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Suicide ou meurtre ? La mort de Dana Eden, productrice de la série "Téhéran", enflamme le web
La productrice israélienne de la série d'espionnage à succès "Téhéran" Dana Eden a été retrouvée morte dimanche dans une chambre d'hôtel à Athènes, en plein tournage de la quatrième saison. L'affaire, qui est traitée comme un suicide par la police, suscite de nombreuses interrogations sur les réseaux.
La productrice exécutive Dana Eden assiste à l'avant-première de la deuxième saison de « Téhéran » d'Apple TV au Robin Williams Center, le 4 mai 2022, à New York. Evan Agostini/Invision/AP - Evan Agostini

La productrice israélienne Dana Eden, qui travaille sur la série télévisée à succès "Téhéran", a été retrouvée morte, dimanche 15 février en début de soirée, dans sa chambre d'hôtel, dans le centre d'Athènes, près de la place Syntagma.

Selon les médias grecs, son frère a découvert son corps et a constaté des ecchymoses au cou et aux membres. Des médicaments ont également été retrouvés en grande quantité dans la chambre. "Tout semble indiquer qu'il s'agit d'un suicide", a ainsi expliqué la police grecque, décrivant les éléments matériels présents dans la chambre et les premières constatations sur le corps de Dana Eden. Un porte-parole de la police a déclaré que les marques sur son cou semblaient être la conséquence d'une tentative de suicide avec un cordon téléphonique.

Suicide ou meurtre ? La mort de Dana Eden, productrice de la série "Téhéran", enflamme le web
Des décorations ornent l'hôtel d'Athènes, le 16 février 2026, où la productrice de télévision israélienne Dana Eden a été retrouvée morte dimanche alors qu'elle se trouvait dans le pays pour le tournage de la quatrième saison de la série "Téhéran". AP - Petros Giannakouris

Selon le média Protothema, la productrice de 52 ans avait déjà été hospitalisée par le passé et prenait des médicaments sur ordonnance. "Une autopsie a déjà été ordonnée afin de déterminer la cause exacte du décès, tandis que la police examine les images des caméras de sécurité et recueille les témoignages du personnel de l'hôtel", précise ce journal grec.

Dana Eden était arrivée le 4 février à Athènes pour le tournage d'une nouvelle saison de la série israélienne diffusée à l'international sur Apple TV et centrée sur le personnage de fiction de Tamar Rabinyan, une agente du Mossad infiltrée à Téhéran pour saboter le programme nucléaire iranien. Sur place, l'espionne interprétée par l'actrice israélienne Niv Sultan se lie d'amitié avec de jeunes activistes opposés au régime. L'un d'eux tombe amoureux d'elle et l'aide dans sa mission.

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Spéculations autour de l'Iran

Compte tenu du sujet de sa série, l'annonce de sa mort a suscité rapidement de nombreuses interrogations. Certains médias israéliens ont rapporté que la police grecque enquêtait sur un possible lien avec l'Iran. "Les amateurs de théories du complot n'ont pas tardé à propager, sur les réseaux sociaux et ailleurs, des allégations accusant les services de renseignement iraniens d'être à l'origine de son décès", explique ainsi le journaliste de France 24 Imed Bensaied, chroniqueur pour Tech24 et spécialiste des séries télévisées.

"Ils avancent l'idée qu'elle a réussi à blesser la fierté iranienne en mettant en scène des succès sur le terrain, ternissant ainsi l'image des puissantes institutions iraniennes et parvenant même à contacter des personnalités clés du régime", poursuit-il.

Pour Imed Bensaied, "ces théories séduisent les fans de la série et les amateurs de récits dramatiques, car elles correspondent à l'esprit de cette série d'espionnage et renforcent son réalisme. Cependant, il ne s'agit que de spéculations, et elles sont pour l'instant totalement infondées."

Face à ces conjectures, la société Donna and Shula Productions, que Dana Eden dirigeait avec Shula Spiegel, a exclu l'hypothèse d'un meurtre. "Les rumeurs évoquant des motifs criminels ou nationalistes derrière la mort [de Dana Eden] sont incorrectes et infondées", a-t-elle fait savoir. 

