
De la fumée s'échappe de la raffinerie de pétrole saoudienne de Ras Tanura, près de Dammam, le 2 mars 2026, après une frappe iranienne. © AFP
Lundi 2 mars dans la matinée, certaines opérations de la gigantesque raffinerie de Ras Tanura, qui a la capacité de produire 550 000 barils de pétrole brut par jour, ont été interrompues, a annoncé le ministère saoudien de l'Énergie. En cause, des frappes de drones iraniens ayant provoqué un incendie. Peu avant, des incendies similaires avaient été enregistrés à la raffinerie d'Ahmadi, au Koweït, blessant deux employés, selon l’agence officielle Kuna.
De son côté, la compagnie énergétique publique QatarEnergy a annoncé avoir interrompu la production de gaz naturel liquéfié (GNL) après des attaques iraniennes contre les installations de deux de ses principaux sites de traitement de gaz. "En raison des attaques militaires perpétrées contre les installations de QatarEnergy situées dans les zones industrielles de Ras Laffan et de Mesaieed, au Qatar, QatarEnergy a cessé la production de gaz naturel liquéfié (GNL) et de produits dérivés", a indiqué le géant des hydrocarbures dans un communiqué.
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Des infrastructures "dans le viseur de l'Iran"
La réaction a été immédiate. Alors que le conflit engagé par les frappes américaines et israéliennes contre l'Iran ce week-end faisait déjà redouter des perturbations de l'offre en pétrole et en gaz, ces incidents ont tout de suite fait flamber les prix. Vers 14 h 10 GMT, le baril de Brent de la mer du Nord s'envolait de 8,82 % à 79,30 dollars, après avoir à plusieurs reprises dépassé les 80 dollars dans la matinée, loin des 61 dollars du début d'année. De son côté, le gaz européen a bondi de plus de 50 %.
"C’est un signal vraiment inquiétant. Jusqu’à présent, nous n’avions pas vu d’infrastructures énergétiques être ciblées", confirme Jorge Leon, vice-président senior et responsable de l’analyse géopolitique chez Rystad Energy, à France 24. "Plus cette perturbation durera, plus les prix du pétrole et du gaz augmenteront dans les jours et les semaines à venir."
"Les infrastructures énergétiques du Golfe sont désormais clairement dans le viseur de l’Iran", abonde Torbjorn Soltvedt, analyste chez Verisk Maplecroft. "Une période prolongée d’incertitude s’annonce, alors que l’Iran cherche à imposer un lourd coût économique en mettant dans sa ligne de mire les pétroliers, les infrastructures énergétiques régionales, les routes commerciales et les partenaires sécuritaires des États-Unis."
Jusqu'à 100 dollars le baril ?
En parallèle, ces hausses de prix s'expliquent aussi par l'arrêt quasi total du trafic maritime dans le détroit d'Ormuz, artère stratégique bordant le sud de l'Iran, par laquelle transite environ 20 % du pétrole consommé dans le monde (soit 20 millions de barils par jour), ainsi qu'"environ 14 % du commerce mondial de produits raffinés et 19 % des flux mondiaux de GNL", selon Sheel Bhattacharjee, spécialiste du fret chez Argus Media.
Le passage n'est pas techniquement bloqué, mais il l'est de facto. Dimanche, des agences de sécurité maritime ont fait état de trois navires attaqués dans cette zone large d'environ 50 kilomètres. De quoi limiter fortement les exportations de pétrole des grands producteurs, comme l'Arabie saoudite, les Émirats arabes unis ou l'Irak, ainsi que celles de GNL du Qatar, principal exportateur de la région.
Or, "en cas d'interruption prolongée des livraisons via Ormuz, le pétrole brut pourrait rapidement grimper jusqu'à 100 dollars le baril (...) notamment en cas d'attaques contre les installations pétrolières dans la région", prévient Eurasia Group.
Ces facteurs font craindre un "troisième choc pétrolier après ceux de 1973 et 1979 et après le choc gazier de 2022", confirme l'économiste Sylvain Bersinger, fondateur du cabinet Bersingéco. Mais si "le scénario d'un baril de pétrole grimpant à 110 dollars (...) peut être retenu comme un scénario crédible", cette hausse ne serait "pas d'une ampleur exceptionnelle, puisque le baril a déjà atteint plus de 140 dollars en 2008 et plus de 100 dollars au début des années 2010", tempère-t-il.
Pour autant, "il est peu probable qu'une perturbation grave et durable se produise" tant que le conflit ne dure pas trop longtemps, veulent croire les experts d'Oxford Economics. Pour cause, "cela obligerait l'Iran à maintenir un blocus naval sans précédent et à se défendre contre la riposte militaire" pendant une période prolongée, expliquent-ils.
Un impact sur l'économie mondiale
Mais au-delà des conséquences sur le pétrole et le gaz, le conflit affectera certainement l'économie mondiale et les marchés, surtout s'il dure, s'accordent les spécialistes. Donald Trump estime que les opérations américaines pourraient durer "quatre à cinq semaines.
"La fermeture du détroit d'Ormuz est un sujet majeur pour l'économie mondiale" et surtout "pour l'économie chinoise", alors que "l'Asie est la plus dépendante du détroit d'Ormuz pour ses importations", explique à l'AFP Cyrille Poirier-Coutansais, directeur du département de recherches au Centre d'études stratégiques de la Marine, en France.
Pour Sylvain Bersinger cependant, "le choc inflationniste devrait être, d'après de premières estimations fondées sur les données actuellement disponibles, inférieur à celui de 2022-2023" - ce qui devrait notamment permettre à l'économie française d'"éviter la récession".
Reste à savoir comment Donald Trump pourrait réagir face à ces répercussions économiques. "Le président américain est très sensible à ces questions. Mais savoir si cela sera un enjeu décisif est beaucoup plus incertain", estime Michel Duclos, ancien ambassadeur à Damas et conseiller spécial à l'Institut Montaigne sur France 24. "Mais tous ces effets auront forcément un impact sur les États-Unis. Or, Donald Trump a beaucoup en jeu avec les élections de mi-mandat qui approchent".
