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Municipales 2026 : à Marseille, la gauche défend son bilan et la "vraie vie"
De notre envoyé spécial à Marseille – Le Printemps marseillais, la coalition de gauche à la tête de la mairie depuis 2020, est né d’une colère contre l’habitat indigne et l’insalubrité des écoles dans de nombreux quartiers de la cité phocéenne. Six ans plus tard, l’équipe municipale met en avant ses réalisations dans une campagne qu’elle juge prise en otage par les débats nationaux. Reportage.
Dans les rues du Vieux Marseille, où l'équipe sortante de gauche espère conserver la mairie. © David Gormezano, France 24

Casque de chantier sur la tête, Pierre-Marie Ganozzi, adjoint chargé de la rénovation des écoles marseillaises, parcourt au milieu des gravats le chantier de l’école Abeilles, dans l’hypercentre de la cité phocéenne. Du bâtiment, il ne devra rester dans quelques mois que les façades extérieures. À l’intérieur, tout sera repensé selon une méthode déjà bien rodée. Du confort, des espaces adaptés aux activités, des normes environnementales exigeantes et même un ascenseur.

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L'adjoint à la rénovation des écoles de la mairie de Marseille, Pierre-Marie Ganozzi, sur le chantier de l'école Abeilles. © David Gormezano, France 24

L’ancien prof, qui a durement ferraillé contre l’inaction de la précédente équipe municipale, est fier de son bilan : sur les 188 écoles publiques de la ville identifiées comme particulièrement délabrées, 27 ont été totalement rénovées, 12 sont en chantier et 70 autres contrats de rénovation sont en cours.

Municipales 2026 : à Marseille, la gauche défend son bilan et la "vraie vie"

Selon la municipalité, 450 millions d’euros ont été investis dans la rénovation et le fonctionnement des écoles de la ville en six ans, avec le soutien de l’État. Un chantier "pharaonique", inédit en France selon Pierre-Marie Ganozzi.

"On dépense des sommes considérables et nous l’assumons. C'est ce qu'on avait promis et c'est ce qu'on fait. Les écoles, les enfants, c'est l'avenir de Marseille, que l'on soit du Nord ou du Sud, riche ou pauvre. C'est ça qu'on veut arriver à faire et montrer aux gens : payer des impôts, ça sert à quelque chose."

Ce "plan école" avait fédéré socialistes, communistes, Verts et insoumis, ainsi que le collectif citoyen Mad Mars, durant la campagne du Printemps marseillais en 2020. Six ans plus tard, ce projet phare est devenu sa vitrine pour sa réélection.

Dans certaines écoles, "il pleuvait parce que le toit n'était pas étanche. Les sanitaires étaient régulièrement bouchés et pas réparés. Les fenêtres ne fermaient plus", en particulier dans les quartiers nord de la ville, populaires et enclavés. "Nous voulions recoudre la ville, faire en sorte qu'il y ait l'égalité républicaine sur l'ensemble du territoire marseillais", poursuit l’adjoint.

À deux pas du chantier, Pierre-Marie Ganozzi montre avec fierté l’école primaire Baya, du nom d’une peintre algérienne, complètement rénovée il y a un an et demi. "Au cours de cette campagne électorale, je rencontre plein de monde et des gens viennent me remercier. Ce qui veut dire que, quand même, pour le plan école, on a touché juste."

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Pierre-Marie Ganozzi dans la cour de récréation de l'école Baya, dans le centre-ville de Marseille. © David Gormezano, France 24

"On a vraiment mis le paquet pour la rénovation urbaine et pour les écoles des quartiers populaires", ajoute-t-il. "Je souhaite que les quartiers populaires disent : 'On a envie que ça continue.' Parce qu'assurément, si demain c'était le Rassemblement national qui gagnait la ville, tous ces crédits-là seraient supprimés."

Réhabiliter les quartiers populaires du centre-ville

Un peu plus loin, dans le quartier de Noailles, le Printemps marseillais défend là aussi ardemment son bilan. À deux pas de la Canebière et du Vieux-Port, cet entrelacs de ruelles du Vieux Marseille était connu pour l’insalubrité de logements exploités par des marchands de sommeil sans que les services municipaux, alertés, ne s’en préoccupent.

Mais en 2018, l'effondrement de deux immeubles vétustes de la rue d’Aubagne, en plein cœur du quartier, fait huit morts et secoue la vie politique locale. En effet, un bailleur social, Marseille Habitat, et des proches du maire Les Républicains (LR) de l’époque sont mis en cause.

La lutte contre l’habitat indigne, portée par des associations et les familles des victimes, devient un étendard du Printemps marseillais lors de sa campagne de 2020. "Quand on a été élus, on sortait d'une crise humanitaire. Des milliers de personnes avaient été évacuées, tout était fermé", raconte Sophie Camard, élue maire du secteur.

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Dans la rue d'Aubagne, une affiche à la mémoire des habitants tués dans l'effondrement de deux immeubles le 5 novembre 2018. © David Gormezano, France 24

"On a travaillé à lever les périls, à faire des travaux qui permettaient non pas que les gens reviennent, mais d’éviter que d’autres immeubles ne s'effondrent", explique-t-elle. "Et puis a été créée une société publique locale d'aménagement d'intérêt national dédiée à la lutte contre l'habitat indigne. On a défendu le dossier auprès de l'Anru, l'Agence nationale pour la rénovation urbaine, et on a décroché 100 millions d'euros sur dix ans. Ça permet non seulement de garder les immeubles, de garder la mixité sociale et de ne pas gentrifier à tire-larigot, ce qui est toujours une crainte dans un quartier populaire."

En descendant la rue d’Aubagne, la maire du secteur expose son projet pour la prochaine mandature : création d’un centre social et d’une école primaire – le quartier en étant dépourvu. Elle regrette qu’au cours de la campagne, le Rassemblement national (RN) ait imposé le thème de la sécurité au détriment de tous les autres.

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Sophie Camard, maire des 1er et 7e arrondissements de Marseille depuis 2020, dans la rue d'Aubagne, au centre du quartier de Noailles. © David Gormezano, France 24

"Nous, on a investi dans la police municipale, dans les médiateurs, et on a des résultats", affirme Sophie Camard. "On termine le mandat par une baisse des statistiques de la délinquance. La réhabilitation de Noailles a mobilisé toutes nos énergies. Nos adversaires ne peuvent pas nous dire que ce n'est pas vrai, parce que c'est ça, la vraie vie."

Suppléante de Jean-Luc Mélenchon lors de son élection à Marseille en 2017, Sophie Camard semble quelque peu désemparée par une campagne où les enjeux de proximité passent au second plan.

"Je suis furieuse qu'on soit privés d'un débat municipal à Marseille. On se retrouve pris en otage par des considérations nationales, avec le RN qui veut faire de Marseille sa prise de guerre. Et Mélenchon qui vient régler des comptes ici."

Crédité de 30 à 35 % des intentions de vote au premier tour, le Printemps marseillais est au coude-à-coude avec le RN dans les sondages. Deux autres listes pourraient se maintenir au second tour : celle de l’insoumis Sébastien Delogu et celle de Martine Vassal, soutenue par LR et Renaissance.

Dimanche 15 mars à partir de 20 h, suivez tous les résultats du premier tour des élections municipales 2026 sur France24.com.