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"Fuck you !" : un an d’insultes et de menaces de Donald Trump
Qu'elles concernent de simples citoyens américains ou des pays étrangers, les insultes et autres intimidations de Donald Trump ont été légion depuis le retour, il y a un an, du milliardaire républicain à la Maison Blanche. France 24 vous propose un florilège des plus violentes diatribes du président des États-Unis.
La première année du second mandat de Donald Trump a été marquée par de multiples insultes et menaces tout autant à l'encontre de citoyens américains que de pays étrangers. © Studio graphique FMM

"Un président ne devrait pas dire ça…" : cette phrase des journalistes du Monde Gérard Davet et Fabrice Lhomme – qui visait en 2016 l'ancien chef de l'État François Hollande – pourrait tout à fait s’appliquer à Donald Trump, qui fête mardi 20 janvier sa première année de second mandat à la tête des États-Unis. En 365 jours, le temps semble s’être étiré tant les frasques (saillies) du locataire de la Maison Blanche sont nombreuses et quotidiennes.

Donald Trump a fait des insultes et des menaces une manière habituelle de s’exprimer, sur le plan intérieur comme sur la scène internationale. Rien de très nouveau : avant même le début de son premier mandat (2017-2021), il avait été épinglé par le New York Times, qui avait fait un inventaire à la Prévert de toutes ses insultes – plus de 1 500 – écrites sur son compte Twitter.

Dans la foulée, le président américain n’a pas non plus été avare en attaques durant quatre ans : entre autres outrances, il a qualifié Haïti et d’autres nations africaines de "pays de merde", a estimé que le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un ne valait pas mieux qu’un "chiot fou”… Le maire de Londres Sadiq Khan et les migrants mexicains ont aussi été ciblés par ses diatribes.

Depuis le 20 janvier 2025, la machine à insultes est repartie de plus belle.

  • "Fuck you !" et doigt d'honneur à un ouvrier de Ford

Dernière en date : Donald Trump a fait parler de lui lors de la visite d’une usine d'assemblage Ford dans l’État du Michigan, le 13 janvier. Ce jour-là, un ouvrier le traite de "protecteur de pédocriminels" – en raison de ses liens passés avec Jeffrey Epstein.

La réponse ne se fait pas attendre : le président américain lui répond "Fuck you !" et accompagne la parole d’un doigt d’honneur à destination de l’employé – suspendu depuis par le groupe automobile le temps qu'une enquête interne soit achevée. "Un cinglé était en train de hurler sauvagement des insultes dans un accès de rage, et le président a répondu de manière tout à fait adéquate et dénuée d’ambiguïté", a réagi la Maison Blanche auprès de l’AFP.

Ce genre de séquence "plaît à sa base, l’électorat MAGA [acronyme de 'Make America Great Again', slogan de campagne de Donald Trump], pur, même si cela déplaît globalement aux Américains", explique Jérôme Viala-Gaudefroy, docteur en civilisation américaine, professeur à Sciences Po Saint-Germain-en-Laye et auteur du livre "Les Mots de Trump" (éd. Dalloz, 2024). "Il venait d’être invectivé, il répond sur le même ton. C’est aussi ce qui plaît à son électorat, il casse les normes et est dans la réponse au même niveau. C'est une manière de s'affranchir de toutes les règles et du politiquement correct."

  • "Tais-toi, petite truie" : des injures sexistes aux femmes journalistes

Ni ami des femmes, ni ami de la presse : on peut donc s’attendre au pire quand Donald Trump se retrouve à répondre aux questions de femmes journalistes. En un an, plusieurs professionnelles de l’information ont fait les frais des injures sexistes du président américain.

Lorsqu'une journaliste de Bloomberg, Catherine Lucey, le questionne au sujet de l’affaire Epstein à bord de l’avion présidentiel Air Force One, Donald Trump lui répond "Tais-toi, petite truie". Quand une journaliste de la chaîne de télévision américaine CBS, Nancy Cordes, l’interroge dans sa résidence en Floride sur le contrôle des Afghans émigrés aux États-Unis, le président américain l'interroge : "Êtes-vous stupide ? Êtes-vous une personne stupide ?"

Si le New York Times sort un article mettant en avant son âge (79 ans) et des signes de fatigue, le locataire de la Maison Blanche s’attaque au journal et à l’autrice du papier : "Ce TORCHON bon marché est vraiment un ENNEMI DU PEUPLE. Katie Rogers (…) est une journaliste de seconde zone qui est laide extérieurement comme intérieurement", écrit-il en novembre 2025 sur son réseau Truth Social.

"Donald Trump peut insulter au gré des actualités, mais il cible particulièrement les femmes", précise Jérôme Viala-Gaudefroy. "Il associe beaucoup le dégoût à leur sujet. Être très insultant à leur encontre, c'est aussi une manière de mettre en avant ce côté mâle, très masculin qui fait qu'il peut s'attaquer à elles, et à toute personne qui le contredit ou le contrarie de manière générale." 

