
Le drone kamizaze LUCAS, le dernier-né de l'arsenal américain. © Studio Graphique FMM
C'est une ironie qui n'a pas échappé aux spécialistes de l'armement. Lors de l'opération américano-israélienne "Fureur épique", les États-Unis ont déployé pour la première fois un nouveau modèle de drone explosif : le LUCAS, ouvertement inspiré du Shahed-136 iranien.
L'information a été confirmée par le Commandement central américain (Centcom) dans un communiqué publié sur X : "La Task Force Scorpion Strike a utilisé pour la première fois en situation de combat des drones d'attaque à usage unique et à faible coût. Ces drones à bas coût, inspirés des drones Shahed iraniens, sont désormais utilisés pour mener des représailles américaines."
La copie des Shahed-136 est assumée. Produits par Téhéran, ces derniers sont notamment abondamment utilisés par la Russie pour frapper les centres urbains en Ukraine depuis le début de l'invasion à grande échelle du pays en 2022.
La guerre entre la Russie et l'Ukraine a transformé la manière dont le conflit est mené. Jusqu'ici, les Occidentaux avaient tout misé sur la haute technologie ; le conflit dans l'est de l'Europe a montré que la production de masse d'appareils low-cost comptait tout autant.
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Accepter Gérer mes choixUn mix pour saturer les défenses
"À l'origine, le Shahed a été développé par les Iraniens, car il permettait de taper loin et à peu de frais, tout en saturant les défenses adverses", explique un expert des questions aéronautiques joint par France 24. "Le raffinement qu'on a pu voir apparaître en Ukraine, c'est le 'high-low mix'. Un mélange de ces drones basse technologie avec des missiles balistiques et de croisière. Le tout permettait de saturer les défenses sol-air adverses pour faire passer des choses à travers."
L'aéronef américain a été baptisé "LUCAS" pour "Low-cost Unmanned Combat Attack System" ("Système d'attaque de combat sans pilote à faible coût"). Développé par l'entreprise Spektre Works, située en Arizona, il a fait l'objet d'un développement ultra rapide au cours de l'année 2025, à partir de la rétro-ingénierie d'un Shahed. Son premier test ne remonte qu'à décembre 2025.
Selon le Centcom, ces drones à usage unique ont été utilisés pour la première fois samedi contre des systèmes de défense antiaérienne, des bases de lancement de drones et de missiles, ainsi que des bases militaires en Iran.
Selon le média spécialisé Defense and Security Monitor, le LUCAS et le Shahed se ressemblent beaucoup visuellement, mais les États-Unis affirment que les capacités techniques de leur drone sont supérieures. En revanche, la portée de ces drones est plus réduite – 350 km environ contre 2 000 km pour les iraniens –, tout comme la charge explosive, deux fois plus faible que celle de leur modèle.
Un drone low-cost à 35 000 dollars
Les LUCAS sont produits par plusieurs fournisseurs et la conception a été simplifiée au maximum. Le prix unitaire serait aujourd'hui de 35 000 dollars (30 200 euros), mais l'armée américaine espère le ramener à 5 000 dollars. Une broutille par rapport au MQ_9 Reaper, dont le coût estimé tourne autour de 20 à 40 millions de dollars, mais qui est bien plus sophistiqué et réutilisable.
"Quand on parle des adversaires des Américains comme la Russie ou la Chine, on est face à des défenses sol-air très riches et très intégrées. Donc pour passer ces défenses, il faut tirer beaucoup de choses en même temps. Et ça, on ne peut pas le faire uniquement avec des armes de pointe, décrypte l'expert en armement. Donc, on complète avec des petits drones qui saturent en offrant beaucoup de cibles à traiter à l'adversaire."
L'évolution doit aussi à d'autres théâtres guerriers. Fin 2023, la frégate française Languedoc avait été attaquée en mer Rouge par les Houthis à l'aide de drones Shahed. L'armée française avait riposté en utilisant les missiles Aster : des munitions à 1 million d'euros, pour neutraliser un engin valant 30 000 dollars.
"L'autre aspect de la saturation, c'est aussi de forcer l'adversaire à tirer. D'une part, ils se révèlent. De l'autre, ils tirent leurs missiles. Et les missiles antiaériens, ça coûte cher", rappelle l'expert. "Et si on vide les stocks plus qu'ils ne se remplissent, on se retrouve dans la situation de l'Ukraine fin 2023 : ils ont dû réduire leur rythme d'interception et ont adapté leur modèle – intercepter les trucs qui ne coûtent pas cher avec des trucs qui ne coûtent pas cher."
Les États-Unis ne sont pas les seuls à être engagés dans la course à cette technologie : la France a commandé le One Way Effector, "sorte de Shahed à la française" selon l'entreprise MBDA, présenté au salon du Bourget 2025. Il devrait être opérationnel dès 2027.
