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RéessayerAux yeux de Donald Trump, la solution serait évidente, simple et sans appel : les États-Unis vont "diriger" le Venezuela après la capture extraterritoriale de Nicolas Maduro et sa femme samedi 3 janvier.
C’est ainsi que le président américain a décrit la période qui s’ouvre après l’opération militaire choc "Détermination absolue", dans l’attente d’une "transition démocratique" du pouvoir.
"Le plus dur reste à faire"
Donald Trump ne s’est pas donné la peine d’entrer dans le détail de cette "tutelle" américaine à venir – légalement très fragile – sur le Venezuela. Il s’est contenté de laisser ouverte la porte à un éventuel déploiement de troupes américaines au sol. Sans même préciser s’il s’agirait d’assurer l’ordre sur place ou plutôt de protéger les "géants pétroliers" américains qu'il semble avoir hâte de voir arriver au Venezuela.
Pourtant, "le plus dur reste clairement à faire", prévient le Washington Post, quotidien qui a par ailleurs apporté son soutien éditorial à l’opération américaine au Venezuela.
Historiquement, "gérer" un autre pays en coulisse ou ouvertement depuis Washington a rarement été couronné de succès. "En Amérique latine, les interventions américaines se sont généralement mal terminées, comme au Guatemala en 1954 où le coup d’État soutenu par les États-Unis a entraîné des décennies de conflits internes. Ailleurs, en Irak ou encore en Libye, la présence américaine a également été accompagnée d’une hausse importante des violences", souligne Luca Trenta, spécialiste des questions de sécurité et de politique étrangère des États-Unis à l’université de Swansea, au pays de Galles.
Pourquoi Donald Trump réussirait-il mieux au Venezuela ? "Les déclarations faites pendant la conférence de presse ne sont pas très rassurantes. Le meilleur des scénarios aurait été l’annonce d’une transition négociée, avec l’appui diplomatique des États-Unis à une sorte de nouvelle structure chargée d’établir une coalition au pouvoir. Mais là, tout semble passer par la démonstration de force et l’envoi possible de troupes", regrette Rebecca Jarman, spécialiste des questions de sécurité en Amérique latine à l’université de Leeds.
Delcy Rodriguez, la clef ?
Donald Trump a même écarté un possible soutien américain à Maria Corina Machado, l’opposante vénézuélienne récipiendaire du prix Nobel de la paix en 2025. Le président américain a jugé qu’elle n’avait pas l’étoffe d’une dirigeante pour le Venezuela.
Alors qui ? "Le problème est que n’importe quel nouveau dirigeant va apparaître comme une marionnette des États-Unis", craint Tom Long, spécialiste de l’Amérique latine à l’université de Warwick, qui a écrit sur les stratégies de confrontation entre les États-Unis et les pays d’Amérique latine.
Marco Rubio, le secrétaire d’État américain, semble avoir fait son choix. Il a annoncé que les États-Unis allaient coopérer avec Delcy Rodriguez, la vice-présidente du Venezuela, chargée samedi par la Cour suprême d’assurer l’intérim de la présidence.
Cette dernière a semblé peu encline à jouer le jeu de Washington. Peu après les déclarations de Marco Rubio, "elle a clairement affirmé vouloir avant tout le retour de Nicolas Maduro, qu’elle a qualifié de président légitime", souligne Luca Trenta. Lors de cette intervention à la télévision d'État, elle a appelé à l'unité face à son enlèvement, ajoutant que son pays ne serait jamais une "colonie".
Delcy Rodriguez suscite, en outre, "une certaine méfiance au sein de l’administration américaine car elle a été choisie personnellement par Nicolas Maduro, et peut donc apparaître comme peu fiable", ajoute cet expert. Elle n’a, en tout cas, pas le profil du renouveau politique au Venezuela.
Pourtant, Rebecca Jarman estime que Delcy Rodriguez pourrait bien être la clef pour un après-Maduro moins chaotique. "Ses déclarations hostiles à Washington sont une posture, c’est un passage obligé pour elle", assure cette experte. En effet, tout autre discours en aurait fait un suppôt de Washington aux yeux des membres du gouvernement encore en place à Caracas. Car "il serait faux de croire que le régime va disparaître avec l’arrestation de Nicolas Maduro", prévient Tom Long.
En réalité, Delcy Rodriguez "ne semble pas très à cheval sur l’idéologie, et elle a souvent été décrite comme étant avant tout une carriériste très ambitieuse", assure Rebecca Jarman. Aux yeux de Donald Trump et Marco Rubio, elle possède un autre avantage : "Delcy Rodriguez, qui dirige aussi depuis 2018 les services de renseignement vénézuéliens, a la réputation d’être très douée pour négocier avec des acteurs difficiles", note Rebecca Jarman. Autrement dit, elle pourrait maintenir un équilibre fragile entre les intérêts des États-Unis au Venezuela et ceux "de l’armée et des acteurs non étatiques comme certains gangs", résume cette experte. Ce qui permettrait aux États-Unis de ne pas envoyer de troupes au Venezuela.
Silence de l'armée vénézuélienne
Pas sûr cependant que l'habileté politique d’une Delcy Rodriguez suffise à maintenir le calme au Venezuela. Personne ne sait, par exemple, quelle va être la réaction de la très influente armée. "Pour l’instant, le très puissant ministre de la Défense, Vladimir Padrino Lopez, et les hauts gradés restent sur la défensive et attendent de savoir dans quel sens va pencher la balance du pouvoir pour se prononcer", assure Rebecca Jarman.
"Le soutien des militaires à Nicolas Maduro est limité. En revanche, ils sont très à cheval sur la défense de leur pré carré, c’est-à-dire leurs intérêts dans l’extraction des ressources naturelles du pays, comme le pétrole, ou dans le trafic de drogue", poursuit cette spécialiste. Les militaires attendraient donc de voir quelle part du gâteau ils vont pouvoir garder.
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Réessayer
Et encore faudrait-il que tous les hauts gradés soient sur la même longueur d’onde. "Si des scissions apparaissent, les tensions peuvent rapidement éclater au sein de l’armée, ce qui pourrait dégénérer en flambée de violences, voire en guerre civile", prévient Luca Trenta.
Un scénario qui obligerait les Américains à faire intervenir leur propre armée, assurent les experts interrogés par France 24. "C’est le spectre d’une situation comme en Irak, où l’armée américaine a dû rester très longtemps pour tenter de maintenir l’ordre", note Luca Trenta. Tout comme en Irak, ce serait une "gestion" du pays qui serait économiquement coûteuse pour les États-Unis, dommageable pour leur réputation et à rebours de la promesse trumpienne d’une Amérique qui ne s’enlise pas dans des conflits à l’étranger.
Ce serait aussi un scénario catastrophe pour la population qui pâtirait d’une telle escalade de la violence. Mais l’alternative ne représente pas non plus la panacée pour les Vénézuéliens, même si une partie d’entre eux doit se réjouir de la chute de Nicolas Maduro, "très impopulaire dans son pays", assure Rebecca Jarman. En effet, "à court terme, le risque est que le régime actuel soit consolidé dans le cas d’une collaboration entre Washington et Delcy Rodriguez. Les élites au pouvoir pourraient alors renforcer leur emprise sur les institutions et accroître la répression sans craindre, cette fois-ci, d’être pris pour cible par les États-Unis", estime Rebecca Jarman. Même si dorénavant il y a, d’après elle, davantage d’espoir de voir à plus long terme une vraie transition démocratique.
