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Syrie : l'armée syrienne va reprendre ses bombardements, les Kurdes refusent de quitter Alep
Les autorités syriennes ont appelé vendredi à l'évacuation d'un quartier de la ville d'Alep dans le nord de la Syrie, où sont retranchés des combattants kurdes. L'armée a annoncé la reprise des bombardements malgré l'annonce quelques heures plus tôt d'un cessez-le-feu dans la ville. Les Kurdes ont de leur côté refusé de quitter Alep, se disant attachés à respecter les accords conclus en mars avec Damas.
Un chauffeur de bus s'entretient avec des membres de l'armée syrienne, après l'échec d'un accord entre les Forces démocratiques syriennes (FDS) et le gouvernement syrien. L'accord prévoyait l'évacuation des membres des FDS vers le nord-est de la Syrie après plusieurs jours de combats avec l'armée syrienne, à Alep, en Syrie, le 9 janvier 2026. © Khalil Ashawi, Reuters

L'armée syrienne a prévenu vendredi 9 janvier qu'elle reprendrait le bombardement d'un quartier kurde d'Alep, alors que les combattants kurdes sont toujours retranchés dans deux quartiers de cette ville du nord de la Syrie. Plus tôt dans la journée, les Kurdes avaient refusé de quitter Alep, défiant les autorités qui ont lancé un appel à évacuer après avoir décrété un cessez-le-feu.

Damas a appelé les habitants à "évacuer immédiatement" plusieurs positions qu'elle compte bombarder. L'armée "va viser" des "sites militaires" dans le quartier de Cheikh Maqsoud où sont retranchés les combattants kurdes, a rapporté l'agence officielle syrienne Sana.

Des violences ont éclaté mardi entre des combattants kurdes et l'armée dans la deuxième ville de Syrie alors que les deux parties peinent à appliquer un accord conclu en mars pour intégrer les institutions de l'administration autonome kurde et ses forces armées au sein du nouvel État. 

Vendredi, les Kurdes se sont dits déterminés à respecter les accords conclus avec Damas, selon les déclarations d'une haute responsable de l'administration locale kurde à l'Agence France presse (AFP). 

"La partie gouvernementale cherche, par ces attaques, à mettre fin aux accords conclus. Nous y sommes attachés et nous nous efforçons de les mettre en œuvre", a déclaré Elham Ahmed, chargée des relations extérieures.

"Nous sommes attachés à la paix et à la résolution des problèmes par le dialogue. Mais jusqu'à présent, le gouvernement refuse et ne veut pas de solution", a-t-elle ajouté, accusant le pouvoir central d'avoir "choisi la voie de la guerre".

Les Kurdes refusent toute "reddition"

Les deux camps se rejettent la responsabilité du début des violences, qui ont fait au moins 21 morts depuis mardi et contraint des dizaines de milliers de civils à fuir, l'ONU estimant à au moins 30 000 le nombre de familles déplacées.

Les autorités avaient annoncé tôt vendredi un cessez-le-feu et affirmé que les combattants kurdes retranchés dans les deux quartiers de Cheikh Maqsoud et Achrafieh seraient évacués vers la zone autonome kurde du nord-est du pays.

Mais les combattants kurdes ont refusé toute "reddition" et dit qu'ils voulaient défendre leurs quartiers.

L'armée syrienne a annoncé en début d'après-midi qu'elle permettrait aux civils d'évacuer les deux quartiers kurdes à travers deux "couloirs humanitaires" entre 13 h 00 et 15 h 00 GMT.

Un correspondant de l'AFP a vu des habitants sortir du quartier de Cheikh Maqsoud. Des dizaines de milliers de civils ont déjà fui au cours des jours précédents.

De leur côté, les forces de sécurité kurdes ont affirmé avoir "repoussé deux tentatives d'assaut" de la part de "groupes armés relevant du gouvernement" contre Cheikh Maqsoud.

Elles ont ajouté dans un communiqué que "le quartier est soumis à un bombardement continu pour le quatrième jour consécutif de la part des factions relevant du gouvernement de Damas".

Tom Barrack en route pour la Syrie

Elham Ahmed, haute responsable de l'administration locale kurde a par ailleurs "remercié" les États-Unis pour leur rôle de médiateur. "Nous espérons qu'ils feront pression pour parvenir à une entente", a-t-elle poursuivi.

Une source diplomatique a indiqué à l'AFP que l'émissaire américain pour la Syrie Tom Barrack était "en route pour Damas".

À l'annonce de cessez-le-feu, les États-Unis ont exprimé leur "profonde gratitude à toutes les parties (...) pour la retenue et la bonne volonté qui ont rendu possible cette trêve vitale". "Nous travaillons activement pour prolonger ce cessez-le-feu", a déclaré sur son compte X Tom Barrack.

Jeudi, l'armée syrienne avait encore pilonné les quartiers kurdes d'Alep et des combats ont fait rage jusque dans la soirée sur fond de tirs d'artillerie.

Les autorités avaient accordé trois heures aux civils pour fuir à travers deux "couloirs humanitaires", empruntés selon elles par quelque 16 000 personnes pour cette seule journée.

Le chef des FDS, Mazloum Abdi, a jugé jeudi que "les tentatives de prise d'assaut des quartiers kurdes, en pleine phase de négociation, sapaient les chances de parvenir à une entente".

Avec AFP