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Rationnement, hôtels fermés, semaine de quatre jours... Cuba face à l'asphyxie énergétique
Alors que la pression américaine s'est intensifiée sur Cuba depuis l'intervention de Washington, début janvier, au Venezuela  son ‍principal fournisseur de pétrole, l'île communiste a commencé, lundi, à appliquer des mesures d'urgence destinées à économiser le carburant.
Le Pastorita, un navire-citerne transportant du GPL et des produits chimiques battant pavillon cubain, arrive au port de La Havane, le 9 février 2026. © Yamil Lage, AFP

C'est l'une des pires crises énergétiques de l'histoire de Cuba. La Havane a commencé, lundi 9 février, à appliquer les nouvelles mesures d'urgence destinées à économiser le carburant pour faire face à l'étranglement énergétique imposé par les États-Unis, qui frappe durement la vie quotidienne des habitants. 

Dans les rues de la capitale, la circulation était moindre qu'à l'accoutumée pour un lundi matin, a constaté l'AFP. Dans le quartier central du Vedado, les trottoirs habituellement plein d'habitants venant faire des démarches administratives étaient quasi déserts. 

Rosa Ramos, une infirmière de 37 ans, attend depuis plus d'une heure dans la rue pour trouver un mode de transport lui permettant de se rendre à son travail, un hôpital situé à une dizaine de kilomètres de là.

Les mesures annoncées par le gouvernement vendredi, qui incluent notamment la semaine de quatre jours pour économiser l'électricité, du télétravail, ainsi que le rationnement de la vente de carburant aux particuliers, "sont des mesures de résistance", dit-elle, "pour que le pays ne s'effondre pas". 

"Mais en même temps, cela provoque beaucoup d'incertitude au sein de la population parce que tout le monde se demande combien de temps un pays peut vivre dans de telles conditions", déplore-t-elle.

Dès lundi, les usagers des taxis privés ont constaté une augmentation des prix de la course, passée pour certains trajets de 200 pesos (40 centimes de dollar) à 350 pesos. 

Plus de 800 tonnes de vivres envoyées par le Mexique

L'île communiste, de 9,6 millions d'habitants, se retrouve dans une situation particulièrement vulnérable depuis la fin de l'approvisionnement en pétrole par le Venezuela, sous pression américaine, et les menaces de Washington de frapper de droits de douane les pays lui vendant du pétrole.

Le Mexique, deuxième fournisseur de Cuba jusqu'à la chute du président Nicolas Maduro, a pour l'instant suspendu ses livraisons et négocie avec Washington la manière d'envoyer du pétrole à La Havane, sans subir de représailles de la part de son principal partenaire commercial.

Lundi, sa présidente, Claudia Sheinbaum, a jugé "très injuste" la menace américaine de droits de douane. "On ne peut pas étrangler un peuple de cette manière", a-t-elle dénoncé.

Mexico a annoncé dimanche avoir envoyé à bord de deux navires de sa marine nationale plus de 814 tonnes de vivres destinées à la population cubaine. 

Moscou a également réagi lundi, dénonçant les "méthodes asphyxiantes" des États-Unis qui "causent beaucoup de difficultés pour le pays". "La situation à Cuba est en effet critique", a déclaré le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, en précisant que la Russie est en discussions avec les autorités cubaines pour apporter son assistance.

L'objectif de Washington "comme toujours, est de briser la volonté politique des Cubains". "La situation est difficile et exigera de grands sacrifices", a déclaré su X le ministre cubain des Affaires étrangères, Bruno Rodriguez.

L'avitaillement en kérosène suspendu

Signe de la gravité de la crise, les autorités cubaines ont informé les compagnies aériennes desservant le pays que l'avitaillement en kérosène serait suspendu pour un mois à partir de lundi minuit, ce qui contraint les compagnies opérant des vols long courrier à effectuer une "escale technique" sur les vols retour pour assurer leur ravitaillement. Dans la foulée, la compagnie aérienne Air Canada a annoncé suspendre ses vols à destination de Cuba.

Rationnement, hôtels fermés, semaine de quatre jours... Cuba face à l'asphyxie énergétique
Un avion de Turkish Airlines décolle de l'aéroport international José Martí à La Havane le 9 février 2026. © Yamil Lage,AFP

Le gouvernement a également annoncé la fermeture de certains hôtels faiblement occupés et le regroupement des touristes dans d'autres. 

"Des hôtels sont en train d'être fermés à Varadero", la station balnéaire phare de Cuba, située à 150 km de La Havane, "et dans d'autres provinces", a confirmé à l'AFP une professionnelle du secteur qui n'a pas souhaité donner son nom. 

Les services de bus et de trains entre provinces ont également été réduits, ainsi que les journées scolaires. Les universités fonctionnent désormais à distance, comme pendant la pandémie de Covid-19, ou en semi-présentiel. 

Ces mesures doivent permettre d'économiser du carburant pour favoriser "la production de nourriture et la production d'électricité" et permettre "la sauvegarde des activités fondamentales qui génèrent des devises", a déclaré vendredi le vice-Premier ministre, Oscar Pérez-Oliva Fraga, citant notamment le secteur du tabac. 

Les mesures prises par le gouvernement cubain ne sont pas sans rappeler celles édictées pendant la "période spéciale", la grave crise économique qui avait suivi la chute en 1991 de l'URSS, alors principal fournisseur de pétrole à Cuba. 

Avec AFP