"Nous appelons les médias et le public à s'abstenir de publier et de spéculer sur des informations non vérifiées, et à agir avec responsabilité et sensibilité", poursuit la déclaration de la société fondée en 2007. "C'est un moment de douleur profonde pour la famille, les amis et les collègues. Nous demandons que la dignité de Dana et la vie privée de ses proches soient respectées", conclut-elle.

Le ministre israélien de la Culture et des Sports, Miki Zohar a également exprimé sa profonde tristesse, dans un message publié sur le réseau social X, d'avoir appris la mort de Dana Eden, la décrivant comme "l'une des productrices les plus importantes et influentes de l'industrie télévisuelle israélienne". "Dana a profondément marqué la création israélienne et a porté notre histoire sur la scène internationale avec fierté, talent et courage", a écrit Miki Zohar.

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Une série très réaliste

"Téhéran", dont la première diffusion a eu lieu en Israël et sur Apple TV en 2020, est devenue l'une des productions israéliennes les plus vendues à l'international. La série, dont Glenn Close tenait le rôle principal dans la deuxième saison, a été qualifiée par le New York Times de si convaincante dans sa représentation du célèbre service de renseignement israélien que "même le directeur du FBI l'a approuvée". De son côté, le régime iranien a critiqué à plusieurs reprises la série, la qualifiant de propagande sioniste, note pour sa part le quotidien britannique The Guardian.

"Son succès repose avant tout sur son réalisme, notamment par rapport à d'autres séries", décrit ainsi Imed Bensaied. "'Téhéran' nous plonge dès les premières minutes dans le monde complexe de l'espionnage, au sein d'un pays où règne le secret. D'emblée, nous sommes au cœur des tensions géopolitiques entre l'Iran et Israël. L'intrigue est aussi novatrice car elle suit une agente du Mossad, Tamar, et non un agent masculin", ajoute-t-il.

"La série a aussi habilement dépeint une infiltration mutuelle des services de renseignement des deux pays. Les événements récents de la guerre des douze jours ont confirmé l'existence d'opérations d'infiltration qui ont ouvert la voie aux frappes israéliennes", analyse le journaliste.

"Cheminer ensemble"

Le tournage se déroule pourtant depuis quatre saisons à Athènes. Le choix de la capitale grecque comme "double" parfait de Téhéran s'est imposé à Dana Eden lors de vacances en famille, rapporte le journal grec To Vima. "La topographie d'Athènes lui rappelait fortement Téhéran, une ville mythique pour les Israéliens, mais aussi une ville interdite", poursuit le média.

Le tournage de la dernière saison avait été retardé après les attaques commises par le Hamas en Israël le 7 octobre 2023 et les bombardements sur Gaza qui ont suivi. "Depuis deux ans, je vis au rythme des bouleversements liés au parallèle entre la réalité et la série", avait ainsi déclaré récemment Dana Eden, selon des propos retranscrits par le site israélien ynet.

"Nous écrivons les scénarios en nous demandant constamment si les événements prendront le pas sur la série ou si ce sera l'inverse. (...) Mais au final, il s'agit d'une série à suspense captivante et nous tenons à ce qu'elle le reste", avait-elle ajouté.

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En 2021, "Téhéran" avait remporté l'Emmy Award international de la meilleure série dramatique. "Je tiens à préciser que 'Téhéran' n'est pas seulement une série d'espionnage, elle vise aussi à comprendre l'être humain derrière l'ennemi", avait alors déclaré la productrice dans son discours de remerciements. "C'est ce que nous faisons chaque jour sur le plateau."

"Nous avons découvert que nous avions beaucoup de points communs", avait-elle insisté en faisant référence aux comédiens de diverses nationalités. "Je pense que cela donne de l’espoir pour l’avenir, et j’espère que nous pourrons cheminer ensemble, Iraniens et Israéliens, à Jérusalem et à Téhéran, en amis et non en ennemis."

Avec AFP, Associated Press et Reuters