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Menace de destitution : le Premier ministre thaïlandais bientôt fixé sur son sort
La Cour constitutionnelle thaïlandaise rend, mercredi, une décision à forts enjeux politiques, qui pourrait conduire à la destitution du Premier ministre, Srettha Thavisin, et ouvrir une nouvelle période d'instabilité dans un pays habitué aux crises cycliques.

La Thaïlande est un royaume coutumier de l'instabilité politique. Nommé il y a douze mois, son Premier ministre, Srettha Thavisin, pourrait déjà être destitué, après une importante décision de la Cour constitutionnelle thaïlandaise attendue mercredi 14 août. 

Les délibérations ont débuté vers 09 h 30 (02 h 30 GMT) et la lecture de l'arrêt est attendue autour de 15 h 00 (08 h 00 GMT), dans un tribunal de Bangkok où le dirigeant sera représenté par un conseiller.

Un nouveau chambardement guette le royaume, une semaine après la dissolution du principal parti d'opposition et le bannissement pour dix ans de son leader Pita Limjaroenrat, prononcés par les mêmes juges.

Cette décision a marqué un recul des libertés démocratiques en Thaïlande, ont dénoncé l'ONU, Washington et des groupes de défense des droits humains.

La deuxième économie d'Asie du Sud-Est possède un long historique d'instabilité et d'immixtions de l'armée ou de la justice dans le système politique, mais les observateurs anticipent aujourd'hui le maintien de Srettha Thavisin.

Srettha Thavisin est accusé d'avoir enfreint des règles éthiques fixées dans la Constitution, en nommant comme ministre Pichit Chuenban, un avocat condamné en 2008 à six mois de prison dans une affaire de corruption.

La Constitution entrée en vigueur en 2017 dispose qu'un ministre doit présenter une "intégrité évidente" et une attitude qui ne soit pas contraire à "des standards éthiques".

Vieilles rancunes

En dépit du départ de Pichit Chuenban du gouvernement, la Cour constitutionnelle a accepté d'examiner une plainte déposée par 40 sénateurs pro-armée demandant la destitution de Srettha Thavisin.

Leurs accusations font écho aux tensions des années 2000 et 2010, entre le milliardaire Thaksin Shinawatra, dont Srettha Thavisin et Pichit sont proches, et l'ordre établi militaro-royaliste.

Les deux camps gouvernent aujourd'hui ensemble au sein d'une coalition décriée et fragile sur fond de vieilles rancunes qui maintiennent sur un siège éjectable Srettha Thavisin, issu du parti Pheu Thai contrôlé par la famille Shinawatra.

Le dirigeant s'est défendu de toute manœuvre illégale, et a assuré que Pichit Chuenban avait fait l'objet d'un examen approfondi avant sa nomination.

"Beaucoup de choses m'inquiètent, mais la balle n'est pas dans mon camp. La procédure judiciaire suit son cours", a-t-il déclaré mercredi matin aux journalistes, au cours de la visite d'un temple bouddhique.

Son programme de la journée contient des "réunions avec des agences gouvernementales", et il sera informé de la décision "par son équipe", avait-il précisé mardi.

S'il est blanchi, Srettha Thavisin pourrait procéder à un remaniement ministériel, selon des déclarations relayées par la presse locale.

Dans le cas contraire, la coalition au pouvoir menée par le parti Pheu Thai, qui dispose d'une nette majorité au Parlement, devra lui trouver un successeur. Le nom de la fille de Thaksin Shinawatra, Paetongtarn Shinawatra, est régulièrement cité pour prendre un jour le poste.

Politiques décriées 

Promoteur immobilier entré en politique l'an dernier, Srettha Thavisin s'est engagé en faveur du mariage pour tous, adopté en juin après des années de combat de la communauté LGBT+.

Mais une majorité de Thaïlandais rejette sa politique, selon un sondage paru en juin.

Ses projets de recriminalisation du cannabis et de distribution de 10 000 bahts (250 euros) à plus de 40 millions de Thaïlandais ont notamment provoqué des remous dans le pays et au sein de sa coalition.

Une majorité d'électeurs ont voté en 2023 pour les progressistes de Move Forward (MFP), qui proposaient de tourner la page de vingt ans de politique en Thaïlande dominée par le clan Shinawatra et les généraux.

Le programme du parti comprenait notamment une réforme de la loi de lèse-majesté, une nouvelle constitution, la réduction du budget de l'armée, ou la fin de certains monopoles économiques.

Accusé de vouloir déstabiliser la monarchie, le MFP a été dissous la semaine dernière, mais ses membres ont annoncé dans la foulée la création du Parti du peuple, avec l'objectif d'accéder au pouvoir au prochain scrutin national.

Avec AFP

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