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Hommage national pour Brigitte Bardot : pourquoi sa famille a dit non
Brigitte Bardot sera inhumée ce mercredi à Saint-Tropez, sans funérailles nationales. L'Élysée avait proposé un hommage officiel, mais la famille a opposé une fin de non-recevoir. Proche du Rassemblement national, la star était ouvertement critique envers Emmanuel Macron, qui ne sera pas présent à ses funérailles. Marine Le Pen, elle, sera là.
L'ancienne star du cinéma français et militante pour les droits des animaux Brigitte Bardot avant une conférence de presse, le 28 septembre 2006, à Paris. © AP - Remy de la Mauviniere

L'icône française du cinéma sera inhumée, mercredi 7 janvier, au cimetière de Saint-Tropez, sa ville d'adoption. Le président français ne fera pas le déplacement sur la Côte d'Azur. En revanche, d'autres figures politiques seront, elles, bien présentes. Si la liste des invités reste pour l'instant confidentielle, la patronne du Rassemblement national, Marine Le Pen, a fait savoir qu'elle viendrait à titre "personnel et amical".

Après l'annonce de la mort de Brigitte Bardot, le 28 décembre 2025, plusieurs personnalités politiques de droite avaient suggéré des funérailles nationales. En tête desquelles Éric Ciotti, président de l'UDR, allié au Rassemblement national dont était proche Brigitte Bardot. Le sujet a déchaîné les passions et l'idée d'un hommage national a divisé la classe politique avec un clivage droite-gauche très prononcé.

Qu'est-ce qu'un hommage national ?

Mais que recouvre exactement un hommage national ? Très rare, ce type de cérémonie est décidé par la présidence de la République pour saluer des personnalités ayant eu une conduite jugée exceptionnelle au service de la Nation. 

Encadrée par un protocole précis, la cérémonie, organisée aux Invalides ou au Panthéon, fait l'objet d'une publication au Journal officiel et donne lieu à un discours du chef de l'État devant un cercueil recouvert du drapeau tricolore. 

Des figures politiques comme Jacques Chirac ou Robert Badinter, des résistants, des victimes d'attentats comme l'enseignant Samuel Paty y ont eu droit, tout comme certains artistes tels que Charles Aznavour, ou Jean-Paul Belmondo.

À l'inverse, à la mort de Johnny Hallyday en 2017, l'État avait opté, en accord avec la famille du chanteur, pour un hommage "populaire" et non national, marqué par un cortège descendant les Champs-Élysées, suivi de 700 motards, et une cérémonie à l'église de la Madeleine en présence du président.

Le débat sur un hommage national reflète la question de la place de Brigitte Bardot dans l'histoire de France et des valeurs qu'elle a incarnées. Sur ce point, les prises de position se sont rapidement fait entendre. "La France a le devoir d'honorer sa Marianne" a estimé le député de Nice, qui a lancé une pétition dès le lendemain de la mort de Brigitte Bardot pour interpeller la présidence.

Tout en saluant "une actrice iconique", le patron des socialistes, Olivier Faure, a estimé pour sa part que les hommages nationaux étaient rendus pour "services exceptionnels à la Nation" et que l'artiste - condamnée à cinq reprises pour propos racistes - avait "tourné le dos aux valeurs républicaines".

Des liens proches avec le Rassemblement national

Pendant ce temps, l'Élysée a contacté les proches de la star défunte "avec la proposition qu'un hommage ait lieu, sans que la famille ne donne suite", a fait savoir le 30 décembre un proche du chef de l'État.

La présidence a-t-elle lancé cette demande en tout état de cause ? Brigitte Bardot n'a jamais caché son aversion pour Emmanuel Macron, à qui elle avait même adressé en 2023 une lettre incendiaire, lui reprochant son manque d'action contre la souffrance animale. "Je suis en colère face à votre inaction, votre lâcheté, votre mépris des Français, qui vous le rendent bien il est vrai", avait-elle notamment écrit.

 "En guise d'hommage national, ils n'ont qu'à créer un secrétariat d'État à la cause animale et mettre fin à cette horreur qu'est l'hippophagie [consommation de viande de cheval]" a plutôt fait savoir le mari, Bernard d'Ormale dans les colonnes de Paris Match. "C'est ce que Brigitte a réclamé toute sa vie, c'est ce qu'elle aurait voulu plutôt qu'un hommage et c'est ce que nous souhaitons pour elle", a ajouté l'homme qui fut non seulement le dernier compagnon de la star, mais aussi des années durant le conseiller politique de Jean-Marie Le Pen au Front national. À 84 ans, Bernard d'Ormale reste encore très proche du Rassemblement national.

Il s'est d'ailleurs rendu très récemment à Hénin-Beaumont, dans le nord de la France, pour y inaugurer une avenue Brigitte Bardot aux côtés de Marine le Pen, et du maire RN de la ville, Steve Brivois.

Brigitte Bardot a toujours assumé publiquement son soutien, voire son amitié, pour la chef de file du Rassemblement national qu'elle connaît depuis longtemps. "J'aime beaucoup Marine, je l'affirme et je le dis. Je n'ai pas à m'en cacher", affirmait-elle en 2014. "Elle a une paire de couilles. Dans l'ensemble, ces idées me plaisent. C'est la vision de la France que je souhaiterais revoir apparaître."

Déjà proche de son père Jean-Marie Le Pen, c'est chez lui qu'elle a rencontré Bernard d'Ormale. En 1996, dans sa biographie "Initiales B.B.", Brigitte Bardot rendait hommage au fondateur du FN, "un homme charmant, intelligent, révolté comme moi par certaines choses". La diva ne cachait pas partager les idées du parti d'extrême droite contre "la poussée terrifiante de l'immigration". Sa sympathie pour le parti d'extrême droite l'avait ensuite conduite à appeler les maires à parrainer la première candidature présidentielle de Marine Le Pen en 2012.

Hommage national pour Brigitte Bardot : pourquoi sa famille a dit non
L'ancien vice-président du FN en 2015 aux côtés de Brigitte Bardot. © Twitter

Au fil des ans, plusieurs figures frontistes sont venues lui rendre visite dans sa propriété de la Madrague à Saint-Tropez, postant des photos, enlacés avec la star, comme Florian Philippot en 2015, lorsqu'il était encore vice-président du parti, ou encore Sébastien Chenu.

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Condamnations pour injures raciales

Ces dernières années, Brigitte Bardot, qui avait incarné la libération des mœurs dans la France d'avant mai 1968, et le combat pour la défense des animaux, se distinguait surtout par ses déclarations sur la politique, l'immigration, le féminisme, les chasseurs... dont certaines lui ont valu des condamnations pour injure raciale.

Dans les années 2020, elle compare notamment les habitants de La Réunion à des "autochtones" aux "gènes de sauvage", une déclaration pour laquelle elle sera condamnée à 20 000 euros d'amende.

Malgré ces prises de position racistes, l'actrice conserve une forte popularité. À Saint-Tropez, les badauds se pressent déjà pour assister à ses funérailles, et les hôtels affichent complet. À la mairie, drapeau en berne et fronton orné de deux photos de l'actrice, le téléphone sonne en permanence.

Sur le registre de condoléances ouvert il y a une semaine, des dizaines de personnes ont laissé des messages en français, en allemand, en russe, etc.

Après une cérémonie à l'église retransmise sur grands écrans, l'inhumation privée de l'actrice et chanteuse au cimetière marin de la ville sera suivie d'"un hommage ouvert à tous les Tropéziens et à ses admirateurs", a précisé la Fondation de Brigitte Bardot, dédiée à la protection des animaux.

Avec AFP