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Guerre au Moyen-Orient : Wall Street flanche dans le sillage des Bourses européennes
La Bourse de New York évolue en nette baisse mardi, au quatrième jour du conflit israélo‑américain avec l'Iran, plombée à son tour par les craintes d'une guerre prolongée au Moyen-Orient et de son impact sur l'économie américaine. Les marchés européens, qui redoutent également une hausse des prix des hydrocarbures sont eux aussi en recul. 
Le parquet de la Bourse de New York, le 2 mars 2026. © Charly Triballeau, AFP

Malmenés par la guerre au Moyen-Orient, l'indice boursier Dow Jones chutait, mardi 3 mars, de 2,22 %, tandis que le Nasdaq reculait de 2,13 % et l'indice élargi S&P 500 perdait 2,0 7%. La veille, Wall Street avait résisté au mouvement de baisse ayant entraîné la plupart des autres places boursières.

"On observe une réaction différée" des investisseurs américains, explique auprès de l'AFP Steve Sosnick, d'Interactive Brokers.

Conditionnés à ne pas réagir de manière excessive aux gros titres géopolitiques, "ils ont finalement réalisé que cette situation n'allait pas disparaître si rapidement" et qu'elle "pouvait avoir des répercussions internationales très importantes", poursuit l'analyste.

De l'ambassade américaine à Riyad à des centres de données du géant Amazon aux Émirats arabes unis et à Bahreïn, Téhéran multiplie, mardi, les attaques ciblant des sites liés aux États-Unis dans le Golfe, en riposte à la guerre sans précédent lancée samedi par Israël et les États-Unis.

Israël continue, de son côté, de bombarder "simultanément" l'Iran ainsi que le Liban, où il compte déployer des soldats sur de nouvelles positions.

Face à la flambée des prix de l'énergie, les opérateurs s'inquiètent de "l'impact inflationniste" de cette guerre sur l'économie américaine, remarque Patrick O'Hare, de Briefing.com.

Hausse des taux d'intérêts

L'analyste mentionne aussi de potentielles répercussions sur les bénéfices des entreprises face à "des coûts d'exploitation plus élevés et au ralentissement possible des dépenses de consommation".

La Banque centrale américaine (Fed) pourrait ainsi décider de faire une pause dans ses baisses de taux, voire de les relever, ce qui viendrait miner d'autant plus la place américaine.

Wall Street voit généralement d'un bon œil la perspective d'un assouplissement monétaire, de nature à stimuler la croissance des entreprises.

Au tableau des valeurs, la majorité des entreprises évoluait dans le rouge, dont les capitalisations géantes du secteur technologique. Nvidia perdait 1,96 %, Alphabet (maison mère de Google) lâchait 2,25 %, Amazon reculait de 2,22 % et Microsoft de 1,30 %.

Même les secteurs de l'énergie et de la défense, qui étaient parvenus à tirer leur épingle du jeu la veille, marquaient le pas. Lockheed Martin tombait de 1,85 %, RTX de 1,41 % et Northrop Grumman de 1,47 %, tandis qu'Exxon s'effritait de 1,75 %, Chevron de 0,39 % et ConocoPhillips de 0,49 %.

Les marchés européens à la baisse

En Europe, la Bourse de Paris perdait 3,50 % et la Bourse de Francfort lâchait 3,96 %. Londres cédait 3,17 % et Milan dévissait de 4,61 %.

"Les investisseurs craignent un choc d'inflation, en raison de la flambée des prix des hydrocarbures provoquée par le conflit au Moyen-Orient", explique à l'AFP Kevin Thozet, membre du comité d'investissement chez Carmignac.

Le conflit provoque depuis le début de la semaine une forte hausse du prix des hydrocarbures, en raison des perturbations de l'approvisionnement via le passage stratégique par lequel transite environ 20 % du pétrole et du gaz naturel liquéfié (GNL) mondial. Un général des Gardiens de la révolution iraniens a d'ailleurs menacé lundi de "brûler tout navire" tentant de franchir le détroit d'Ormouz.

Vers 14 h 50 GMT, le prix du baril de Brent de la mer du Nord prenait 8,34 % à 84,22 dollars, après avoir touché 85,12 dollars, son niveau le plus élevé depuis juillet 2024. Son équivalent américain, le baril de West Texas Intermediate gagnait 8,82 % à 77,51 dollars.

Le prix du gaz européen s'enflamme aussi, le contrat à terme du TTF néerlandais, considéré comme la référence du gaz naturel sur le Vieux Continent, bondissant de 30,90 % à 58,26 euros.

Or, cette flambée du prix de l'énergie ravive "la crainte que, même si cette guerre reste localisée, elle puisse fortement impacter la croissance européenne et raviver l'inflation", l'Europe restant dépendante du gaz venant du Moyen-Orient, a relevé Neil Wilson, analyste de Saxo Markets.

La menace inflationniste de retour en Europe

En Europe, où les pays importent massivement leurs hydrocarbures, plane le spectre de la crise inflationniste provoquée en 2022 par l'invasion de l'Ukraine par la Russie.

"La question est : revenons-nous à un scénario similaire à 2022, où la flambée des prix de l'énergie avait déclenché une vague massive d'inflation frappant l'économie mondiale ?", s'interroge Kathleen Brooks.

"Une hausse des prix de l'énergie exerce une pression à la hausse sur l'inflation, en particulier à court terme", a déjà déclaré Philip Lane, chef économiste de la BCE, dans une interview accordée au Financial Times.

Elle constitue pour l'Europe "un événement stagflationniste (une inflation durable combinée à une croissance fragile, NDLR) pas encore à l'échelle de la guerre en Ukraine en 2022, mais avec ce potentiel", estime Neil Wilson, analyste de Saxo Markets.

Résultat, les taux d'intérêt des dettes d'État, pourtant considérées traditionnellement comme des valeurs refuge en cas d'incertitude, grimpent.

Une inflation plus élevée réduit en effet la valeur réelle des sommes versées par un emprunteur à ses créanciers. Ces derniers exigent par conséquent des taux d'intérêt plus élevés pour compenser cette perte.

Vers 14 h 50 GMT, le taux d'intérêt à échéance dix ans de la dette allemande, référence en Europe, bondissait de 0,08 point à 2,79 %. Son équivalent français grimpait lui de 0,13 point par rapport à la veille, atteignant un taux de 3,42 %. L'obligation italienne, aussi à échéance dix ans, bondissait de 0,14 point de pourcentage, à 3,49 %. Hors zone euro, le taux d'intérêt britannique atteignait 4,53 %, contre 4,37 % lundi soir.

Avec AFP