
Une photo non datée publiée par le ministère australien de l'Intérieur le 11 mars 2026 montre deux autres membres de l'équipe féminine de football iranienne demandant l'asile en Australie. © AFP
Une des footballeuses iraniennes qui avaient sollicité et obtenu l'asile en Australie a finalement changé d'avis, ont annoncé mercredi 11 mars les autorités australiennes.
La joueuse a pris cette décision après avoir "parlé à certaines de ses coéquipières qui étaient parties", a indiqué le ministre de l'Intérieur Tony Burke mercredi au Parlement. Celles-ci "l'ont encouragée à contacter l'ambassade iranienne", a-t-il déclaré. "En conséquence, l'ambassade iranienne a alors appris l'emplacement" des joueuses, a précisé le ministre, qui a dit avoir "donné des instructions pour que les personnes soient déplacées", ce qui a été fait "immédiatement".
Sept membres de l'équipe féminine nationale ont obtenu l'asile en Australie après avoir refusé début mars de chanter l'hymne national lors d'un match contre la Corée du Sud en Coupe d'Asie à Sydney, dans le contexte de la guerre au Moyen-Orient. Pour ce geste, les joueuses, dont la capitaine Zahra Ghanbari, avaient été qualifiées de "traîtresses" dans leur pays.
L'attaquante Mohaddeseh Zolfi, âgée de 21 ans, et son assistante Zahra Soltan Moshkehkar avaient accepté mardi soir l'offre d'aide du gouvernement, après l'obtention de l'asile par cinq joueuses de l'équipe la veille.
Mohaddeseh Zolfi et Zahra Soltan Moshkehkar avaient été séparées du reste de l'équipe avec l'aide de la police fédérale australienne avant d'embarquer sur un vol intérieur pour Sydney. Avant leur départ du pays, les autorités australiennes ont séparé les membres restants de l'équipe de leurs accompagnateurs iraniens à l'aéroport de Sydney et les ont informés des options qui s'offraient à eux. Tous ceux qui sont arrivés à l'aéroport ont choisi de retourner en Iran.
"Nous avons veillé à ce qu'il n'y ait aucune précipitation, aucune pression. L'objectif était de garantir la dignité de ces personnes afin qu'elles puissent faire leur choix en toute liberté", a déclaré Tony Burke.
Le ministre a précisé que certaines joueuses l'avaient interrogé sur la possibilité d'aider des membres de leur famille à quitter l'Iran. "Bien sûr, les résidents permanents ont des droits, notamment celui de parrainer d'autres membres de leur famille. Mais tout cela n'a d'importance que si ces personnes peuvent quitter l'Iran", a-t-il expliqué.
Des menaces ?
Selon la chaîne australienne ABC News, la tension "était à son comble" à l'aéroport de Sydney avant le départ de l'équipe. Une des joueuses avait envisagé de rester, mais elle aurait changé d'avis par crainte d'un manque de sécurité pour sa famille. ABC News a entendu un message vocal envoyé par la mère de la jeune femme à un membre de la communauté irano-australienne : "Ne revenez pas (en Iran)... Ils vous tueront."
D'après un membre de cette communauté, "l'athlète a subi des pressions de la part d'un membre du personnel, qui aurait des liens avec le régime de la République islamique et faisait partie de la délégation officielle de l'équipe en Australie".
Le site Iran International, basé à Londres, affirme également que le bureau du procureur général de la République islamique a publié mardi une déclaration menaçante à l'encontre des joueuses restées en Australie. Il a demandé aux sportives de rentrer en Iran "pour apaiser les inquiétudes de leurs familles" et a décrit leurs demandes d'asile comme le résultat d'un "complot ennemi" et d'une "agitation émotionnelle".
Les médias iraniens ont de leur côté rapporté que le bureau du procureur général iranien avait déclaré que les membres restants de l'équipe étaient invités à rentrer "en toute paix et confiance".
Attente en Malaisie
Le reste de la délégation, qui comptait 26 membres au départ, a quitté l'Australie pour la Malaisie mardi soir. La formation a rejoint un hôtel de Kuala Lumpur, la capitale malaisienne, et attend de reprendre son voyage vers l'Iran, difficile à rejoindre en raison de la guerre qui a conduit à l'interruption de nombreuses liaisons aériennes, a déclaré la Confédération asiatique de football (AFC).
"L'AFC apportera tout le soutien nécessaire à l'équipe pendant son séjour, jusqu'à ce que les modalités de son voyage ultérieur soient confirmées", a déclaré un porte-parole de la confédération dans un communiqué. L'ambassade d'Iran à Kuala Lumpur a indiqué à l'agence de presse malaisienne Bernama que les joueuses se portaient bien et "souhaitaient rentrer chez elles".

La présence de l'Iran au Mondial remise en cause ?
Cette affaire intervient à quelques mois du Mondial 2026 organisé conjointement par les États-Unis, le Mexique et le Canada, et auquel l'équipe masculine iranienne doit participer.
Le président de la Fifa Gianni Infantino a déclaré mercredi avoir rencontré le président américain Donald Trump, qui lui a assuré soutenir la participation de l'Iran à la Coupe du monde.
L'Iran était le seul pays absent du sommet de planification de la Fifa pour les participants à la Coupe du monde qui s'est tenu la semaine dernière à Atlanta, ce qui a renforcé les interrogations quant à la venue de l'équipe nationale iranienne sur le sol américain cet été, dans un contexte d'escalade du conflit.
L'Iran s'est qualifié pour sa quatrième Coupe du monde consécutive, mais Mehdi Taj, le président de la Fédération de football de la République islamique d'Iran, a déclaré que la violence des attaques menées par les forces américaines et israéliennes n'augurait rien de bon pour la Coupe du monde, qui se déroulera du 11 juin au 19 juillet. "Ces événements ne resteront pas sans réponse (...). Mais ce qui est sûr à l'heure actuelle, c'est qu'avec cette attaque et cette cruauté, on ne peut pas envisager avec espoir la Coupe du monde", avait-il déclaré à la télévision iranienne.
Selon ABC News, Mehdi Taj, qui est aussi vice-président de la Confédération asiatique de football, est un ancien commandant du Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI).
Les Iraniens ont été placés dans le groupe G avec la Belgique, l'Égypte et la Nouvelle-Zélande. Leurs matches sont prévus aux États-Unis : deux à Los Angeles et un à Seattle. Si les États-Unis et l'Iran terminent tous deux deuxièmes de leurs groupes respectifs, les deux pays pourraient s'affronter en seizièmes de finale, le 3 juillet à Dallas.
Avec AFP, AP et Reuters
