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La mort du leader historique du Hezbollah, Hassan Nasrallah, vient couronner une série d'opérations spectaculaires d'Israël. Celles-ci ont mis en lumière la capacité des agences de renseignement de l'État hébreu à s'infiltrer au sein de la puissante organisation soutenue par l'Iran et connaître tous les faits et gestes de sa structure de commandement.

L'assassinat de Sayyed Hassan Nasrallah, confirmée samedi 28 septembre par le Hezbollah a mis en lumière le haut niveau d'infiltration au sein de la branche armée de l'organisation, qui a permis à Israël de détruire des sites d'armement, de piéger ses communications et d'assassiner son chef historique, dont les allées et venues étaient pourtant un secret bien gardé depuis des années.

L'assassinat de Nasrallah dans un QG de commandement vendredi soir est survenu à peine une semaine après l'explosion de centaines de bipeurs et de radios piégés, apogée d'une succession d'attaques qui a décapité la moitié du conseil de direction du Hezbollah et décimé son haut commandement militaire.

Une source proche du renseignement israélien a déclaré à l'agence Reuters, moins de 24 heures avant la frappe, qu'Israël avait passé 20 ans à concentrer ses efforts de renseignement sur le Hezbollah et pourrait frapper Nasrallah quand il le voulait, y compris sur son QG.

Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, et son cercle restreint de ministres ont donné leur feu vert mercredi, selon deux responsables israéliens. L'attaque a eu lieu alors que Netanyahu se trouvait à New York pour s'exprimer devant l'Assemblée générale de l'ONU.

Un dirigeant prudent

Hassan Nasrallah avait évité les apparitions publiques depuis la précédente guerre en 2006. Il était depuis longtemps vigilant. Ses déplacements étaient restreints et le cercle des personnes qu'il voyait était très réduit, selon une source proche du Hezbollah. L'assassinat suggère que son groupe avait été infiltré par des informateurs d'Israël.

Le chef du Hezbollah était encore plus prudent que d'habitude depuis les explosions des bipeurs du 17 septembre, par crainte qu'Israël ne tente de le tuer comme l'a montré son absence à des funérailles de commandants et l'enregistrement préalable d'un discours diffusé quelques jours auparavant.

Israël affirme avoir mené l'attaque contre Nasrallah en larguant des bombes sur le quartier général situé sous un bâtiment résidentiel dans le sud de Beyrouth.

"C'est un coup dur et un échec du renseignement pour le Hezbollah", a déclaré Magnus Ranstorp, spécialiste du Hezbollah à l'université de Défense suédoise. "Ils savaient qu'il était en réunion. Il était en réunion avec d'autres commandants. Et ils l'ont simplement visé."

L'armée israélienne affirme également avoir tué huit des neuf commandants militaires les plus hauts gradés du Hezbollah, dont une majorité au cours de la semaine passée. Ces commandants dirigeaient des unités allant de la division des roquettes à la force d'élite Radwan.

Par ailleurs, environ 1 500 combattants du Hezbollah ont été blessés par l'explosion des bipeurs et des talkies-walkies les 17 et 18 septembre.

Une opération "planifiée depuis longtemps"

Samedi, le porte-parole de l'armée israélienne, le lieutenant-colonel Nadav Shoshani, a déclaré aux journalistes lors d'un briefing, que l'armée avait une "connaissance en temps réel" des déplacements de Nasrallah. Selon lui, les dirigeants du Hezbollah se réunissaient ce jour-là pour planifier de nouvelles attaques contre Israël.

Le brigadier général Amichai Levin, commandant de la base aérienne israélienne de Hatzerim, a expliqué que des dizaines de munitions avaient touché la cible en quelques secondes. "L'opération était complexe et a été planifiée depuis longtemps", a déclaré Levin.

Affaibli, le Hezbollah a toutefois déjà montré sa capacité à remplacer rapidement ses commandants, et le cousin de Nasrallah, Hachem Safieddine, est depuis longtemps pressenti comme son successeur. "Vous en tuez un, ils en trouvent un nouveau", a déclaré un diplomate européen à propos de l'approche du groupe.

Le Parti de Dieu dispose encore de ressources pour se battre : selon les estimations américaines et israéliennes, il comptait environ 40 000 combattants avant l'escalade actuelle, ainsi que de vastes stocks d'armes et un réseau de tunnels près de la frontière israélienne.

Avec Reuters