
Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Selon les résultats des élections législatives publiés lundi 8 juillet par le ministère de l'Intérieur, 208 femmes siégeront au sein de la nouvelle Assemblée, soit 36 % de l'hémicycle. Un chiffre non seulement loin de la parité femmes-hommes - fixé à 288 députées - mais aussi en recul. L'hémicycle comptait 15 femmes en 2022 et 224 en 2027 - une année record.
Si leur nombre est donc en légère baisse depuis 7 ans, il reste le troisième plus haut dans l’histoire du pays depuis que les femmes peuvent siéger, soit depuis 1945.
Dans le détail, les résultats sont très contrastés selon les groupes parlementaires. Parmi les trois blocs qui structurent désormais l'hémicycle, deux font figure de plutôt bons élèves : le Nouveau Front populaire avec 78 députées (40,4 %) et Ensemble, le camp présidentiel (40,2 %). En revanche, Les Républicains et l’extrême droite sont loin derrière.
À gauche, ce sont les Écologistes qui peuvent se vanter du bilan le plus égalitaire avec 53,6 % d'élues, devant La France insoumise (43,2 %) et le Parti socialiste (42,9 %). Du côté du camp présidentiel, le mouvement d'Emmanuel Macron affiche 41,2 % de députées, contre 36 % pour le MoDem et Horizons. À droite et à l'extrême droite, le Rassemblement national (RN) et ses alliés ne comptent, eux, que 33,3 % de femmes, devant les Républicains qui n'en ont fait élire que 26,1 %.
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Accepter Gérer mes choixVictimes d'un scrutin éclair
En 2017, c'est l'avènement d'En marche (rebaptisé depuis La République en marche puis Renaissance) qui avait permis à de nombreuses femmes d'entrer au Palais Bourbon et d'atteindre une représentation historique. Alors que les partis traditionnels tendent à privilégier leurs députés sortants et les personnalités - majoritairement masculines - issues de leurs appareils, En Marche était, lui, nouveau dans le paysage et partait totalement de zéro.
Sept ans plus tard, la dynamique a été toute autre. Surtout, pointent les spécialistes, le contexte d'urgence, avec un scrutin organisé en trois semaines et où les formations politiques n'ont eu une semaine pour déposer des candidatures, n'auront pas joué en leur faveur.
"On peut faire l'hypothèse que les femmes ont été victimes de l'urgence dans laquelle se sont déroulées ces législatives, les partis politiques ont probablement eu des critères proprement politiques et la parité est passée au dernier rang des priorités", analyse ainsi auprès de l'AFP Mariette Sineau, politologue et co-autrice de "Femmes et République" (La documentation française, 2021).
Le recul du nombre de femmes "tient en partie aux conditions et au contexte dans lequel la dissolution a eu lieu, avec des partis politiques qui ont essayé de sauver les meubles en présentant des sortants, et c'est plutôt des candidats masculins", abonde à l'AFP Sandrine Lévêque, professeure en science politique à Lille.
Sur le papier, en vertu d'une loi sur la parité mise en place en 2 000, les partis sont obligés de présenter 50 % de femmes candidates et 50 % d'hommes candidats sous peine de se voir infliger une amende. "Mais, dans la réalité, cette loi n'est pas très sévère et les partis ne la prendront pas en compte pour privilégier le jeu politique", dénonce Aliénor Laurent, porte-parole d'Osez le féminisme ! En 2022, plusieurs partis avaient été sanctionnés - LR avait notamment écopé d'un malus de près d'1,3 million d'euros.
Par ailleurs, présenter des femmes, même suffisamment, ne suffit pas toujours à les voir arriver à l'Assemblée. Pour ce scrutin, la France insoumise était le seul parti à avoir strictement respecté la loi pour le premier tour. Mais plus de femmes ont échoué que d'hommes. Pour cause, explique la porte-parole, "dans les jeux de répartition les femmes récupèrent souvent les circonscriptions les plus difficiles, voire celles perdues d'avance". "La parité devrait se faire sur le nombre de députés élus pour empêcher cela", appelle-t-elle.
Les femmes invisibilisées
Au-delà de la représentation des femmes dans l'hémicycle, la campagne qui s'achève a été révélatrice d'un problème plus global, regrette Aliénor Laurent : "Dès qu'il y a une crise, en l'occurrence une crise politique comme celle-ci, ce sont les femmes qui passent à la trappe."
"La question du droit des femmes a été quasi absente des débats", poursuit-elle. "Elle n'a fait qu'une brève apparition quand le sujet a été récupéré de façon très cynique par Jordan Bardella et le Rassemblement national." Le 17 juin, le candidat avait en effet publié une vidéo sur les réseaux sociaux, face caméra, dans laquelle il promettait, s'il devenait Premier ministre, "de garantir de manière indéfectible à chaque fille et à chaque femme de France ses droits et ses libertés", provoquant l'ire de nombreuses associations féministes. Quelques jours plus tard, le 23 juin, plusieurs milliers de personnes étaient descendues dans les rues pour "sonner des alertes féministes et appeler à faire barrage à l'extrême droite".
Ce dernier avait de nouveau été mis en cause pendant l'entre-deux tours, accusé de vouloir invisibiliser les femmes, après avoir refusé de débattre avec la patronne des Écologistes et l'une des figures phares du Nouveau Front populaire, Marine Tondelier. "Le refus de Jordan Bardella de débattre avec elle révèle une réalité inquiétante sur le rapport de l’extrême droite aux femmes et à leur représentation en politique. L’invisibilisation des femmes n’est pas une option", avaient alors dénoncé plusieurs féministes dans une tribune de Libération, dont l'autrice Pénélope Bagieu ou encore la journaliste Giulia Foïs, les militantes Caroline De Haas et Sarah Durocher.
"Il n'y avait déjà qu'une seule femme présidente de parti, et elle a été silenciée, pendant qu'on laissait des hommes jugés coupables de violences sexistes et sexuelles être candidats", dénonce encore Aliénor Laurent, faisant notamment référence à l'Insoumis Adrien Quatennens, condamné pour violences conjugales.
Derrière le Sénat
Avec ce nouveau recul, l'Assemblée nationale passe ainsi derrière le Sénat (36,8 %) en termes de féminisation de ses élus, une première depuis près de 50 ans. "Historiquement le Sénat a toujours été à la traîne dans la représentation féminine, le fait que la chambre haute dépasse la chambre basse sur ce critère est une étrangeté", note Mariette Sineau.
L'Hexagone reste par ailleurs distancée par ses voisins européens, de l'Andorre (50 %) à la Suède (46,7 %) en passant par l'Espagne (44,3 %), selon le classement établi par l'Union interparlementaire (UIP).
Les regards sont désormais tournés vers le perchoir du Palais Bourbon – en 2022, Yaël Braun-Pivet était devenue la première femme à présider l'Assemblée nationale – mais aussi vers le futur gouvernement. Il faut "que les droits des femmes soient au cœur de la politique qui sera menée par le futur gouvernement", termine Aliénor Laurent, d'Osez le Féminisme ! "Et pour cela, il faut là aussi une parité mais aussi voir des femmes se hisser dans les ministères régaliens."