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Eaux souterraines du Sahara : la Libye, l'Algérie et la Tunisie veulent "une exploitation équitable"
Les dirigeants tunisien, algérien et libyen se sont accordés mercredi sur une "exploitation équitable" des réserves d'eaux souterraines du Sahara septentrional, à cheval sur les trois pays. Avec plus de 40 000 milliards de mètres cubes d'eau, c'est l'une des plus grandes nappes d'eau souterraine au monde. 
Le lever de la lune, le 26 décembre 2023, à Nafta, près de Tozeur, dans le désert du Sahara, au sud-ouest de Tunis (archive) © Fethi Belaid, AFP

La Libye, l'Algérie et la Tunisie se sont engagées, mercredi 29 avril, à "une exploitation rationnelle et équitable" des eaux souterraines situées dans la partie nord du Sahara, à cheval sur les trois pays, lors d'une première réunion de concertation à Tripoli.

Dans ce qui a été qualifié de "Déclaration de Tripoli", elles ont souligné l'importance d'un "renforcement de la coordination et des échanges pour garantir une exploitation durable" de ces réserves d'eau douce non renouvelables.

Le système aquifère du Sahara septentrional est considéré comme l'une des plus grandes nappes d'eau souterraine au monde. Il est exploité depuis des siècles, via des sources et puits de surface et désormais aussi via des forages allant jusqu'à 1 000 mètres de profondeur.

En avril 2024, le président tunisien Kaïs Saïed, son homologue algérien Abdelmadjid Tebboune et Mohamed el-Menfi, le chef du Conseil présidentiel libyen, s'étaient entendus pour créer un "mécanisme de concertation" afin de gérer le partage de cette ressource.

Les réserves, estimées à plus de 40 000 milliards de mètres cubes d'eau fossile, dont une grande partie n'est pas forcément exploitable, se situent pour 62 % sur le territoire algérien, pour 30 % en Libye et 8 % en Tunisie.

Système de quote-part

Le "mécanisme de concertation" lancé mercredi doit servir également à les protéger contre "la surexploitation et la pollution".

L'Algérie a pris la tête de la présidence tournante de cet organe consultatif pour trois ans.

Sur la base de modèles mathématiques, "chaque pays se verra attribuer une quote-part. Les niveaux des eaux seront suivis ainsi que les autres risques comme la pollution", a expliqué à l'AFP Hussein al-Talou, chef de la recherche au ministère des Ressources hydriques libyen. "La gestion et le suivi seront assurés conjointement par les trois pays", selon lui.

Le ministre libyen, Hosni Awedane a souligné la nécessité d'une "exploitation optimale" des réserves face "à la demande croissante en eau et aux changements climatiques".

Pour son homologue tunisien Ezzedine Ben Cheikh, le mécanisme est bienvenu dans un contexte de "diminution de la sécurité alimentaire au Proche-Orient et en Afrique du Nord, liée à la rareté de l'eau, à la détérioration des ressources naturelles et aux défis climatiques".

La Libye, dont plus de 90 % de la superficie est désertique, est l'un des six pays les plus secs au monde, selon l'Onu.

Elle dépend pour 60 % de ses besoins de la Grande rivière artificielle, projet pharaonique démarré sous Mouammar Kadhafi dans les années 80, qui transporte l'eau fossile du sud du pays vers les régions peuplées du nord.

Avec AFP