
Emmanuel Macron, le 27 août 2025, à l'Élysée. © Abdul Saboor, Reuters
Un nouveau chapitre. Emmanuel Macron entame, samedi 9 mai, une tournée en Afrique marquée par l'ambition "d'afficher et ancrer un partenariat renouvelé avec les pays africains", selon l'Élysée, qui culminera avec le premier sommet franco-africain en terre anglophone, au Kenya.
Après une visite en Égypte où il rencontrera son homologue Abdel Fatta al-Sissi, le chef de l'État français coprésidera lundi et mardi à Nairobi avec son homologue kényan William Ruto le sommet "Africa Forward" avant de clore sa tournée mercredi par l'Éthiopie.
Les accords d'investissement, notamment dans des domaines comme les énergies propres, l'intelligence artificielle et l'éducation, devraient être au cœur du voyage présidentiel.
Le sommet de Nairobi, assure l'Élysée, sera une "étape majeure dans les relations entre la France et le continent africain", près de dix ans après le discours d'Emmanuel Macron à Ouagadougou en novembre 2017.
Dans la capitale du Burkina, le chef de l'État fraîchement élu avait affirmé qu'il n'existe plus de "politique africaine de la France", mais des partenariats dans un rapport d'égal à égal.
Depuis cette date, la donne a été bouleversée par une série de putsches au Mali, au Burkina et au Niger, où les militaires au pouvoir ont expulsé les soldats français déployés sur place et rompu en grande partie leurs liens avec Paris, s'adossant à des mercenaires russes pour leur sécurité.
"Partenariats mutuellement avantageux"
L'armée française a également rétrocédé sa dernière base au Tchad en janvier 2025 et les dernières installations militaires françaises au Sénégal ont été restituées en juillet dernier.
Le nouveau président sénégalais, Bassirou Diomaye Faye, qui sera présent au Kenya, avait alors jugé que le maintien de ces bases était incompatible avec la souveraineté de son pays.
Dans ce contexte, le sommet de Nairobi, auquel participeront chefs d'État et de gouvernement, dirigeants d'entreprises et directeurs de banques de développement, vise à promouvoir des "partenariats mutuellement avantageux", selon les termes d'un communiqué commun des deux pays.
"On a vraiment l'impression d'un changement d'image dans la façon dont la France se positionne sur le continent", estime Beverly Ochieng, analyste senior du cabinet de conseil Control Risks, basée au Sénégal.
"Elle s'éloigne de certains de ses anciens partenaires coloniaux et sécuritaires pour se tourner vers des pays où son empreinte culturelle est plus forte et différente."
Ce "pivot" diplomatique s'est illustré par des initiatives pour apaiser les tensions historiques avec des pays comme le Rwanda ou l'Algérie, tout en impliquant plus étroitement la société civile africaine et les jeunes leaders, relève Alain Antil, directeur du Centre Afrique subsaharienne à l'Institut français des relations internationales.
Des liens avec des partenaires non traditionnels
Dans le même temps, Paris a cherché à renforcer ses liens commerciaux, en augmentant ses importations en provenance d'Afrique d'un quart entre 2021 et 2024, selon les données du Centre du commerce international.
En 2024, la France et le Nigeria ont signé un accord d'investissement de 300 millions d'euros destiné à soutenir les infrastructures essentielles, la santé, les transports et les énergies renouvelables dans le pays le plus peuplé d'Afrique.
Paris a également cherché à nouer des accords de coopération militaire avec des partenaires non traditionnels. Un pacte de défense a été paraphé entre la France et le Kenya en octobre 2025 pour renforcer leur coopération sur le partage de renseignements, la sécurité maritime et le maintien de la paix.
La France a toutefois essuyé quelques revers cuisants dans des pays où des investisseurs venus de Chine ou des monarchies du Golfe s'appuient sur leurs vastes ressources financières et des relations entretenues de longue date pour consolider leur influence.
L'an dernier, le gouvernement de William Ruto a résilié un contrat avec un consortium emmené par le français Vinci pour un projet d'expansion autoroutière de 1,5 milliard de dollars, finalement confié à des entreprises chinoises.
Le président kényan compte profiter du sommet de Nairobi pour plaider en faveur de négociations visant à rendre le système financier international plus équitable pour les pays africains fortement endettés. La France s'est engagée à soutenir sa campagne.
Avec Reuters
