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La France s'enfonce encore dans le classement mondial sur la perception de la corruption
La France a atteint un niveau historiquement bas dans l'indice mondial de perception de la corruption publié, mardi, par Transparency International. Un score qui s'explique notamment par des scandales impliquant l'ex-président Nicolas Sarkozy et la candidate du RN à la présidentielle, Marine Le Pen. Cependant, le cas de l'Hexagone est loin d'être isolé. 
Vue de l’hémicycle lors de l'annonce par Sébastien Lecornu du recours à l'article 49.3 pour faire adopter sans vote la première partie du projet de loi de finances 2026, à l’Assemblée nationale, à Paris, le 20 janvier 2026. © Sarah Meyssonnier, Reuters

L'ONG de lutte contre la corruption Transparency International a alerté, mardi 10 février, sur l'aggravation de la corruption dans les démocraties du monde entier, attribuant aux États-Unis leur pire score jusqu'ici calculé et rétrogradant la France à la 27e position, son plus bas historique, derrière l'Uruguay ou les Émirats arabes unis.

L'indice de perception de la corruption est établi par des experts et des hommes d'affaires qui classent 182 pays en fonction de leur niveau de corruption perçu dans le secteur public, sur la base de données provenant d'institutions telles que la Banque mondiale et le Forum économique mondial.

Les pays obtiennent une note comprise entre zéro, pour ceux considérés comme très corrompus, et 100, pour les plus vertueux. Dans l'édition 2025 publiée mardi, le Danemark occupe la première place avec 89 points et le Soudan du Sud ferme la marche avec une note de 9.

De con côté, la France a obtenu un score de 66 points, soit un point de moins qu'en 2024, et a reculé au 27e rang du classement général, son pire résultat depuis la création de l'indice en 1995 et la mise en œuvre de sa méthodologie actuelle en 2012.

Ce mauvais score fait suite à trois affaires de corruption très médiatisées qui ont fait la une des journaux français l'année dernière.

Un rapport du Sénat, publié en mai, a également révélé que le gouvernement avait couvert une fraude à la consommation commise par le géant agroalimentaire Nestlé, permettant à l'entreprise d'utiliser des traitements interdits pour produire des eaux minérales naturelles, dont Perrier.

L'ancien président Nicolas Sarkozy a été emprisonné pendant 20 jours, en octobre, après avoir été reconnu coupable d'avoir illégalement sollicité des fonds auprès de l'ancien dirigeant libyen, Mouammar Kadhafi, pour financer sa campagne présidentielle victorieuse de 2007.

Et, dans une affaire toujours devant la justice, la leader d'extrême droite Marine Le Pen et d'autres membres de son parti, le Rassemblement national, ont été reconnus coupables en mars de détournement de fonds du Parlement européen.

"Aucun leadership politique"

Ces affaires retentissantes ont "contribué à la dégradation de la perception de la corruption", analyse Florent Clouet, directeur général de Transparency International France.

Mais au-delà de ces scandales, l'organisation a identifié plusieurs facteurs clés en France qui ont conforté cette dégradation.

"Le problème le plus important, à notre avis, est le manque de volonté : il n'y a absolument aucun leadership politique dans la lutte contre la corruption", estime Florent Clouet.

Un récent plan visant à renforcer les mesures anti-corruption n'a été soutenu par aucun député ni présenté en Conseil des ministres, et les accusations de corruption au sein même du gouvernement semblent de plus en plus courantes.

L'actuelle ministre de la Culture et candidate à la mairie de Paris, Rachida Dati, est la dernière en date d'une série de ministres en exercice faisant l'objet d'accusations de corruption.

À ce manque de volonté politique s'ajoute le manque de ressources allouées aux organismes d'enquête et de poursuite contribuant à la mauvaise note récoltée par la France.  

Le parquet national financier est ainsi débordé, affirme Florent Clouet, "chaque binôme de magistrats traitant 80 affaires, alors que le plan initial prévoyait qu'ils en traitent huit".

Autre point noir : le déficit chronique de personnel dans les principales agences d'enquête financière, l'Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales et la Haute Autorité pour la transparence dans la vie publique.

"En conséquence, nous nous trouvons dans une situation où, fondamentalement, ces agences sont incapables de mener à bien les missions pour lesquelles elles ont été créées", juge Florent Clouet.

En avril, le président de la Haute Autorité pour la transparence dans la vie publique a appelé le gouvernement à augmenter son budget, affirmant que sur les 13 000 déclarations faites par des fonctionnaires en 2024, il n'avait la capacité d'en vérifier que 5 000.

Si ces organisations ont été créées pour surveiller les hauts fonctionnaires et les agents publics, un autre problème réside dans le manque de contrôle aux niveaux inférieurs de l'administration.

"Il est très difficile de détecter et de lutter contre ce que l'on appelle la corruption de faible intensité, qui implique des sommes d'argent relativement modestes et échappe aux mécanismes de prévention et de détection", décrypte Florent Clouet.

Stagnation en Europe

Transparency International estime que les problèmes rencontrés en France s'inscrivent dans une "tendance inquiétante" de "recul des scores dans des démocraties traditionnellement performantes", notamment au Canada, en Nouvelle-Zélande, en Suède et au Royaume-Uni.

À l'échelle mondiale, plus des deux tiers des pays étudiés ont obtenu un score inférieur à 50 et "la grande majorité des pays ne parviennent pas à maîtriser la corruption", indique le rapport.

Au cours de la dernière décennie, les progrès ont "stagné" en Europe occidentale et "se sont détériorés" aux États-Unis, qui ont atteint un nouveau creux de 64, ajoute le rapport.

En effet, le démantèlement par le président américain, Donald Trump, de mesures anti-corruption vieilles de plusieurs décennies semble avoir incité d'autres pays à assouplir leurs propres lois.

"Dans le climat géopolitique actuel, l'Europe devrait renforcer, et non affaiblir, ses ambitions en matière de lutte contre la corruption. La corruption n'est pas une fatalité", martèle Flora Cresswell, conseillère régionale pour l'Europe occidentale chez Transparency International.  

Mais "ce n'est pas ce qui se passe. L'Europe a tendance à suivre l'exemple des États-Unis", déplore Florent Clouet.

La dégradation de la perception de la corruption a pourtant de graves conséquences, conclut l'expert, poussant des citoyens désabusés à "s'abstenir de toute participation politique" et alimentant "la colère sociale, qui peut nourrir les forces politiques illibérales. Dans tous les cas, c'est la démocratie qui est perdante".

Article adapté de l'anglais par Grégoire Sauvage. L'original est à retrouver ici.