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Ce que révèlent les slogans des dernières manifestations en Iran
L'Iran est secoué depuis cinq jours par des manifestations contre la vie chère et le régime. Après les commerçants, la colère a gagné les universités et pris un tournant politique. Les protestataires scandent des slogans à l’adresse du pouvoir, mais aussi des forces de l’ordre. Décryptage.
Des commerçants et des négociants manifestent à Téhéran, le 29 décembre 2025. © AFP

La vague de protestation contre la flambée des prix se poursuit en Iran. Le mouvement a débuté dimanche par une grève et des manifestations de commerçants à Téhéran, rapidement rejoints par des étudiants dans plusieurs universités. Même si l'ampleur de ces manifestations n'a pas encore atteint celles qui ont suivi la mort de Mahsa Amini en 2022, le mécontentement paraît aujourd'hui plus généralisé.

Les autorités iraniennes ont décrété la fermeture des établissements publics, plaçant une grande partie du pays en congé en invoquant officiellement le froid et la nécessité d'économiser l'énergie. Malgré ces mesures, les protestations perdurent. Au moins six personnes sont mortes jeudi 1ᵉʳ janvier lors d'affrontements entre manifestants et forces de l'ordre, selon les médias locaux, alors que le mécontentement gagne de plus petites villes de province comme à Marvdasht.

Dans les vidéos diffusées sur les réseaux sociaux, les slogans politiques se mêlent aux revendications économiques, faisant écho à un ras-le-bol généralisé qui traverse toutes les couches de la population, comme le montre l'analyse des messages scandés ces derniers jours dans les rues du pays.

  • "Ni Gaza, ni le Liban, que ma vie soit sacrifiée pour l'Iran"

Entendu dans de nombreuses vidéos, ce slogan, repris par les manifestants dans les premiers jours de protestation, reflète la colère croissante contre la politique étrangère iranienne.

En rejetant le soutien du régime islamique au Hamas et au Hezbollah, les manifestants remettent en question des décennies d'engagement régional, le fait que ces alliances mobilisent des ressources au détriment des besoins internes, alors que l'Iran traverse une grave crise économique.

Au-delà des commerçants affectés par la dépréciation de la monnaie, qui a paralysé les ventes de biens importés, l'ensemble de la population subit une inflation galopante. En décembre, les prix ont augmenté en moyenne de 52 % sur un an, selon le Centre de statistiques d'Iran, mais cette moyenne masque des hausses encore plus spectaculaires sur les produits de première nécessité. Une situation qui attise la frustration sociale et renforce la symbolique du slogan.

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  • "N'ayons pas peur, nous sommes tous ensemble !"

Dans une allée du bazar de Téhéran, une jeune femme, tenue décontractée, baskets et queue de cheval, marche en tête du cortège de commerçants au troisième jour de manifestation. Elle se retourne et harangue la foule de sa voix aiguë, le poing levé : "N'ayons pas peur ! N'ayons pas peur ! Nous sommes tous ensemble !". Slogan immédiatement repris par les hommes qui la suivent.

Sur son chemin, des regards médusés, et cette passante qui filme la scène et crie "Bravo ! Quel courage cette fille".

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Ce slogan entendu dans chacune des manifestations iraniennes depuis plusieurs années n'est pas nouveau. Mais la présence de cette jeune femme parmi les bazaris, et qui semblent la soutenir, illustre une convergence des luttes désormais au grand jour. Les revendications politiques du mouvement "Femme, vie, liberté" se joignent ici au mécontentement des commerçants du bazar, qui appartiennent aux couches plus religieuses et traditionnelles de la société.

D'autres slogans entendus ces derniers jours appellent au rassemblement : "Iranien, donne de la voix, et réclame tes droits !", "Ne restez pas spectateurs, rejoignez-nous !" ou encore "Quiconque se dit neutre est forcément sans honneur", scandé le 30 décembre par des étudiantes de l'université de Yazd, dans le centre du pays.

