
Les réseaux sociaux les plus populaires sont les géants américains et asiatiques. L'Europe peut-elle trouver sa place ? © Saeed Khan, AFP (Archives)
Des entreprises européennes pourront-elles faire naître des réseaux sociaux capables de concurrencer les géants américains et asiatiques ? C'est ce que promettent de nombreuses initiatives, malgré la difficulté d'attirer des utilisateurs hors des grandes plateformes.
Bulles de filtres, modération jugée insuffisante, algorithmes addictifs : face à des critiques souvent adressées aux grands réseaux sociaux, dont ceux du groupe Meta – Facebook et Instagram –, ou encore X et TikTok, des Européens tentent de promouvoir des modèles se voulant plus éthiques.
Avec W, en référence explicite à X, la créatrice de ce projet annoncé à Davos en janvier assume la délicate ambition de devenir une alternative européenne à la plateforme d'Elon Musk.
À l'image de W ou d'Eurosky, une plateforme d'accès à des réseaux sociaux indépendants ouverte mi-avril, les initiatives européennes fleurissent. Bulle, qui se qualifie de "réseau social sain", a vu le jour en janvier, tandis que Monnett, à mi-chemin entre TikTok et Instagram, doit mettre en ligne sa version aboutie début juillet.
"Un vaste cimetière"
"Le rejet dont ces plateformes étaient la cible est encore plus fort aujourd'hui", renforcé par un "virage conservateur de la Silicon Valley", analyse Romain Badouard, chercheur à l'Institut national de recherche en sciences et technologies du numérique (Inria) et spécialiste des réseaux.
Les projets mettent en avant les marques d'intérêt reçues de fonds d'investissement et du public : eYou, qui prépare une deuxième levée de fonds, a récolté 300 000 euros fin 2025, tandis que le réseau Monnett, inspiré d'Instagram et de TikTok, revendique plus de 65 000 utilisateurs sur la version bêta de son application.
Mais ces chiffres restent dérisoires au regard de la tâche à accomplir. Malgré quelques rares exceptions, comme Mastodon ou l'application BeReal, les nouveaux réseaux européens ont du mal à se faire une place.
"C'est un vaste cimetière, le monde des réseaux", reconnaît l'entrepreneur Grégoire Vigroux, cofondateur de eYou, précisant que "99 % des réseaux sociaux européens lancés ces dix dernières années se sont plantés".
"Les promoteurs de ces réseaux alternatifs se heurtent à un gros problème", explique Romain Badouard. "Pourquoi les utilisateurs d'Instagram ou de TikTok, finalement, ont assez peu d'intérêt à quitter les plateformes commerciales pour aller vers des plateformes éthiques ? Tout simplement parce que tous les gens qu'ils connaissent et tous les comptes qu'ils suivent sont sur ces réseaux commerciaux."
Différents modèles économiques
Pour le chercheur, la "maturité technologique" de ces nouvelles initiatives européennes pourrait toutefois peser en leur faveur. "Ils répondent à pas mal d'attentes des usagers", appuie-t-il.
W entend ainsi vérifier que les utilisateurs qui souhaiteront publier du contenu sont bien humains, tandis que eYou veut "mettre en avant les utilisateurs qui partagent des contenus qui sont considérés comme fiables".
"C'est vraiment important pour nous que ce ne soit pas un algorithme qui détermine ce qui s'affiche sur votre écran, mais vous-même", assure quant à lui Christos Floros, fondateur du réseau social Monnett, qui espère atteindre un million d'utilisateurs cette année.
Avec de tels engagements, le modèle économique de ces nouveaux venus doit encore faire ses preuves dans un marché principalement orienté vers la publicité.
Anna Zeiter promet de bannir la "publicité ultra-ciblée" sur W, quand Monnett prévoit un abonnement mensuel à moins de 3 euros.
"Nous essayons tous des modèles économiques différents, avec des approches différentes, souligne Anna Zeiter. Et peut‑être que dans un an ou deux, nous verrons ce qui fonctionne le mieux et nous pourrons alors nous unir."
Avec AFP
