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Privés de Starlink, les Russes peuvent-ils rebondir avec leurs drones-ballons Barrage-1 ?
La Russie a récemment annoncé le lancement de sa nouvelle plateforme de communication stratosphérique Barrage-1. À mi-chemin entre le drone et le ballon, ces engins sont censés remédier en partie au blocage de l’accès à Starlink pour l’armée russe en Ukraine.
La Russie cherche à trouver des alternatives à Starlink pour garantir la connexion Internet, même sur le front. © Studio graphique France Médias Monde

Ce "Barrage" est-il un mirage ? Des médias russes ont posté une vidéo, dimanche 15 février, du lancement réussi de la nouvelle plateforme stratosphérique Barrage-1, présentée comme un début d’alternative à Starlink.

À mi-chemin entre le ballon météo et le drone, ce nouvel engin déployé par la Russie a été conçu pour transporter des équipements 5G et doit servir de relais Internet volant pour les unités sur le front ukrainien, a indiqué la société russe Aerodrommash, à l’origine de ce projet.

Starlink désorganise les "pirates" russes

La temporalité de cette annonce ne doit rien au hasard. Starlink, la société d’Internet par satellite d’Elon Musk, a décidé, début février, de désactiver tous les terminaux "pirates" que l’armée russe utilisait pour se connecter à Internet.

"Ces importations illégales de terminaux en Russie étaient très bien organisées et, depuis la seconde moitié de 2024, Starlink était devenu une sorte de système de communication standard pour les militaires russes", souligne Huseyn Aliyev, spécialiste de la guerre en Ukraine à l’université de Glasgow.

La fin de l’accès russe au réseau satellitaire de Starlink aurait plongé les troupes russes dans le chaos d’après plusieurs médias, participant aux récents succès militaires ukrainiens dans la région de Zaporijjia ayant permis à Kiev de reprendre plus de 200 kilomètres carrés de terrain aux Russes en quelques jours.

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Privés de Starlink, les Russes peuvent-ils rebondir avec leurs drones-ballons Barrage-1 ?
© France 24
01:36

Attention à ne pas surestimer pour autant l’impact militaire de la fin de Starlink pour les Russes sur le front. "Pour l’instant, il s’agit essentiellement de contre-attaques tactiques et opportunistes de l’Ukraine plutôt que d'une contre-attaque d’envergure", tient à nuancer Erik Stijnman, spécialiste des questions de sécurité militaire dans le cadre de la guerre russo-ukrainienne à l’institut néerlandais des relations internationales Clingendael.

"Les différentes offensives ukrainiennes lancées dans cette région ont commencé il y a plusieurs semaines, donc avant même que Starlink soit désactivé pour l’armée russe", ajoute Huseyn Aliyev. Au mieux, la décision d’Elon Musk a donc facilité la tâche des combattants ukrainiens. Ce qui représente déjà une aide précieuse pour Kiev.

Les Russes ne se limitaient pas à recourir à Starlink pour le front. "À partir de novembre dernier, les Russes ont commencé à attacher des terminaux Starlink à leurs drones à longue portée, les transformant en armes dévastatrices", assure Huseyn Aliyev.

Téléguidés par satellite, ces drones pouvaient voler beaucoup plus loin et étaient bien plus difficiles à brouiller que ceux opérés à distance par ondes radio. "Les connexions étaient par ailleurs fiables et robustes, ce qui permettait un ciblage bien plus précis", note Erik Stijnman.

Un ballon-drone plutôt que 10 000 satellites ?

Les Russes ont ainsi pu bombarder les lignes de ravitaillement très en profondeur, "ce qui a presque entièrement paralysé toute la logistique des défenses ukrainiennes", explique Huseyn Aliyev.

D’où l’importance pour les Russes de rétablir une connexion Internet car, désormais, "les communications reposent sur les ondes radios et sur les infrastructures 4G ou 5G présentes dans les agglomérations urbaines", résume cet expert. Pas de quoi continuer à mettre sens dessus dessous toute la logistique ukrainienne.

Le drone-ballon Barrage-1 est censé apporter un début de solution. "À voir", estime, dubitatif, Gustav Gressel, analyste des questions militaires pour l’Académie nationale de défense autrichienne.

Le Barrage-1 "est un peu comme un zeppelin équipé d’un moteur à énergie solaire, pouvant transporter des équipements pesant jusqu’à 100 kilogrammes, d’après les autorités russes", résume ce spécialiste. Son principal avantage réside "dans sa capacité à voler haut", précise-t-il.

Ce ballon-drone-zeppelin est censé pouvoir s’élever jusqu’à 20 kilomètres au-dessus du sol, ce qui doit le mettre à l’abri puisque "l’Ukraine n’a pas de missile pouvant frapper des engins qui évoluent dans la stratosphère", assure Huseyn Aliyev.

Il n’est cependant pas très discret. Il est plus facile à détecter par les radars qu’un satellite Starlink dans l’espace, assurent les experts interrogés. "S’il transmet de la 5G vers le sol, il y aura des signaux électromagnétiques qui permettront de le localiser et de le suivre", estime Erik Stijnman.

Pas la peine d’ailleurs de chercher à descendre la plateforme Barrage-1 pour limiter son efficacité. "Le signal 5G peut être intercepté dans sa descente. Et c’est un réseau qui peut être brouillé", note l’expert de l’institut Clingendael.

Starlink irremplaçable ?

Le nouvel engin russe n'est pas d'envergure à remplacer l’armada de près de 10 000 satellites mis en orbite par Elon Musk. Les autorités russes n’ont donné aucune précision sur la couverture Internet qu’un seul de ces ballons fournira, "mais la 5G n’est pas un réseau qui porte très loin, et il faut un maillage assez dense de relais pour assurer une connexion stable" sur une vaste zone, souligne Erik Stijnman.

L’annonce du lancement de Barrage-1 peut n’être qu’une opération de com pour assurer que Moscou ne reste pas sans réagir face au coup d’arrêt décidé par Starlink. Mais il peut aussi s’agir d’une pièce du nouveau puzzle russe pour rester connecté. "Moscou dispose de quelques pistes pour remplacer Starlink, mais aucune ne sera aussi efficace que ce réseau satellite. Ils peuvent utiliser un réseau de drones-relais [dont pourrait faire partie Barrage-1, NDLR], ou encore installer des relais terrestres reliés par des câbles à fibre optique", énumère Gustav Gressel. Mais tout ça prend du temps à mettre en place.