
Ces différentes images décontextualisées ou générées par IA ont été utilisées à tort pour montrer des manifestations anti ou pro-Maduro, à la suite de la capture du président vénézuélien par les États-Unis. © Montage Les Observateurs
Des millions de Vénézuéliens sont-ils descendus "dans les rues de Caracas pour célébrer la destitution du dictateur communiste Nicolas Maduro" ? C'est en tout cas ce qu'a affirmé sur X Alex Jones. Dans les heures qui ont suivi la capture du président vénézuélien par les États-Unis le 3 janvier, ce commentateur américain pro-Trump aux quatre millions d'abonnés sur la plateforme a publié une vidéo d'une supposée manifestation dans la capitale vénézuélienne.
Comme Alex Jones, dont la vidéo a été vue plus de deux millions de fois, plusieurs autres comptes pro-Trump ont également donné un large écho à cette vidéo ces derniers jours : la publication du compte World News, qui affirme également qu'elle montre des Vénézuéliens célébrant "la fin du joug socialiste", a par exemple cumulé plus de cinq millions de vues en 48 heures.
Une vidéo de 2024
Mais si cette séquence montre bien une foule de manifestants dans les rues de Caracas, elle s'avère en réalité ancienne. De nombreux comptes et spécialistes de fact-checking ont depuis indiqué que la vidéo datait d'une précédente manifestation contre Maduro de 2024.

Une recherche d'image inversée (voir comment procéder avec notre guide) permet en effet de retrouver des occurrences de cette vidéo en ligne, relayée par des sites d'actualité fin juillet 2024, lors de manifestations contre les résultats contestés de l'élection présidentielle , officiellement remportée de justesse par Nicolas Maduro.
À ce jour, des recherches en ligne montrent qu’aucune manifestation anti-Maduro d'ampleur n'a été documentée dans les rues de Caracas ou d'autres villes vénézuéliennes par les différents médias, internationaux et locaux, depuis le 3 janvier.
Pourtant, le post d'Alex Jones, toujours en ligne à la publication de cet article, est loin d'être un cas isolé. Depuis le 3 janvier de nombreuses vidéos et images décontextualisées ont également circulé, censées montrer des manifestations célébrant la capture de Nicolas Maduro.
Sur X, le chercheur Cédric Labrousse a collecté plusieurs autres de ces images générées par IA ou décontextualisées.
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Accepter Gérer mes choixC'est le cas par exemple d'une affiche de Nicolas Maduro retirée au Venezuela, qui date en réalité des manifestations de juillet 2024, tout comme celle du déboulonnage d'une statue de l'ancien président vénézuélien Hugo Chavez.
Des images générées par IA
Ces intox ne proviennent pas uniquement de la sphère trumpiste, et beaucoup d'opposants historiques au régime vénézuélien ont également diffusé certaines de ces vidéos décontextualisées. Mais les soutiens de Donald Trump ont été particulièrement actifs.
Sur X, le compte de soutien au président américain "Wall Street Apes", qui compte plus d'un million d'abonnés, a par exemple partagé une séquence de plusieurs extraits vidéo censés montrer des manifestants vénézuéliens dans les rues du pays exprimant leur joie. La publication a également été retweetée par le milliardaire américain et propriétaire de la plateforme X, Elon Musk.
Mais dans les quatre extraits en question, des anomalies dans le décor indiquent que ces séquences proviennent d'outils de génération de vidéos par IA.
Dans le premier extrait, le drapeau d'un manifestant, aux mouvements étranges, tient sur un mât invisible. Dans la suite de la vidéo, le manifestant est vu sans son drapeau, sans qu'on ne l’ait vu le lâcher.

Deux des autres extraits montrent des drapeaux aux couleurs du Venezuela qui ne correspondent ni au drapeau civil du pays ni au drapeau d'État - réservé à l'usage des institutions. On y voit par exemple un drapeau avec une étoile rouge en haut à gauche (à gauche ci-dessous), ou encore un drapeau avec au moins une quinzaine d'étoiles (à droite ci-dessous) - sachant que le drapeau officiel n'en compte que huit.

Le dernier extrait possède lui aussi quelques incohérences. Parmi elles, la dentition de la personne qui se filme, qui change légèrement, notamment au niveau des incisives, tout au long de l'extrait d'une dizaine de secondes.
Autre indice : la vidéo d'origine provient par ailleurs d'un compte TikTok récent, qui semble habitué à diffuser des vidéos générées par IA, comme l'a indiqué le journaliste spécialisé en fact-checking Shayan Sardarizadeh.
Une recherche d'image inversée permet en effet de retrouver ce compte récemment créé, qui a partagé une autre vidéo générée par IA de supposées manifestations dans les rues du Venezuela.
De vraies images de manifestation anti-États-Unis à Caracas…et des fausses
Une manifestation a bien eu lieu le 4 janvier à Caracas, mais en soutien au président capturé par les États-Unis. Plusieurs photos et vidéos de l'événement ont été publiées par des médias sud-américains et internationaux, ou encore par l'agence de presse Reuters. Environ 2 000 partisans se seraient réunis au cours de cette manifestation.
Plusieurs rassemblements célébrant la chute du président vénézuélien ont aussi été organisés, mais par la diaspora vénézuélienne, comme au Chili, au Pérou, ou encore en Colombie.
Mais dans la bataille d'images entre opposants et soutiens au régime vénézuélien, plusieurs comptes pro-Maduro ont également partagé des images décontextualisées de manifestations dans le pays.
Le média d'État iranien Press TV a par exemple publié sur Facebook une vidéo censée montrer une manifestation pro-Maduro : dans la vidéo d'origine, que l’on retrouve grâce au nom du compte TikTok à l’écran, a en réalité été publiée en novembre 2025, soit deux mois avant la capture du président vénézuélien.

Maduro face à la justice new-yorkaise
Après des mois de frappes sur des embarcations accusées de transporter de la drogue, les États-Unis avaient capturé samedi 3 janvier le président vénézuélien Nicolas Maduro et son épouse Cilia Flores, les accusant de "narcoterrorisme".
Ils sont notamment accusés de s'être alliés avec la guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), que Washington considère comme "terroriste". De nombreux pays contestent la légalité de l'intervention américaine, présentée par les États-Unis comme une "opération de police".
