logo

À Mogadiscio, les insurgés affluent pour contrer une offensive du gouvernement

Alors que le gouvernement de transition a annoncé son intention de lancer une grande offensive à Mogadiscio contre les insurgés islamistes, ces derniers ont afflué, mercredi, par centaines dans la capitale somalienne pour parer à l'attaque.

AFP - Des centaines d'insurgés islamistes lourdement armés ont afflué mercredi à Mogadiscio pour parer une offensive imminente des forces pro-gouvernementales, qui a déjà provoqué l'exode de nombreux civils vers la périphérie de la capitale.

Au moins onze civils ont été tués dans l'après-midi dans des échanges d'artillerie entre insurgés, soldats gouvernementaux et force de paix de l'Union africaine (Amisom).

Dans un de ces duels d'artillerie qui secouent régulièrement Mogadiscio, des obus de mortiers se sont abattus sur le quartier et bastion shebab de Bakara, peu après un tir de mortier visant le QG de l'Amisom.

Une source au sein de l'UA a démenti qu'il s'agissait d'une riposte de la force de paix. "Nous avons effectivement bombardé aujourd'hui, mais pas cette zone là", a expliqué cette source, attribuant l'origine des tirs sur Bakara à des soldats pro-gouvernementaux, en représailles à différents incidents en ville.

Des témoins dans le corridor d'Afgoye, route en périphérie sud-ouest de la capitale, ont de leur côté fait état de l'entrée dans la ville de 18 camions chargés de combattants shebab au cours de la nuit de mardi à mercredi.

Certains de ces camions, arrivés en provenance de la région de Bay et Bakol (sud), convoyaient des pièces d'artillerie lourde.

"J'ai vu des centaines de combattants shebab se déployer ce matin autour du quartier de Hodan. Ils étaient lourdement armés, équipés de mitrailleuses et de batteries anti-aériennes", a raconté Abdulahi Adan Anwara, un habitant de ce quartier tenu par les islamistes.

Des résidents du district de Karan (nord), ont fait également état du renforcement des positions shebab dans le nord de la capitale.

Le gouvernement de transition (TFG) annonce depuis plusieurs semaines son intention de lancer prochainement, avec le soutien de l'Amisom, une offensive majeure à Mogadiscio contre les insurgés shebab, qui se réclament d'al-Qaïda, et leurs alliés du Hezb al-Islam.

Soutenu à bout de bras par la communauté internationale, le TFG ne contrôle qu'une petite partie de la capitale, essentiellement grâce aux 5.000 militaires burundais et ougandais de l'Amisom.

Se disant informés des préparatifs en cours, les shebab ont affirmé se préparer "à contre-attaquer" et ont promis la défaite du "gouvernement apostat" et de ses "alliés chrétiens".

Un responsable shebab pour la région de Kismayo (sud de la Somalie), cheikh Hasan Yaqub, a confirmé le départ de combattants insurgés en direction de la capitale.

"Des centaines de moujahidines dévoués ont été envoyés de toutes les régions du pays vers Mogadiscio. Si Dieu le veut, cette bataille sera la dernière pour chasser les forces" pro-gouvernementales, a affirmé M. Yaqub.

Ce responsable shebab a par ailleurs mis en garde le Kenya voisin contre toute intervention en soutien au TFG et toute intrusion dans le sud de la Somalie, alors que plusieurs sources font état du recrutement et de l'entrainement par Nairobi de miliciens somaliens.

L'offensive TFG/Amisom pourrait en effet se dérouler, avec le soutien de plusieurs pays voisins et par milices interposées, non seulement à Mogadiscio, mais dans tout le centre-sud du pays sous contrôle shebab, afin de fixer sur plusieurs fronts les forces shebab.

Dans la capitale, des soldats du TFG, récemment formés à Djibouti, ont été déployés ces dernières semaines, et des centaines d'habitants fuient vers la périphérie de la ville.

"Le gouvernement clame qu'il va reprendre le contrôle de la ville, les rebelles renforcent leurs positions, et les civils seront encore les premiers à en payer le prix", témoignait dans un mélange d'inquiétude et d'amertume Mohamed, 39 ans, père de trois enfants.