  • "Jerome Powell est un idiot" : quand Donald Trump s'en prend au président de la Fed

Donald Trump a aussi su se montrer insultant avec des acteurs institutionnels, que ce soit avec le patron de la Réserve fédérale (Fed) ou encore avec certains de ses prédécesseurs à la Maison Blanche.

Le président de la Fed a été qualifié de tous les noms durant l’année écoulée. Jerome Powell – à la tête de la Réserve fédérale depuis 2018 après y avoir été nommé par… Donald Trump lui-même – suscite depuis des mois la colère du président américain pour n'avoir pas baissé les taux d'intérêt, nuisant ainsi, selon le président américain, à la croissance et à l'emploi.

 "Jerome Powell est un idiot, mais à part cela, je l'aime beaucoup !", a notamment déclaré Donald Trump à son sujet. Il a aussi dit de lui qu’il était "trop stupide pour faire ce boulot", appelant à son remplacement avant la fin de son mandat, en mai prochain. Plus récemment, la tension est montée d’un cran quand le président de la Réserve fédérale a annoncé, le 12 janvier, que la banque centrale américaine – une institution indépendante – était menacée de poursuites judiciaires face à son refus de céder aux injonctions de Donald Trump. 

  • Les Somaliens traités de "déchets" venant d’un pays "pourri"

Sur la scène internationale, plusieurs pays viennent s’ajouter à la longue liste des cibles trumpiennes. Le Lesotho ? "Un pays dont personne n’a jamais entendu parler", tranche le président américain. L’Afrique du Sud ? Donald Trump menace de ne pas l’inviter au prochain sommet du G20, prévu en décembre 2026 à Miami, car, selon lui, un "génocide" serait en cours à l’encontre des Afrikaners blancs. Une intox – démentie par les autorités sud-africaines – que relaie régulièrement le président des États-Unis.

La Somalie, quant à elle, a eu droit cette année à des propos particulièrement injurieux à son encontre. Lors d'une prise de parole le 2 décembre, Donald Trump a notamment traité ses habitants de "déchets" venant d'un pays "pourri" où les gens "ne font que s'entre-tuer".

Le président américain dénigre régulièrement les minorités et a fait de la lutte contre l'immigration illégale son cheval de bataille, jouant sur les craintes de la majorité blanche de perdre son pouvoir politique et culturel. "Nous sommes à un point de bascule", a-t-il encore dit, estimant que les États-Unis feraient "le mauvais choix si nous continuons à accueillir des déchets dans notre pays".

Cette violente diatribe raciste fait dire à Jérôme Viala-Gaudefroy que le président américain "n'a pas de limites". Et il ajoute : "Aucun président ne s'est exprimé comme lui, dans l'histoire moderne en tout cas. Son langage est vu comme étant proche du peuple, un 'parler vrai'. C'est un langage populiste qui donne l’impression d’être réel, authentique, même s'il dit des mensonges."

  • Menaces contre l'Europe, notamment au sujet du Groenland

Depuis le 20 janvier 2025, Donald Trump a aussi menacé à de multiples reprises des pays européens qui étaient jusqu’alors considérés comme des alliés traditionnels des États-Unis. À commencer par le Danemark, ciblé dès le début de son second mandat par le président américain.  La raison : ce dernier a des vues sur le Groenland, territoire autonome rattaché à Copenhague.

Le locataire de la Maison Blanche convoite les 2,2 millions de km² du Groenland et l’a fait savoir à plusieurs reprises cette année, malgré l’opposition du Danemark et des Groenlandais. Il a une telle ambition de le conquérir que le président-élu a refusé, le 7 janvier, d’écarter le recours à la force militaire ou à la coercition économique pour parvenir à ses fins.

Donald Trump a prolongé cette stratégie agressive en adressant une lettre – révélée le 19 janvier – au Premier ministre norvégien Jonas Gahr Store. "Le Danemark ne peut pas protéger ce territoire contre la Russie ou la Chine", écrit-il notamment. "Le monde ne sera pas en sécurité tant que nous n'aurons pas le contrôle total et absolu du Groenland."

Dans cette missive, le président américain a aussi menacé la Norvège, lui qui a tant espéré obtenir le prix Nobel de la paix. "Étant donné que votre pays a décidé de ne pas (me l’)attribuer pour avoir mis fin à 'PLUS' de 8 guerres, je ne me sens plus obligé de penser uniquement à la paix", a-t-il écrit. Donald Trump a aussi estimé qu'il "peut maintenant réfléchir à ce qui est bon et approprié pour les États-Unis".

Si la stratégie de la pression et de la menace n’est pas nouvelle chez le président américain, cette attitude pèse sur la diplomatie internationale, comme l’explique Jérôme Viala-Gaudefroy : "Donald Trump personnalise la politique et la diplomatie, tout tourne autour de sa personne. Il a une vision qui est sur l’expression de la puissance et de la force." Et l’expert conclut : "La menace et l'insulte, c'est une manière pour lui de montrer qu'il est fort et puissant puisqu'il n'y a pas d’injures en retour. C'est aussi une manière d'humilier l'autre sans prendre beaucoup de risques puisqu'il est à la tête du pays le plus puissant du monde."