  • "Liberté ! Liberté ! Liberté !"

Symbole des manifestations dans les universités, ce slogan est revenu une fois de plus ces derniers jours. Sur cette vidéo datant du 30 décembre tournée à l'université de technologie Khajeh Nasir Toosi de Téhéran, on voit les étudiants battre le rythme de leurs chaussures en scandant le chant dans les couloirs.

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Les universités, particulièrement surveillées, restent des foyers de protestation. Lundi soir, les étudiants du dortoir de l'université de Téhéran ont organisé une manifestation, entonnant le slogan "Étudiant libre, proteste ! Proteste !". Mais les forces de sécurité ont rapidement réagi en encerclant le complexe et en bloquant les entrées. Le lendemain, des marches se sont étendues à une dizaine d'autres grandes universités de la capitale.

  • "Policiers ! Soutenez-nous"

"Sans honneur ! sans honneur !". À l'unisson, des étudiantes de l'université Shahid Beheshti de Téhéran s'en prennent aux forces de sécurité "venues mater le rassemblement organisé dans la nuit de mercredi à jeudi au sein de leur résidence universitaire, située dans le nord de la capitale", relate le journaliste Armin Arefi.

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Ces slogans accompagnent la plupart des manifestations depuis dimanche, retentissant à chaque barrage de la police anti-émeute, tir de gaz lacrymogène ou arrestation violente, comme le montre une vidéo du 31 décembre, dans laquelle un étudiant est appréhendé sous les yeux de ses camarades par des forces de sécurité en civil.

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Jeudi, les commerçants et vendeurs qui défilaient de nouveau à Téhéran ont commencé par insulter les forces spéciales avant de lancer cette fois : "Policiers ! Soutenez-nous !". La foule espère ainsi que certains agents se rangeront de leur côté, ce qui pourrait faire basculer le mouvement et lui donner un nouvel élan.

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  • "Cette année sera celle du sang, Seyed-Ali [Khamenei] sera renversé !"

Jeudi 1ᵉʳ janvier, à Marvdasht, près de Shiraz, de très jeunes manifestants ont lancé cette menace directe au Guide suprême, filmée dans une vidéo largement partagée.

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Ali Khamenei, figure numéro un de la République islamique, est depuis longtemps ciblé par les slogans des protestataires. À Téhéran et dans d'autres provinces, ils scandent également "Mort au dictateur !" à s'en arracher la voix.

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Les étudiants de l'université de Téhéran ont également scandé : "Mort au principe du Velayate Faqih !". Par ces mots, ils remettent en cause les fondements mêmes de la République islamique, dictée par l'ayatollah Khomeini sur le principe du "Velayat-e faqih", qui confère aux religieux la primauté sur le pouvoir politique et place le guide suprême, de fait, au sommet de l'État.

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Les slogans adressés à Ali Khamenei traduisent ainsi un rejet à la fois de la figure individuelle et du système politique qu'il incarne.

La contestation s'accompagne également de références à l'Ancien Régime. Des manifestants ont lancé : "Ceci est la dernière bataille, Pahlavi reviendra !" ou "Reza Shah, que ton âme repose en paix", en soutien à Reza Pahlavi, fils du dernier Shah d'Iran, exilé aux États-Unis et figure controversée de l'opposition.

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S'il jouit d'une certaine popularité, notamment au sein de la diaspora, il ne fait pas l'unanimité, le slogan "Ni Shah, ni Mollah" a aussi été entendu ces derniers jours.

Certains pointent notamment sa proximité avec le président israélien Benjamin Netanyahu, tandis qu'Haaretz a évoqué récemment une opération d'influence visant à le réinstaller comme Shah au moment de la guerre des 12 jours en juin entre l'Iran et Israël.

Mais au‑delà des figures politiques, la majorité des manifestants exprime une aspiration plus large : tourner la page de la République islamique et construire un futur différent, comme l'illustre ce cri : "Nous combattons, nous mourons, mais nous reprendrons l'Iran !" 

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