatriées depuis les Émirats. Des touristes et voyageurs en transit bloqués par la guerre, mais également des travailleurs étrangers : français, anglais, indiens ou encore pakistanais.

Au 12 mars, 1 140 Français ont été rapatriés par le gouvernement sur les 4 500 qui en ont fait la demande, incluant résidents et touristes, a indiqué le Quai d’Orsay à France 24.  Si quelques milliers d’autres sont parvenus à quitter le pays par des vols commerciaux, il n’y a pour l’heure pas été constaté d’exode massif parmi de la communauté française sur place, estimée à 45 000 personnes. 

"Aujourd’hui, on est vraiment dans une position attentiste. La crise a été jusqu’ici bien gérée par le gouvernement, mais nous nous posons tous la même question : combien de temps va durer cette guerre ?", s’inquiète Yann Darwin. "On parle beaucoup du pétrole et du gaz qui transitent par le détroit d’Ormuz. Mais il y a également les flux financiers du monde entier qui transitent par le Moyen Orient. Pour l’heure, la majorité des résidents veulent croire à une résolution rapide. Mais si cette situation dure deux, trois ou six mois, beaucoup pourraient être tentés de partir. Et il sera alors beaucoup plus difficile faire renaître la confiance", conclut-il.