
Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste lors de sa convention nationale pour les élections municipales à Paris, le 8 février 2026. © Franck Derouda, ABACA via Reuters
Apparaître victorieux lors des municipales pour devenir incontournable lors de la présidentielle. Après la longue séquence budgétaire lors de laquelle il s’est retrouvé isolé à gauche, le Parti socialiste (PS) aborde les élections municipales des 15 et 22 mars avec l’espoir de l’emporter dans de nombreuses villes majeures et, ainsi, s’imposer comme adversaire principal de l’extrême droite.
"Ces élections seront la première étape, la première digue, le premier barrage au RN [Rassemblement national, NDLR] et à la droite dévoyée", a affirmé le premier secrétaire du PS, Olivier Faure, dimanche 8 février, devant plus de 1 200 personnes réunies à la salle de la Mutualité à Paris. "Et si nous tenons ce rempart, alors oui : nous ouvrirons la voie de 2027", a-t-il ajouté.
Après 1965 et 2001, c’est la troisième fois dans l’histoire de la Ve République que des élections municipales se tiennent à une date aussi rapprochée de l’élection présidentielle. Un calendrier qui donne une saveur particulière à ce scrutin local. Chaque parti politique tentera en effet d’y trouver des enseignements en vue de la course à l’Élysée, et notamment à gauche où les divisions ont repris le dessus après l’union sous la bannière du Nouveau Front populaire (NFP) lors des législatives de 2024.
Or le Parti socialiste joue gros. Il compte actuellement entre 10 000 et 15 000 élus locaux, environ 1 200 maires et dirige un quart des villes de plus de 20 000 habitants. Les socialistes sont surtout à la tête de certaines des plus grosses villes de France : Paris, Marseille, Nantes, Montpellier, Lille ou encore Rennes.
"Notre objectif, c’est de gagner ces élections municipales", affirme très clairement le secrétaire général du PS, Pierre Jouvet, pour qui cela signifie "maintenir ce que nous avons", mais aussi "gagner les villes de Saint-Étienne, de Limoges, d’Amiens et de Toulouse" et "reprendre pied" dans des villes-préfectures où le PS a reculé ces dernières années.
Union historique à Paris
Si le parti d’extrême droite de Jordan Bardella et Marine Le Pen est désigné comme adversaire principal par le PS, c’est bien la compétition avec La France insoumise (LFI) qui sera scrutée, tant par les dirigeants socialistes que par les observateurs.
Depuis le vote de la motion de censure qui a fait chuter le gouvernement de Michel Barnier en décembre 2024, Olivier Faure a pris le risque de se désolidariser du reste de la gauche – La France insoumise, Les Écologistes, le Parti communiste français – pour négocier et sauver ses deux successeurs à Matignon sur la question du budget : d’abord François Bayrou début 2025 puis Sébastien Lecornu fin 2025 et début 2026.
Pour autant, ce choix stratégique au niveau national ne l’a pas empêché de parvenir à nouer de nombreuses alliances au niveau local avec toutes les composantes de la gauche, hors insoumis.
"Nous avons fait le choix de l’union et du rassemblement avec des accords historiques. Dans 90 % des villes de plus de 20 000 habitants, nous serons rassemblés dès le premier tour avec les écologistes, les communistes, Place publique, L’Après, Debout !", insiste Pierre Jouvet, qui veut y voir "un signe et une dynamique politique considérable".
C’est notamment le cas à Paris, Marseille, Lyon, Toulouse, Nice, Nantes, Bordeaux et Rennes. Mais dans toutes ces villes de plus de 200 000 habitants – Montpellier et Strasbourg font figures d’exceptions avec des candidatures socialistes et écologistes concurrentes –, le candidat d’union devra composer avec une candidature insoumise sur sa gauche.
Les insoumis "assumeront leurs choix devant les électeurs"
Jusqu’ici peu intéressée par les élections municipales, La France insoumise a cette fois-ci décidé de mener la bataille pour s’implanter localement, quitte à s’opposer frontalement aux socialistes. Si leurs chances de victoires dans ces villes sont plutôt faibles, certaines candidatures LFI pourraient en revanche empêcher le PS de l’emporter, comme à Paris ou à Marseille.
"Chacun devra prendre ses responsabilités au deuxième tour. Si certains à notre gauche préfèrent voir la ville de Marseille basculer dans les mains de l’extrême droite, si certains à notre gauche veulent voir Paris basculer dans les mains de l’alliance entre Rachida Dati et Sarah Knafo [il n’existe à l’heure actuelle aucune alliance officielle entre les candidates Les Républicains et Reconquête, NDLR], ils assumeront leurs choix et leurs responsabilités devant les électeurs", prévient Pierre Jouvet, pour qui le PS est "la seule force politique de gauche dans ces élections municipales à pouvoir battre la droite et l’extrême droite".
Pour convaincre les électeurs, les listes socialistes comptent mettre en avant les questions de pouvoir d’achat, de santé, de transports, d’adaptation des villes au changement climatique, mais aussi de sécurité avec des polices municipales renforcées.
L’enjeu est de taille pour le premier secrétaire du PS, qui fait par ailleurs face en interne à des oppositions concernant la primaire de la gauche du 11 octobre à laquelle il souhaite que son parti prenne part.
"Ce que nous faisons dans les communes, nous devons le réussir à l'échelle du pays", a estimé dimanche Olivier Faure, pour qui les municipales seront un moment de vérité.
