
Les joueuses iraniennes saluent pendant l'hymne national avant le match de football féminin de la Coupe d'Asie des Nations AFC Australie 2026 entre l'Iran et les Philippines à Gold Coast le 8 mars 2026. AFP - STR
L'inquiétude est de plus en plus forte pour l'équipe féminine de football d'Iran. Au lendemain de leur élimination en Coupe d'Asie après leur défaite dimanche 8 mars (2-0) contre les Philippines, le syndicat mondial des joueurs, la Fifpro, se dit très préoccupé par le sort de la sélection, qui avait refusé de chanter l'hymne national lors de la compétition.
Beau Busch, président de la FIFPRO pour l’Asie et l’Océanie, a déclaré que la fédération n’avait pas pu contacter les joueuses pour savoir si elles souhaitaient demander l’asile en Australie. "À l’heure actuelle, nous sommes dans l’incapacité de les joindre. C’est extrêmement préoccupant. Ce n’est pas nouveau. La situation a empiré depuis l’intensification de la répression en janvier-février", a-t-il déclaré aux journalistes. "Nous sommes donc très inquiets pour les joueuses, mais notre responsabilité première est de tout mettre en œuvre pour assurer leur sécurité".
"La situation est extrêmement difficile", a-t-il ajouté. "Certaines joueuses souhaitent peut-être rentrer. D'autres, au sein du groupe, pourraient vouloir demander l'asile et rester plus longtemps en Australie."
Menacées après leur silence
Les footballeuses iraniennes sont restées silencieuses, lundi dernier, alors que retentissait l'hymne iranien avant leur premier match du tournoi, deux jours après le début des bombardements israélo-américains visant la capitale Téhéran et d'autres endroits du pays. Elles l'ont chanté lors des rencontres suivantes face à l'Australie et aux Philippines.
Leur silence a été interprétée comme un acte de rébellion et un présentateur de la télévision d'État a désigné les joueuses comme des "traîtres en temps de guerre" représentant le "summum du déshonneur". Devant le stade de Gold Coast (est), où l'équipe a disputé son dernier match ce week-end, une foule s'est réunie, scandant "changement de régime pour l'Iran", "laissez-les partir" et "sauvez nos filles". Plus de 66 000 personnes ont également signé une pétition demandant au gouvernement australien de veiller à ce que les joueuses, actuellement sur la Gold Coast dans le Queensland, ne quittent pas le pays "tant que des craintes fondées subsistent quant à leur sécurité".
Reza Pahlavi, le fils du dernier chah d'Iran, a également appelé lundi l'Australie à assurer la sécurité de l'équipe iranienne féminine de football. "Les membres de l'équipe nationale féminine de football d'Iran subissent de fortes pressions et sont menacées par la République islamique", a écrit le fils du chah déchu sur X. "Elles risquent de graves conséquences si elles retournent en Iran. J'appelle le gouvernement australien à assurer leur sécurité et à leur apporter tout le soutien nécessaire", a-t-il ajouté.
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Accepter Gérer mes choixUne demande d'asile ?
Interrogé sur la possibilité que l'Australie accorde l'asile aux joueuses, Matt Thistlethwaite, ministre adjoint des Affaires étrangères et du Commerce, a indiqué que le gouvernement ne pouvait pas "commenter les situations individuelles pour des raisons de confidentialité". Toute personne souhaitant venir en Australie ou faire une demande de visa doit évidemment remplir les conditions requises, mais je ne peux pas entrer dans les détails", a-t-il déclaré à Sky News.
Selon Zaki Haidari, militant d'Amnesty International, les footballeuses risquent d'être persécutées si elles sont renvoyées chez elles. "Certaines des membres de l'équipe ont probablement déjà vu leur famille menacée", a-t-il estimé auprès de l'AFP.
L'encadrement et les joueuses de l'équipe d'Iran ont majoritairement refusé de commenter la situation dans leur pays pendant plus d'une semaine de préparation et de matches sur la Gold Coast australienne. Cependant, l'attaquante iranienne Sara Didar, émue aux larmes lors d'une conférence de presse, mercredi dernier, a partagé ses inquiétudes pour sa famille, ses amis et tous les Iraniens pendant le conflit.
La sélectionneuse iranienne, Marziyeh Jafari, a seulement déclaré, dimanche, que ses joueuses étaient impatientes de rentrer chez elles. "Nous attendons notre retour avec impatience", a-t-elle dit lors de la conférence de presse d'après-match. La majeure partie de l'espace aérien du Moyen-Orient reste fermée en raison du conflit.
Les Iraniennes ont disputé la Coupe d'Asie féminine pour la première fois en 2022, ce qui a fait d'elles des icônes dans un pays où les droits des femmes sont sévèrement restreints. Elles devaient battre les Philippines pour conserver une chance de se qualifier pour les quarts de finale de la Coupe d'Asie, ce qui aurait prolongé leur séjour en Australie de plus d'une semaine.
Avec AFP, Reuters et AP
